A Bethléem, la réalité du mur de séparation

Huit mètres de haut, sept cent kilomètres de long. Le mur qui se dresse entre la Palestine et les territoires israéliens est un monstre de béton et de grillage. Considéré comme un moyen de protection par le gouvernement israélien, il a été déclaré illégal par la cour Internationale de Justice deux ans après le début de sa construction, en 2002. Décryptage.

 

Samir rage en nous emmenant en voiture près du mur qui sépare Bethléem, ville palestinienne, de Jérusalem située en territoire israélien : « Si ce mur est là, c’est à cause des musulmans. Ils n’arrêtent jamais avec leurs attentats ». Cette opinion est à comprendre par la religion de notre interlocuteur. Chrétien, il se sent menacé par les musulmans. En 2002, la région doit faire face à une recrudescence des attentats qui pousse le premier ministre Ariel Sharon, à élever des panneaux de béton de long de la Ligne verte (ligne d’armistice signée en 1949 entre Israël et la Cisjordanie). Le mur, tel que pensé par Sharon, se veut une « clotûre de sécurité », servant à protéger les citoyens israéliens des attaques palestiniennes. Pour les israéliens, le mur est transparent. « Les Juifs peuvent entrer et sortir comme ils le souhaitent selon les zones. Pas nous ».

 

Pour les Palestiniens tels que Samir, vivant derrière le mur, la réalité est tout autre. « Nous n’avons pas le droit de circuler en territoires israéliens avec des voitures immatriculées en Palestine. Si on veut passer le mur, il faut aller au check point à pied ou en bus ». Et les militaires ne rigolent pas. Ils montent dans les bus, kalachnikov à la main, le visage fermé, et jettent des regards suspicieux sur les passeports des passagers. Au moindre soupçon, ils n’hésitent pas à en faire descendre quelques uns.

 

Samir a fini de pester. Le mur, il s’y est habitué. Il fait parti de sa vie et notre conducteur semble même apprécier notre curiosité. C’est avec fierté qu’il nous emmène voir les réalisations du street artiste Banksy. « Là bas, il y a la colombe ! Et là, vous avez la petite fille au ballon ». Messages politiques où se mêlent humour et poésie, les œuvres de l’artiste anonyme dénoncent la situation et critiquent ouvertement l’érection de ce mur, devenu le lieu d’expression de nombreux artistes. Partout, les graphes le recouvrent, véritables témoignages de paix, d’espoir, de haine et de nostalgie.

(Crédits photo : Cécile Lemoine)

The Armoured Dove