Les chaînes YouTube de Jean-Luc Mélenchon et Florian Philippot pendant la campagne présidentielle ainsi que les interviews données par les candidats sur Snapchat n’étaient que le début de la nouvelle donne médiatique de la politique. Conséquence : la frontière entre les deux mondes est de plus en plus mince.

Des politiciens deviennent chroniqueurs, des partis créent leur propre média... Il est légitime de se demander si ces nouvelles donnes ne seraient pas des moyens de propagande pour les partis. Bien entendu, il ne s’agit pas d’organes de propagande comme le journal Pravda en ex-URSS ou la CCTV en Chine. Néanmoins, l’omniprésence des personnalités politiques dans les émissions de télévision, de radio et dans les pages de journaux, le tout sans réel contradicteur, pose quelques questions.


Indépendants, vraiment ?
 

Évoquons tout d’abord le nouveau média de la France Insoumise. Annoncé mi-octobre par des proches de Jean-Luc Mélenchon, le lancement d’un média alternatif, tout simplement appelé « Le Média », sera effectif le 15 janvier 2018. Présenté comme citoyen et indépendant, il proposera un JT quotidien en vidéo sur Internet. Cependant, son indépendance peut être remise en question, puisque ce JT sera présenté par Sophia Chikirou, nulle autre que la conseillère en communication de la France Insoumise. La soirée de lancement, quant à elle, a été diffusée sur le compte Youtube de Jean-Luc Mélenchon. Ce nouveau média pourrait devenir un nouvel outil de communication pour un parti qui occupe déjà une grande partie de notre espace médiatique.

La France Insoumise n’est pas le seul parti a vouloir lancer son propre média. En effet, au courant de l’été, La République en Marche, mouvement du président de la République Emmanuel Macron, a indiqué vouloir fonder son propre média pour développer ses propres contenus. Cette nouvelle donne médiatique pose la question du journalisme militant. Si, bien entendu, il semble utopique de demander à un journaliste d’être totalement impartial sur tout les sujets, le danger de ces médias est le développement d’une parole unique. Sur ce genre de médias, les hommes et femmes politiques n’auront pas de contradicteur extérieur et pourront donc raconter ce qu’ils veulent.


Court-circuit
 

Cette création de médias propre aux partis s’inscrit dans la tendance qu’ont les politiques à court-circuiter les médias. Le meilleur exemple est la campagne de Donald Trump l’an passé aux Etats-Unis, réalisée en grande partie via des tweets. Les politiques français s’en inspirent : le Premier ministre Edouard Philippe fait des lives Facebook, les déplacements du président peuvent être suivis en direct via Facebook et Twitter, et des chaînes YouTube sont créées.

La création d’organismes médiatiques marche également dans ce sens, puisque les politiciens jugent que le traitement que leur réservent les médias est défavorable. Mais quelles sont les raisons de cette méfiance grandissante ? La principale est probablement la course à l’audience à laquelle se livrent toutes les émissions audiovisuelles. Plus l’offre médiatique est grande, plus le public se dilapide. Or, pour faire de l’audience, il faut faire parler de son émission, et le buzz reste le moyen le plus simple.

Par exemple, il suffit d’écouter une interview de Jean-Jacques Bourdin le matin pour avoir l’impression que son seul objectif est de mettre en défaut la personne qu’il a en face de lui. Bien entendu les hommes politiques se doivent d’être être contredits, mais l’objectif est d’obtenir un débat de fond dans lequel les idées de la personne invitée et sa rhétorique sont mis en avant.  

Parmi les autres raisons de cette évolution des politiques, on trouve les réseaux sociaux. Grâce à eux, se revendiquer proches des Français va de soi puisque la discussion s’effectue directement avec eux, le tout par un biais moins institutionnel. Cette tendance coïncide également avec une méfiance montante de la population envers les médias traditionnels.


Collusion dangereuse

 

Depuis la rentrée médiatique, des personnalités politiques sont devenues chroniqueurs de télévision (Raquel Garrido, etc.), tandis qu’un journaliste est devenu porte-parole de l’Élysée (Bruno Roger-Petit). La destruction des barrières entre les médias et le monde politique est dangereuse. En effet, cela donne du grain à moudre à des partis comme le Front national, qui oppose la classe « bourgeoise », dont les politiciens et les journalistes font partie, au reste du peuple. Les téléspectateurs voient des hommes et femmes politiques faire ami-ami avec des journalistes supposément indépendants, ce qui renforce la défiance de la population envers les médias et favorise l’émergence des théories d’entre soi chères au FN et au (probable) futur patron de la droite Laurent Wauquiez.

 

Le renouvellement des députés, l’apparition d’une nouvelle majorité, une modification des rapports médiatiques entre journalistes et politiciens et un Président rompu aux nouvelles techniques de communication ont modifié en quelques mois les fondations du « système » en place. Suffisant pour satisfaire le désir de la population de voir les choses bouger dans un monde politique considéré par beaucoup comme déconnecté des préoccupations du quotidien ? Pour le moment, rien n’est moins sûr.

PAR THOMAS FLENET
PHOTO AFP

5 novembre 2017

Le renouvellement des députés, l’apparition d’une nouvelle majorité, une modification des rapports médiatiques entre journalistes et politiciens et un Président rompu aux nouvelles techniques de communication ont modifié en quelques mois les fondations du « système » en place.

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