par Théophile Pedrola

BENZEMA,
LA BONNE AFFAIRE

Valéry Hache/AFP

En conférence de presse ce jeudi, le président de la Fédération Française de Football Noël Le Graët a indiqué que Karim Benzema n’était plus sélectionnable en Equipe de France jusqu’à ce que, éventuellement, la justice le dédouane. Et si c’était la meilleure nouvelle possible pour l’attaquant du Real Madrid ?
 

Noël Le Graët, à qui l’on reprochait son silence assourdissant depuis le début de l’affaire a tranché dans le vif : Karim Benzema n’est plus sélectionnable jusqu’à nouvel ordre. Cet ordre, il sera éventuellement donné par la justice si elle décide de blanchir l’attaquant du Real Madrid. Ainsi, Le Graët s’enorgueillissait d’avoir pris une décision forte quant à un joueur important des Bleus. A première vue, c’est le cas. Benzema est le meilleur buteur en activité de la sélection et un cadre important de l’équipe. Peu d’équipes prendraient le risque de se séparer volontairement de l’attaquant titulaire du Real Madrid, c’est entendu. Seulement, à y regarder de plus près, Benzema n’a-t-il pas tout à gagner dans cette affaire ?

Présumé coupable

Tout d’abord, d’un côté judiciaire, cette décision est très étonnante. Elle fait voler en éclats la présomption d’innocence que possède tout citoyen. Aujourd’hui, Benzema est présumé coupable, sanctionné pour des faits non avérés. C’est un excellent moyen de le faire passer du statut de truand naïf à victime d’un système qui l’exclut. La justice n’a pas encore tranché et la FFF, par la voix de son président a avoué ne pas avoir eu accès à l’intégralité du dossier malgré sa position de partie civile. Noël Le Graët s’est donc basé sur les écoutes téléphoniques publiées dans la presse pour se forger cet avis, de quoi accentuer cet effet d’injustice qui plane. Si le calendrier judiciaire prendra de long mois pour trancher dans cette affaire, Benzema aurait alors pu participer aux rassemblements des Bleus en mars et, plus important encore, en juin, pour l’Euro 2016. Aujourd’hui, cela semble hautement improbable.

Un sentiment de dépendance exacerbé ?

Didier Deschamps va maintenant s’arracher les cheveux. Sans Karim, il va falloir trouver rapidement une solution pour suppléer le joueur qui était, intrinsèquement, le plus talentueux de la ligne d’attaque. Si Olivier Giroud arrive logiquement dans les esprits, du fait de son statut de n°2, il a rarement donné satisfaction sous le maillot bleu et nombre de supporters soulignent sa lenteur et sa faculté à « croquer » les occasions. Arrivent ensuite des seconds couteaux comme Anthony Martial, plus adapté à une aile, Alexandre Lacazette ou André-Pierre Gignac qui ont chacun leurs qualités et leurs défauts. Une chose est sûre, il va falloir reconstruire un équilibre pour bâtir un futur à cette équipe avec un nouveau titulaire en pointe. Deschamps devra faire vite et bien, il n’aura qu’un seul rassemblement avant la liste définitive pour l’Euro. Là se situe la principale chance de Benzema. Si les Bleus déçoivent dans les mois à venir, la raison sera toute trouvée, pourquoi s’être passé de notre attaquant de pointe titulaire ?

Benzema en grand sauveur

Noël Le Graët l’a dit jeudi : si Benzema est blanchi, il pourra évidemment postuler de nouveau à l’Equipe de France. On ne sait pas du tout quand cela arrivera ni si cela sera le cas. Mais ce numéro d’équilibriste joué par le président de la FFF a un danger. Si les Bleus ont tangué durant cette période, le retour de Benzema sera vu comme la meilleure nouvelle possible, le retour d’un héros qui sauvera les Bleus. Alors, cette « suspension » n’était-elle pas la meilleure nouvelle pour Karim ? L’éloigner des médias le temps de l’orage avant, éventuellement, de la faire revenir sous de meilleurs auspices ?