Hier soir, Alain Juppé annonçait vouloir "continuer le combat". Un écart considérable, de presque 16 points, le sépare de François Fillon, grand vainqueur de cette soirée électorale de la droite. Le maire de Bordeaux a devancé Nicolas Sarkozy d'à peine 8 points.
 

Un report de vote défavorable pour Alain Juppé
 

L'ancien président, Nicolas Sarkozy, éliminé de la course au second tour de ces primaires de la droite et du centre, a dans la soirée appelé à voter pour son ancien "collaborateur" François Fillon. L'ex-Président a néanmoins témoigné de son "estime" envers Alain Juppé. Bruno Le Maire, « candidat du renouveau », un temps donné troisième des intentions de vote, totalise 2,4% des électeurs. Il a également appelé à voter pour François Fillon. Seule Nathalie Kosciusko-Morizet, et ses 2,6%, ont recommandé Alain Juppé.
 

Un report des voix donc défavorable au maire de Bordeaux. Même s'il est faux de simplement additionner les voix des candidats en fonction de leur appel à soutenir l'un des deux finalistes, les pronostics donnent François Fillon grand vainqueur dimanche prochain, lui qui totalisait déjà au premier tour 44,1% des voix.


Deux conceptions de la droite
 

Si les propositions des deux candidats se rejoignent, par exemple sur la fin des 35h, la suppression de postes de fonctionnaires - à hauteur de 500 000 pour François Fillon et entre 200 000 et 300 000 pour Alain Juppé - ou encore sur des coupes budgétaires importantes (100 milliards d'euros pour M. Fillon et entre 80 et 100 milliards pour M. Juppé), des désaccords restent tout à fait primordiaux dans leurs programmes.
 

L'ancien Premier ministre de Nicolas Sarkozy plaide pour un rapprochement avec la Russie et avec le pouvoir de Damas, ainsi que la levée de l'embargo sur la Russie. Son concurrent au second tour de cette primaire reproche lui à Vladimir Poutine son intervention en Syrie, notamment à Alep, et son alliance avec Bachar El Assad.
 

Un autre point primordial, alors que nombreux ont été les électeurs de gauche à se déplacer pour voter à ce scrutin : le Mariage pour Tous. Alain Juppé ne souhaite par revenir sur la loi Taubira, alors que François Fillon prévoit une réécriture de la loi, notamment sur la question de l'adoption pour les couples homosexuels.


Une "tendance" favorable à François Fillon
 

François Fillon a créé la surprise. Alors que le duel attendu aurait opposé Nicolas Sarkozy et Alain Juppé au second tour de cette primaire, l'ancien Président de la République s'est vu éjecter du duel final. L'ancien Premier ministre de Nicolas Sarkozy a surtout gagné des voix dans les dernières semaines, et la "tendance" est plutôt au désavantage pour le maire de Bordeaux. Cependant, François Fillon semble avoir gagné beaucoup de voix au cours du débat de jeudi dernier diffusé sur France 2. Il sera donc probablement très attendu lors du débat prévu ce jeudi, qui devrait être diffusé simultanément sur plusieurs grandes chaînes de télévision.
 

Mais une tendance de fond se dessine en tout cas : face à cette fin de mandat difficile pour François Hollande, et plus que jamais synonyme de divisions de la gauche, le droite se rassemble autour de valeurs « plus à droite ». Les électeurs de Nicolas Sarkozy, très à droite dans le débat, se retrouveront sans nul doute dans les propositions du candidat Fillon, qui propose par exemple de "permettre aux chefs d'établissement d'exclure les élèves les plus perturbateurs et prévoir leur accueil dans des établissement chargés de les remettre sur la voie des apprentissages fondamentaux tout en corrigeant leur comportement" ou encore de "réduire l’immigration en créant des quotas et en ne versant des prestations qu’aux étrangers en situation régulière depuis au moins deux ans.". Moins ferme sur ces sujets, Alain Juppé, longtemps favori, doit désormais parier sur un improbable retournement de situation dimanche prochain pour remporter le scrutin, ce qui paraît hautement improbable.


Quentin Trigodet
(Crédits photo : AFP)