Allemagne : la politique de Merkel victime du populisme de l'AfD

Cette semaine avaient lieu des élections régionales dans trois régions allemandes : en Rhénanie-Palatinat, en Bade-Wurtemberg et en Saxe-Anhalt. Trois Land très différents socialement parlant, qui livrent tous une indication primordiale : la percée du parti AfD (Alternative für Deutschland), qui se revendique de droite en reprenant des idées extrêmes.
 

Angela Merkel désavouée ?
 

A première vue, ces résultats pourraient signifier la fin de l’adhésion allemande à la question des réfugiés. Pays le plus ouvert d’Europe, les Allemands apparaissaient jusqu’ici très solidaires de cette cause. Nos voisins d’outre-Rhin seraient-ils eux aussi tombés dans le populisme de l’extrémisme ? Les résultats sont sans appel : 12,6 % en Rhénanie-Palatinat, 15 % en Bade-Wurtemberg et 24,2 % en Saxe-Anhalt, marquant une entrée fracassante dans ces trois nouveaux Land. L’AfD est désormais représentée dans la moitié des états de la République fédérale.

Mme Merkel paie là sans doute le prix de ses déclarations concernant le « changement d’identité » de l’Allemagne, des paroles qui ont de quoi effrayer les plus réticents au multiculturalisme. Ouvrant aux quatre vents les frontières du pays, le sentiment de ne plus maîtriser l’afflux de réfugiés, couplé aux attentats sanglants de novembre dans la France voisine puis aux agressions dans la nuit du Nouvel-An à Cologne, a fait naître un sentiment de défiance quant à cette politique. La vérité est sans doute bien plus complexe, puisque cette explication mêle les réfugiés au terrorisme et que les fauteurs de trouble de la Saint Sylvestre n’étaient pas des migrants. Seulement, l’explication du vote extrême se trouvant souvent dans l’amalgame d’un certain nombre de choses, tous ces facteurs sont en corrélation.

 


L’AfD sait communiquer
 

Il faut également avoir en tête que l’AfD a très bien enregistré certains principes de communication, certains inhérents à la politique allemande. Ainsi, le parti à très bien compris que se définir d’ « extrême-droite » n’était pas utile pour rallier des électeurs. Etre « de droite » suffit dans une Allemagne très politico-centrée. Le parti ne multiplie pas les déclarations tapageuses sur les migrants mais cultive une ambivalence dans ses propos. Ainsi, la présidente du parti estimait qu’il fallait « faire usage d’armes à feu, y compris sur les femmes et les enfants » contre les réfugiés passant les frontières tandis que Jörg Meuthen, un cadre du parti estimait qu’il fallait seulement « adapter et non réduire le droit d’asile », permettant au parti de cibler le plus grand nombre.

L’AfD sait tout de même très bien que les néo-fascistes et autres homophobes représentent un électorat non négligeable et c’est pourquoi le parti multiplie les liens avec Pegida, mouvement organisateur des fameuses manifestations contre l’islamisation de l’Occident. Björn Höcke estimait récemment que « l’excédent de population en Afrique est inquiétant. Tant que nous sommes prêts à accueillir cet excédent, leurs comportements de reproduction ne vont pas s’arranger ». Une déclaration populiste teintée de mensonges permettant de satisfaire l’électorat « centre-droit » de M. Höcke, selon ses propres dires.

De là à lier l’AfD allemand au FN français, il n’y a qu’un pas, que les deux partis ont franchi, d’une part par leur manque de programme et d’autre part par leurs félicitations respectives à chaque succès électoral de l’un et de l’autre.

 


Des résultats qu’il faut relativiser
 

Seulement, le succès de l’AfD marche historiquement de façon cyclique, lorsque la population allemande ressent le besoin d’adresser un signal d’alarme au gouvernement. De sa dernière place aux élections fédérales de 2013 avec Bernd Lucke avec moins de 5% des voix à sa présence dans la moitié des régions allemandes aujourd’hui, l’AfD n’évolue pas vraiment et rassemble les votes-sanctions des déçus de la politique.

A ce titre, les élections générales de 2017 seront déterminantes, pour voir si l’AfD entrera au Bundestag, ce qui serait une première pour le pays et marquerait une vraie rupture pour l’alliance du centre-droit d’Angela Merkel. 

 

(Wikimedia Commons)