A Skopje, la "Révolution Colorée" continue

Depuis maintenant plus d’un mois, Skopje, la capitale de la République de Macédoine, est le théâtre de manifestations quotidiennes en opposition au gouvernement, plus précisément au Premier Ministre Nikola Gruevski et au Président de la République Gjorge Ivanov.

 

Le pays, instable politiquement depuis son indépendance, a déjà vu l’un de ses anciens présidents Boris Trajkovski périr en 2004 dans un accident d’avion dont les circonstances demeurent encore floues. Il a également été frappé par de vives contestations début juin 2015 suite à un scandale d’écoutes téléphoniques et de fraudes électorales, qui avaient duré deux semaines environ. Actuellement, les manifestations sont organisées chaque jour depuis le 12 avril, date marquée par la décision du Président d’amnistier 55 personnalités politiques dont le Premier Ministre impliquées dans divers scandales. Par ailleurs, le 5 juin prochain doivent se tenir les élections législatives anticipées, pour lesquelles tous les partis politiques ont annoncé le boycott, excepté le VMRO-DPMNE le parti au pouvoir. La cour constitutionnelle a annoncé cette semaine le blocage des élections, après avoir étudié les demandes des partis d’opposition, mais leur annulation définitive n’est pas garantie pour autant et le parti de Nikola Gruevski a décidé de maintenir sa campagne.


Des rassemblements quotidiens

 

Plusieurs milliers de Macédoniens, de tous milieux sociaux, âges et ethnies, se réunissent dans le centre-ville de Skopje à 18h chaque soir mis-à-part le weekend, afin de clamer haut et fort leur indignation, à coup de sifflets, cornes de brumes, fumigènes et… ballons de baudruche et pistolets à eaux remplis de peinture. En suivant le thème du jour, par exemple le chômage ou l’émigration des jeunes, le cortège s’arrête devant les ministères concernés, le parlement, le siège de gouvernement ou encore les nombreux monuments récemment construits par le pouvoir. Protégés par un léger cordon de police presque gêné de devoir faire son travail et qui s’écarte afin d’éviter de recevoir des éclaboussures, les divers symboles du pouvoir sont rapidement bariolés. Le siège du VMRO-DPMNE, bâtiment qui est donc privé, a cependant et étrangement droit à d’importants moyens de protections, murs grillagés, militaires et un véhicule blindé.  Sur place, les manifestants s’en donnent donc à cœur joie pour repeindre la ville dans la bonne humeur et sans violence, contrastant avec les premiers jours de protestation. Une tribune est également mise en place, sur laquelle se succèdent plusieurs personnes au micro devant la foule, aussi bien des étudiants que des personnes retraitées.


Peu d'effets face à un "parti unique"

 

Si certains manifestants avouent avoir le sentiment que le mouvement n’a plus de réel effet, et que la situation stagne depuis plusieurs semaines, ils ne sont pas prêts à abandonner et disent qu’ils continueront jusqu’à ce que le gouvernement quitte le pouvoir et que le Premier Ministre aille en prison. « Nikola la prison t’attend » est même devenu l’un des slogans les plus répétés sur place.  Beaucoup d’entre eux n’hésitent pas à comparer le pays à une dictature, ils parlent même de parti unique, au vu de la situation vis-à-vis des prochaines élections. D’autres estiment que si la contestation perdure malgré l'inefficacité, cela est dû au fait que les partis d’opposition n’ont jusqu’à maintenant donné aucune directive pour les manifestations, contrairement au mouvement qui avait vu le jour l’an passé. Ils ont cependant bel et bien montré leur opposition au gouvernement par le boycott des élections mais la contestation populaire n’est pour l’instant venue que de la rue.

Un second souffle est donc toujours possible pour la révolution colorée et il pourrait venir des leaders politiques de l’opposition.

 

(Crédits photo : Ivan Mucunski)