Par Paul Idczak

A Cologne, un début d’année agité

Deux semaines après la nuit du Nouvel An à Cologne, retour sur des premiers jours de 2016 compliqués dans la ville allemande, où les spéculations sont allées bon train sur l’origine des agressions.

Dans l’actualité depuis le 1er janvier, les nombreuses agressions survenues aux environs de la gare de Cologne dans la nuit du Nouvel An ont peu à peu laissé place aux éléments de l’enquête et à un débat politique dans les plus hautes sphères de l’Etat allemand.

Agressions et réaction

Les faits sont aujourd’hui bien connus : un millier d’hommes se sont massés sur la place de la gare à Cologne au réveillon de la Saint-Sylvestre, pour commettre des agressions diverses, particulièrement sur des femmes, prenant la forme de vols ou d’attouchements sexuels. Depuis, environ 560 plaintes ont été déposées à la police locale, dont 40% concernaient le second délit cité. Dans une ville qui va bientôt accueillir son carnaval début février, et qui est depuis le début de la crise des migrants en faveur de l’arrivée de ceux-ci en Europe, ces agressions ne pouvaient que laisser des traces importantes. En effet, le fait que la plupart des agresseurs du Nouvel An soient d’origine maghrébine a donné à ce fait divers une résonance nationale, relançant le débat sur la tolérance allemande à accueillir des migrants sur son territoire. La chancelière Angela Merkel, récemment consacrée personne de l’année par le magazine américain Times pour son opinion favorable aux réfugiés, a ainsi quelque peu changé son fusil d’épaule depuis le 1er janvier, en annonçant que tous les réfugiés condamnés à une peine de prison avec sursis n’auraient plus accès au droit d’asile en Allemagne – situation auparavant réservée aux personnes condamnées à une peine de trois ans de prison ferme.
Les agressions paraissent avoir totalement changé l’opinion de nombreux Allemands sur les migrants, alors même que ceux-ci pâtissaient déjà d’une image négative suite aux attentats du 13 novembre à Paris.


Une opération organisée ?

Reste le fait que, si des migrants étaient bel et bien présents parmi les agresseurs de Cologne, la probabilité qu’ils aient pu être embrigadés ne doit pas être mise de côté. Le ministre fédéral de la justice allemand Heiko Maas a ainsi déclaré la semaine dernière que « personne ne [lui] fera croire que ces attaques n’ont pas été coordonnées ou préparées ». Ces propos clairs mais énigmatiques font écho à différentes hypothèses énoncées par les enquêteurs. Parmi elles se trouve l’implication du crime organisé colognais, régi en grande partie par des Marocains et des Algériens. Or, les preuves aussi bien visuelles issues des caméras de surveillance que purement formelles par le biais des arrestations mettent en avant le fait que les agresseurs identifiés ne viennent pas d’Irak et de Syrie, mais bel et bien d’Afrique du Nord. Cette région n’est pas vraiment la première à laquelle on pense lorsqu’on évoque l’afflux de migrants en Europe. L’Allemagne se serait-elle donc laissée trop rapidement berner ? Au vu des avancements de l’enquête, difficile à dire. En tout cas, l’état actuel de la crise des réfugiés constitue un tremplin pour l’extrême-droite allemande, qui n’a pas manqué de faire parler d’elle ces derniers jours, en manifestant, notamment à Cologne, pour faire part de son mécontentement aussi bien contre l’arrivée des migrants que contre la politique mise en place par Angela Merkel. La chancelière, plus contestée que jamais, doit gérer la suite des évènements habilement si elle souhaite conserver son niveau de popularité élevé qui fait depuis longtemps sa force.

Des soutiens et des luttes

Au niveau national, si les agressions de Cologne vont probablement laisser des traces indélébiles dans l’esprit collectif – certains évoquant même une situation similaire aux viols commis par les Russes à la fin de la Seconde Guerre Mondiale – il serait pour autant faux d’avancer que la majorité des Allemands sont devenus du jour au lendemain opposés à l’immigration, en témoignent les nombreux messages de soutien aux réfugiés ayant afflué sur les réseaux sociaux depuis le début de l’année.
Un autre combat qui revient aujourd’hui sur le devant de la scène est celui des droits des femmes, touchés dans leur intégrité après les attaques de Cologne, qui n’a d’ailleurs pas été la seule ville affectée par des incidents impliquant des étrangers durant le Réveillon. Cependant, la lutte féministe soutenue bien souvent par la gauche politique a servi ces derniers jours les intérêts de l’extrême-droite, qui se sert des violences sexuelles de Cologne pour mettre en avant l’insécurité qui accompagne l’arrivée massive de migrants en Europe, particulièrement pour les femmes. En France, de nombreux membres du Front National ont par exemple dénoncé le « multiculturalisme » (F. Philippot) ou encore un « droit d’asile totalement dévoyé » (M. Maréchal Le Pen), Marine Le Pen étant même allée jusqu’à publier une tribune sur le site de « L’Opinion », dans laquelle elle laisse apparaître sa part féministe cachée en tant que femme « libre, qui a pu jouir de libertés acquises de haute lutte par sa mère et sa grand-mère ». Face à des réactions similaires en Allemagne, les associations féministes ont dénoncé l’attitude de l’extrême-droite, se servant des droits des femmes pour favoriser des politiques xénophobes.

Les agressions de Cologne ont donc fait émerger des débats variés qui montrent que la crise des migrants se trouve encore et toujours dans un climat palpable, même dans le pays européen qui s’est montré jusqu’ici le plus actif pour favoriser la venue des réfugiés sur le Vieux Continent. Ces évènements prouvent également, une nouvelle fois, que la généralisation des actions d’un petit nombre est un phénomène universel et intemporel, particulièrement lorsque l’Islam a quelque chose à voir avec les faits.