par Tom Sanmarty

Batman v Superman : là où le bât blesse...

Face au déferlement de critiques négatives reçues par le dernier blockbuster de Zack Snyder, on est en droit de se demander si cette dernière adaptation à l’écran de nos justiciers en collants préférés est si mauvaise que ce que l’on dit. Nous avons donc décidé de vous livrer notre critique de ce film qui déchaine les passions, garantie 100 % SANS spoilers.

Le premier constat qui s’impose quand on sort de la salle de projection après la fin de Batman v Superman, c’est que rarement un film de superhéros n’aura été aussi fidèle au matériau d’origine sur lequel ces histoires se basent, à savoir le comic book. Tant sur le plan esthétique que scénaristique le film est une déclaration d’amour a ce support qui a fait la gloire de la culture étatsunienne partout dans le monde. C’est à la fois la force du film, mais aussi malheureusement sa faiblesse.

Effectivement, sur de nombreux aspects le film reste brouillon, voire mal fichu sur certaines scènes assez déstabilisantes pour le spectateur car le cinéaste nous perd en plaçant ici et là des instants de grâce faussement poétique qui empiètent sur l’intrigue principale. Néanmoins la maestria visuelle de Snyder n’a pas disparu ici, et nombreux sont les plans qui magnifient la toute-puissance d’un Superman, dont le visage aussi serein qu’une statue grecque s’illumine sur fond de clairs obscurs enflammés.

Hélas, cette mise en scène contemplative se dévoile rapidement assez peu intéressante et c’est ainsi Batman qui concentre toute notre attention, et, ce faisant, transforme le justicier en une brute épaisse sans foi ni loi dont le manque de subtilité peine à convaincre dans le système de confrontation christique qui n’arrive pas à révéler toute la complexité des personnages.

C’est bien le problème de l’histoire développée par Zack Snyder. Alors que l’on pourrait envisager une intrigue qui se concentre réellement sur l’affrontement physique et moral entre les deux titans, le film, en tentant de résonner sur la nature du mal et le sens de la justice, s’encombre de réflexions pseudo-philosophiques qui tournent en rond à de nombreux instants clés des films.

Le film, poussé par sa soif de démesure et de grandeur, devient alors un grand fourretout, parsemé de références aux histoires qui ont fait la gloire des justiciers encapés (ce qui ravira les fans purs et durs) mais saupoudrés de paillettes qui peinent à cacher la relative inconsistance du scénario qui pourrait s’aventurer plus loin dans la psychologie des protagonistes.

Mais le film n’est pas le plus mauvais film de superhéros de tous les temps, ça serait oublier vite le green lantern de Ryan Reynolds. Même s’il est parfois brouillon et confus, Batman v Superman réussit à apporter une contreproposition intéressante aux studios Marvel, par son ton sombre et réaliste qui a le mérite d’ancrer solidement ses personnages dans un univers solide et cohérent. Bien qu’ils ne puissent exprimer l’étendue de leurs talents, Ben Affleck et Henry Cavill se révèlent excellents aussi bien en Batman et Superman qu’en en Bruce Wayne et Clark Kent, leurs alter egos respectifs. Le jeune mais aguerri Jesse Eisenberg nous propose quant à lui, un Lex Luthor dont le plan machiavélique tranche avec les bouffonneries loufoques de Gene Hackman dans la première version des aventures du héros en slip rouge en 1978.

Vous l’aurez compris, c’est à la fois réjoui en tant que fan que nous sortons du cinéma mais aussi mitigé et perplexe quant à l’avenir de l’univers cinématique de DC Comics, la firme concurrente de Marvel. Dont le sous-titre du film : « l’aube de la justice » préfigure.


 

 

Note : 3 / 5

Batman v Superman : l’Aube de la Justice, un film de Zack Snyder, actuellement au cinéma.

(DC)