L'Autriche échappe à l'extrême-droite

Le populisme échoue à prendre le pouvoir en Autriche ! C’est ce qu’il faut retenir de la victoire de l’écologiste Alexander Van der Bellen qui l’emporte, une seconde fois, lors de ce scrutin présidentiel. Une victoire commentée par de nombreux responsables politiques en Europe.
 

Après le Brexit et la victoire de Trump, le scénario noir pouvait continuer avec la victoire du FPÖ à l’élection présidentielle autrichienne. Largement arrivé en tête au premier tour (35%), le parti populiste incarné par Norbert Hofer pouvait prendre le pouvoir et devenir le premier pays de l’Union Européenne a passer sous le giron de l’extrême droite. Mais il a échoué ce dimanche en s’inclinant face à l’écologiste Alexander Van der Bellen. La figure du parti vert autrichien l’a emporté 53,6% à 46,4%, rassurant ainsi le pays et l’Europe.

 

Les élections présidentielles avaient originellement eu lieu au mois d’avril et de mai 2016, mais suite à plusieurs irrégularités lors du second tour au niveau des votes par correspondance, la cour constitutionnelle autrichienne a finalement invalidé les résultants, reportant le second tour au dimanche 4 décembre. À l’époque déjà, c’était le candidat des verts qui s’était imposé, mais d’une très courte tête, 50,3% à 49,7%/

Le professeur d’économie s’est donc imposé en rempart contre l’extrême droite. Mais si cette grande bataille a été gagné, le FPÖ est loin d’avoir dit son dernier mot, lui qui vise directement la chancellerie. Le parti est donné gagnant dans presque tous les lands hormis Vienne, et espère ainsi concrétiser la poussée de l’extrême droite dans le pays et en Europe jusqu’aux législative de 2018. Cette victoire serait plus importante puisque comme en Allemagne, c’est le chancelier, l’équivalent du premier ministre, qui gouverne. Le président n’a lui qu’un rôle symbolique et protocolaire.

Cette défaite n’est donc pas que négative pour Norbert Hofer et ses partisans, d’autant plus que pour gagner, l’écologiste Alexander Van der Bellen a dû durcir son discours dans le but de séduire l’électorat de droite. Ainsi, lors de sa campagne il a défendu une « tolérance zéro » pour les questions de sécurités, et s’est montré plus ferme sur les restrictions de l’obtention du droit d’asile pour les migrants économiques. Des mesures contraires aux convictions qu’ils avaient évoquées jusqu’à maintenant, lui qui aime se dire « enfant de réfugiés », puisque issu de parents ayant fui le stalinisme.

 

Les réactions des politiques européens

 

Les réactions des politiques ne se sont pas fait attendre. En France, le président François Hollande a tout d’abord réagi en déclarant que le peuple autrichien « a fait le choix de l’Europe et de l’ouverture », tandis que le premier ministre Manuel Valls a salué une « belle victoire » tout en ajoutant que « le populisme n’est pas une fatalité pour l’Europe ».

Côté écolo, Cécile Duflot, l’ancienne cheffe de file d’Europe Ecologie les Verts, s’est fendue d’un tweet : «  Très heureuse que face à l’extrême droite l’Autriche se soit choisi un Président écologiste. Bravo Alexander @VanderBellen et son équipe ». Christiane Taubira a également réagi : «  La preuve par l’Autriche que rien n’est écrit et que les peuples préfèrent être représentés dignement ». À l’autre bord du spectre politique, silence radio, Marine Le Pen ayant préféré commenter la victoire du non au référendum italien.
 

Ailleurs en Europe, on félicite également la victoire d’Alexander Van der Bellen. En Allemagne, c’est le vice chancelier Sigmar Gabriel qui a congratulé le nouveau président en précisant qu’un « poids lourd » s’était « levé de l’Europe ». L’ex-président du parlement européen Martin Schulz et le président du Conseil européen, Donald Tusk, ont également félicité le professeur d’économie sur Twitter. Aux Pays-Bas, l’islamophobe chef du PVV Geert Wilders a quant à lui commenté la victoire de Hofer en déclarant : «  Tu t’es battu courageusement »… Enfin, en Grèce, Alexis Tsipras a commenté la victoire en parlant d’un vent d’air frais sur une Europe qui est menacée par la montée de l’extrême droite.
 

Cette défaite de l’extrême droite marque peut-être un tournant dans la lutte contre le populisme et l’euroscepticisme. La prochaine date importante aura lieu lors des présidentielles allemandes en février prochain, où le parti « Alternative pour l’Allemagne » (AfD) pourrait réaliser un score significatif.


Maxime Wangrevelain
(Crédits photo : Roland Schlager / APA / AFP)