Si vous pensiez que Tinder était « honteux », « irrespectueux » ou un « catalogue déshumanisant », vous n’avez encore rien vu du monde ultra masculin de ses pendants homos.
 

Grindr, Hornet et les applications de rencontre
 

Avec la démocratisation des smartphones sont apparues les applications, de petits logiciels qui permettent de jouer à des jeux, avoir un GPS, consulter Internet ou Facebook. Avec une expansion toujours plus rapide et une demande toujours plus large, les thèmes des applications se sont diversifiés, et les sites de rencontre n’ont pas échappé au phénomène. En quelques mois, des applications comme Tinder, Lovoo ou Happn ont ringardisé Meetic ou Badoo. Aujourd’hui, il existe ainsi des sites de rencontre pour tout le monde, ou presque. Ici, nous allons jeter un œil à ces applications dédiées à un public gay ou bisexuel masculin.
 

Grindr a été lancée en 2009, et s’est petit à petit développée dans le monde. Elle peut se targuer aujourd’hui d’avoir été la première application du genre à voir le jour et concentre plus de 6 millions de membres (chiffres de 2013), dont 2 millions d’utilisateurs quotidiens. Si, sur Tinder, il suffit de swiper de droite à gauche, Grindr fonctionne d’une autre manière.
 

L’application se présente comme une mosaïque de profils, classés par géolocalisation. Lorsque l’on se connecte, les profils les plus proches apparaissent. On peut par exemple découvrir que le boulanger à seulement 50 mètres de chez soi est sur cette application. Ensuite, il suffit juste d’envoyer un message à la personne pour savoir si elle est intéressée par une partie de jambes en l’air, ou juste pour aller prendre un verre.

Ce concept a ensuite été diversifié par d’autres applications, modelant des différences. Hornet, par exemple, présente une fonction qui permet  « d’explorer » d’autres villes ou pays. Scruff, quant à lui, est prisé par les hommes les plus « masculins ». Enfin, Surge est une copie conforme de Tinder, mais présentant uniquement des profils masculins.

La tyrannie de l’esthète
 

Autant le dire, sur ces applications le physique prime sur le reste. De beaux pectoraux passeront toujours devant un bac +5 en science politique, puisque la première chose dont on a accès est la photo de profil. Les fréquentes critiques que l’on retrouve contre Tinder sont ici démultipliées. Le côté « catalogue » est assumé dans le but de donner le plus grand « choix » aux utilisateurs. Sur ces applications, les usagers peuvent « filtrer » la recherche, par exemple par âge, par « tribu », par taille et même par « ethnicité ». En plus de poser des questions d’éthique, cette recherche pourrait presque être considérée comme discriminante. Il est donc fréquent de trouver des profils avec des mentions type « pas de noir, pas d’asiat et pas de mec efféminé ».

Cette catégorisation a évidemment des avantages, mais derrière celle-ci, on est vite touché par le syndrome de « trop de choix tue le choix ». Les utilisateurs ont tellement d’options qu’ils deviennent plus « difficiles » et cherchent des spécificités physiques avant même d’avoir parlé à la personne. Ici, la norme devient « on couche d’abord, et on discute après ». L’apparence prime sur le tout et ne cherche même pas à connaitre la personne ou d’y trouver un certain charme, que cela soit pour un plan d’un soir ou même pour un rendez-vous des plus chastes. Cette norme est visible dans la manière d’aborder les gens. Il n’est pas rare de recevoir un message « slt, tu ch quoi » suivi par une photo d’anatomie masculine. Le naturel est donc une des premières victimes de ces applications.

 

La mort programmée de certaines venues gay
 

Parmi les autres victimes de ces applications, les lieux de rencontres en vrai, par exemple les bars et les boites de nuit. Que cela soit à Paris, Londres ou encore Sydney, partout les jeunes désertent. Il est en effet plus simple, plus rapide et moins compliqué de faire son « shopping » sur ces applications que de se donner la peine d’aller dans ces quartiers.

Ainsi, le manque de consommateurs, additionné à la gentrification de ces lieux, et donc à la hausse des loyers, ont fait que des bars ou des boites iconiques ont dû fermer. C’est le cas du Kazbar à Londres ou encore The Flinders Hotel à Sydney. Ces lieux, considérés comme « mainstream » par la communauté LGBT, disparaissent petit à petit, laissant la place à une scène plus underground et jeune pour les plus marginaux.

Multiplication des maladies, mais aussi des préventions
 

Enfin, ces applications sont également, partiellement, responsables de la forte hausse des infections sexuellement transmissibles (IST). Après des années de prévention, avec des résultats positifs, les IST sont reparties à la hausse, notamment la syphilis. Selon l’agence Santé publique France, le niveau de VIH se maintient, et ne baisse plus chez les HSH (hommes ayant des rapports sexuels avec d’autres hommes). L’agence explique cette hausse massive (aussi bien de la syphilis que des autres maladies) est due à « une hausse des comportements à risques » ainsi qu’au recul de l’utilisation du préservatif.
 

Ce serait un sophisme d’incomber directement les applications, alors qu’elles servent simplement d’intermédiaire entre deux utilisateurs. On ne peut toutefois nier que Grindr, Hornet et les autres ne participent indirectement à cette hausse. Certains profils vantent le sexe sans protection, organisent des soirées dédiées aux coïts, souvent non-protégés. En parallèle, l’apparition du « chemsex », consistant en des orgies mélangeant sexe et drogues de synthèse, n’a pas aidé.
 

Cette pratique est encore rare en France mais elle fait des ravages à Londres ou à Berlin. Le principe de ces soirées est de se droguer et de coucher avec 2, 5, 10 partenaires, voire plus. Pour le moment, il est difficile de trouver des études ou des statistiques sur la pratique. Néanmoins, 56 Dean Street, un centre de prévention de Londres, a estimé que 3000 hommes qui participent à ces soirées viennent chaque mois dans leur établissement. Ils ont également découvert que trois quarts des hommes qui sont allés à des soirées « chemsex » ne se sont pas protégés.
 

Enfin, outre les IST, et malgré toute la prévention présente sur les applications elles-mêmes, sur internet, à la télé ou par des intervenants, il ne faut pas oublier qu’elles peuvent être dangereuses, particulièrement lorsque l’on rencontre un inconnu ou qu’on va directement chez lui. Au Royaume Uni, un serial killer au nom de Stephen Port s’est servi de Grindr pour attirer, violer et même tuer quatre jeunes hommes. Il a été reconnu coupable et a été condamnée à la perpétuité.

 

Conclusion : le virtuel ne remplace pas le réel
 

Les applications de rencontre ont révolutionné la façon dont nous interagissons avec les autres dans un but relationnel ou juste charnel. De plus en plus de personnes succombent à ses nombreux avantages, notamment le fait de ne pas avoir à bouger de chez soi ou de pouvoir filtrer par préférence. Mais cela vient avec un prix, celui d’une baisse des interactions sociales en chair et en os, augmentant paradoxalement la sensation de solitude.

PAR MAXIME WANGREVELAIN

Le bar/boite SPYCE dans le quartier du marais a fermé début 2016

Un profil lambda

Image de présentation de Grindr