Lors d’une conférence réalisée dans l’université de Tours, Benoît Hamon a démontré qu’il n’avait pas changé d’un pouce son programme présidentiel, malgré l’échec de la présidentielle et son changement d’écurie.
 

Il est entré sous les vivas de la foule, dense, et est reparti comme une rock-star. Benoît Hamon fait partie de ces rares hommes politiques qui arrivent à convaincre de leur sincérité. On peut douter de son programme, mais l’ancien candidat socialiste à la présidentielle misera sur son côté humain. A raison. A improviser des conclusions ou à traiter Donald Trump de « type bien perché », il pourrait facilement emporter le cœur d’une jeunesse trop sérieuse pour être Insoumise, et trop rêveuse pour être Marcheuse.  
 

Seulement, Hamon ne semble pas vraiment avoir retenu les leçons de son échec certain d’avril dernier. Il tranche encore trop par son côté Bisounours. On le considère comme un ami et non comme un homme politique de première classe. A force de se faire applaudir en disant qu’il veut faire baisser la pauvreté en France, il en perd de son sérieux.
 

Pourtant, il semble bien avoir amorcé un virage, qui devrait le mener à devenir quelqu’un que l’on respecte. S’il ne cesse de parler de son passé de ministre, de ses expériences à Bercy, de son passé à Trappes, c’est aussi pour montrer son expérience et sa carapace d’homme politique. S’il explique que des grands patrons de la Silicon Valley prônent l’instauration d’un revenu universel, c’est pour légitimer ses idées qui paraissent fantaisistes. S’il explique passer outre les critiques médiatiques, c’est pour montrer qu’il est sûr de lui. Ainsi, il s’est moqué de ceux qui passaient leur temps à le caricaturer, l’œuvre de ceux « qui n’ont rien à dire sur [lui] ». Il s’est alors dépeint comme celui qui voulait que les habitants de Trappes « fument un pétard dans un hamac en profitant du revenu universel et en récitant des sourates du Coran ». Il s’est également moqué de ceux qui pensaient qu’il voulait taxer toutes les nouvelles technologies, en réponse à son idée d’imposition du travail des robots, qui remplacent les humains.

Mais alors, pour démontrer son assurance nouvelle, quoi de mieux que de ne pas changer ses idées ?

TEXTE
 THEOPHILE PEDROLA

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PASCAL PAVANI / AFP

1er février 2018

Humanisme
 

Benoît Hamon s’est en effet attaché à replacer dans le débat public ses propositions de la campagne présidentielle. Au menu : revenu universel, écologie, éducation, humanité, futur du travail. Pour saucer ces plats : la critique du gouvernement en place. Avec les trois milliards que l’on perd en supprimant l’ISF, on pourrait financer son revenu universel, présenté désormais comme « une allocation dégressive en fonction du revenu ». La hausse de la croissance, tant mieux ! Mais pourquoi s’embêter à parler de dette économique, alors qu’il faudrait s’attacher à la dette écologique ?
 

Le fondateur de Génération.s s’est rarement exprimé directement à la jeunesse qui lui faisait face, mais lorsqu’il le faisait, c’était pour lui donner confiance : « A vous de décider quel peuple vous voulez être », introduit-il, avant de conclure dans la même veine : « Il faut être d’éternels insatisfaits. […] Ayez confiance en vous, soyez conscients de votre force. »
 

Benoît Hamon a donc fait étalage de sa vision très à gauche, marquée notamment par la critique des mesures économiques institutionnelles, comme la croissance économique, ou le PIB. Il est alors parfois tombé dans la critique des médias et des élites traditionnelles, en estimant par exemple qu’il fallait s’interroger sur « pourquoi l’école forme les mêmes élites depuis trente ans ». Finalement, s’il y avait une phrase à retenir, ce serait celle-ci, reprenant un discours de Bob Kennedy : « Le PIB permet de mesurer tout, sauf ce qui fait que la vie vaut la peine d’être vécue : la culture, les relations humaines… »
 

C’est donc un Hamon humaniste, voire tout petit peu niais sur les bords, qui s’est présenté à Tours. Mais d’une niaiserie qui fait terriblement de bien. D’une fraicheur qui tranche avec les discours très cadrés que l’on entend de tous les bords politiques. C’est tout le paradoxe qu’Hamon a entretenu pendant la campagne, et qu’il semble continuer à cultiver aujourd’hui.