BELGIQUE ET DJIHADISME: NOUVEAUTE OU DEJA VU?

par Cécile Lemoine

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Situation inédite, moyens inédits, et pourtant… Les évènements qui se déroulent actuellement en Belgique ne sont que le reflet d’une situation qui dure depuis déjà trop longtemps.

Où en est-on aujourd’hui à Bruxelles ?
 

La situation est inédite pour Bruxelles, qui depuis le samedi 21 novembre, est placée sous alerte terroriste maximale. Cette décision fait suite à un communiqué du gouvernement belge annonçant une menace terroriste « sérieuse et imminente ». La capitale s’est alors transformée en ville fantôme où seuls militaires et blindés parcouraient les rues désertes. Les écoles et les commerces ont fermé leurs portes, les transports se sont arrêtés et les gens invités à rester chez eux. Depuis aujourd’hui, la ville et ses habitants commencent à refaire surface, bien que l’état d’alerte soit maintenu à son maximum.
 

D’autre part, l’enquête avance : cinq personnes ont été interpellées, plusieurs perquisitions ont été menées, et le réseau terroriste visé a été déstabilisé. Selon les quotidiens belges "De Tijd" et "L’Echo", une opération policière menée dimanche aurait permis de déjouer une série d’attaque à Bruxelles. Cependant, le suspect-clé des attentats de Paris, Salah Abdeslam, reste toujours introuvable.


La Belgique nouvelle plaque tournante du djihadisme en Europe ?
 

Ce n’est pas la première fois que la Belgique est pointée du doigt quand il est question de terrorisme. Le royaume, et plus précisément la petite ville Molenbeek, sont devenus des lieux de passage ou de résidence pour de nombreux djihadistes. Le cerveau des attentats de Paris, Abdelhamid Abaaoud, y résidait, tout comme Salah Abdeslam et son frère Brahim. En creusant plus, on s’aperçoit que Molenbeek est liée à plusieurs autres attaques : l’auteur de la tuerie du musée juif de Bruxelles, qui a fait quatre morts en mai 2014, y avait séjourné, tout comme le tireur du Thalys. Certains auteurs des attentats de Madrid ont également effectué un passage dans cette ville qui s’apparente de plus en plus à un vivier de terroriste. De même, Mohammed Merah, le « tueur au scooter » de Toulouse et Montauban en 2012 aurait effectué un voyage à Bruxelles, et les armes utilisées par les terroristes de Charlie Hebdo et de l’Hyper Cacher proviendraient également de la capitale belge.
 

Molenbeek, commune de 95 000 habitants où le taux de chômage des jeunes de moins de 25 ans avoisine les 42% (soit six points de plus que Bruxelles) est non seulement devenue une sorte de base logistique pour le terrorisme international, mais également un véritable centre d’endoctrinement et de recrutement de nouveaux djihadistes. Cela peut être expliqué par une certaine tolérance des autorités municipales, départementales et fédérales, qui, soucieuses du maintien de la paix civile, provoquent le moins d’intervention possible dans ces zones sensibles. De fait, les mosquées et les imams sont financés par l’Arabie Saoudite et les jeunes fraîchement convertis au djihadisme échappent très souvent aux contrôles dans certains quartiers.

"Le Monde" a publié des chiffres inquiétants : la Belgique serait le pourvoyeur européen de djihadistes le plus important. «C’est la Belgique qui, en Europe occidentale, produit le plus de combattants islamistes proportionnellement à sa population. Dans ce petit pays de 11 millions d’habitants, 494 djihadistes ont été identifiés: 272 sont en Syrie ou en Irak, 75 sont présumés morts, 134 sont revenus et 13 sont en route, selon les services belges». Il semble y avoir une faille dans le système de renseignement belge qui connait ces chiffres et qui n’a pourtant jamais intercepté Abdelhamid Abaaoud alors qu’il a multiplié les allers-retours entre la Syrie et la Belgique depuis 2013 et qu’il a été la tête d’affiche d’une vidéo de propagande de l’État Islamique.