Face à l'exode forcé des Rohingyas, le Bangladesh à court d'oxygène

Face à l’afflux massif de réfugiés Rohingyas, le Bangladesh augmente tant bien que mal sa capacité d’accueil. Mais si aucune solution n’est trouvée, la surpopulation du voisin de la Birmanie pourrait devenir problématique, au grand dam de Rohingyas persécutés dans leur pays.

 

Si vous lancez une recherche intitulée « Cox’s Bazar » sur Google Images, vous découvrirez des hôtels touristiques et des couchers de soleil. En somme, un paysage paradisiaque. Connu pour sa plage de 120 km, une des plus longues au monde, ce district abritera prochainement l’un des plus grands camps de réfugiés jamais mis en place.
 

Le 5 octobre dernier, le gouvernement bangladais a annoncé la création d’un camp de réfugiés afin d’accueillir majoritairement les musulmans Rohingyas qui fuient la Birmanie. Selon The Guardian, Kutupalong, le camp déjà existant du disctrict de Cox’s Bazar, a été étendu de 790 hectares le mois dernier puis de 400 hectares, afin d’être en mesure d’héberger les plus de 520 000 Rohingyas qui arrivent en masse depuis le 25 aout ainsi que les 300 000 déjà présents sur le territoire.

«Il n’y a rien eu de comparable, en termes de nombre de personnes arrivant sur un temps aussi court, depuis le Rwanda en 1994 » confiait Christopher Lom, porte-parole de l’Office des migrations internationales au quotidien Libération.

Si ce projet prend vie, Kutupalong deviendra le plus grand camp de réfugiés du monde avec plus de 820 000 réfugiés, loin devant Bidi Bidi en Ouganda où vivent plus de 270 000 réfugiés soudanais ou encore Dadaab au Kenya qui en regroupe 245 000.


Des rohingyas massacrés et égarés
 

Rassemblant autour d’1,3 millions de personnes, les Rohingyas sont implantés en Birmanie depuis plus de deux siècles. En 1982, alors que le gouvernement birman reconnaît la présence sur son territoire de 135 ethnies minoritaires au sein du « Citizenship Act », il ne valide pas cette communauté comptant un million de membres, la rendant officiellement apatride.

Après l’« Operation Clean and Beautiful Nation » lancée en 1991 par les militaires du Myanmar, ce peuple se voit aujourd’hui contraint de fuir l’Etat Rakhine dans lequel il résidait, face à un véritable « nettoyage ethnique » du régime birman. En cause, sa religion musulmane, dans un pays à 90 % bouddhiste, le pousse à se réfugier aux frontières des états voisins : le Bangladesh, la Thaïlande et la Malaisie.

Depuis le 25 août, suite à une attaque de l’Armée du salut des Rohingyas de l’Arakan, groupe armé constitué en 2016 pour faire face aux agressions de l’armée birmane, l’exode s’est accentué, piégeant dans des camps de fortune des milliers de Rohingyas à la frontière du Bangladesh.

 

Alors que le Bureau de la coordination des affaires humanitaires de l’ONU a salué « l’extraordinaire esprit de générosité » dont ont fait preuve le gouvernement et le peuple bangladais en accueillant à terme ces réfugiés,

c’est à présent à cet état surpeuplé de 169 000 000 habitants (8ième pays le plus peuplé du monde) que revient la difficile tâche de gérer cette situation humanitaire catastrophique.

Un reportage de France 24 diffusé en mai 2017 présentait une position délicate pour les bangladais divisés entre solidarité envers leurs homologues musulmans et précarité face au marché de l’emploi.

En effet, les Rohingyas sont accusés de voler à la fois le pain et le travail, acceptant un salaire de 3,50 euros par jour, soit 2,50 euros de moins que la rémunération quotidienne demandée par la population locale.

Appels à la paix

 

Le gouvernement bangladais se mobilise depuis plusieurs mois afin agir de façon bilatérale avec le gouvernement birman : Dipu Moni, ancienne ministre des affaires étrangères du Myanmar, avait ainsi demandé à la Birmanie qu’elle « reconnaisse ses torts et que l’impunité cesse ».

Le long silence du régime birman et en particulier de sa dirigeante Aung San Suu Kyi en guise de réponse avait engendré de multiples appels venus de nombreux acteurs : ONG, lauréats du prix Nobel de la paix, états européens… Les associations d’aide humanitaire, dont Amnesty International, Médecins sans Frontières et Médecins du Monde, s’inquiètent du difficile accès aux rescapés et des difficultés à évaluer les besoins sur place dûs aux interdictions du régime birman de se rendre sur les lieux.

Face à ces prises de position et appels à l’aide humanitaire, la dirigeante de la Birmanie s’est dite "prête" à organiser le retour des plus de 400 000 Rohingyas musulmans enfuis au Bangladesh lors de son allocution télévisée du 19 septembre.

 

La responsable d’une ONG bangladaise assure cependant que « si des réfugiés retournent en Birmanie, ce sera pour être logés dans des camps, où leur sécurité ne sera pas assurée et où leurs conditions de vie ne seront pas meilleures qu’ici ».

PAR MANON DEBUT
PHOTO MAAZ HUSSAIN

17 octobre 2017

les Rohingyas sont accusés de voler à la fois le pain et le travail, acceptant un salaire de 3,50 euros par jour, soit 2,50 euros de moins que la rémunération quotidienne demandée par la population locale.

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