L’ex-ministre de l’économie semble décidé à se concentrer sur son mouvement politique, En Marche !, après sa démission du gouvernement cette semaine. Cette volonté, si elle est avérée, est-elle réalisable ?


Tout n’est ici que supputations. Rien ne dit qu’Emmanuel Macron a réellement le Palais de l’Elysée dans son giron, mais ses ambitions grandissantes, couplées à un timing visiblement savamment orchestré médiatiquement parlant, peuvent légitimement laisser envisager un destin présidentiable à l’ancien banquier de Rothschild.

 

Ni à droite, ni à gauche, pour être… nulle part

 

Emmanuel Macron a un atout dans sa manche : il veut dépasser le clivage entre la gauche et la droite pour porter haut ses idées sociales libérales. Il est indépendant et n’aime pas se fondre dans le moule que lui proposait le gouvernement Valls. Il attire ainsi nombre d’électeurs ne se reconnaissant pas dans les propositions du PS et de LR. Seulement, cette partie marginale de l’électorat ne permet assurément pas de briguer l’Elysée en mai prochain. En s’attirant les foudres de la gauche traditionnelle et du gouvernement ainsi que la défiance des Républicains qui voient en Macron un concurrent caché, il va lui être extrêmement difficile de se faire sa place sur l’échiquier politique français, qui n’est pas peut-être pas prêt à faire une place à une pensée différente à l’heure où l’on recherche davantage la stabilité que l’inconnu. Paradoxal lorsque l’on est à la recherche de nouvelles solutions ?

 

En Marche ! devrait arrêter ses petites foulées

 

Lancé il y a désormais cinq mois, le mouvement En Marche !, car il ne faut pas parler d’un parti, erreur qui serait fatale, semble un peu piétiner. Officiellement , le plan en est toujours à sa phase 1, collecter l’avis de nombre de Français en porte à porte pour pouvoir dresser un portrait le plus complet possible du pays et ensuite proposer des solutions adéquates. Les fidèles serviteurs de Macron parcourent donc le pays en porte à porte. Le mouvement se limite aujourd’hui à cela, et les appels à soutien piétinent un peu, malgré un léger regain après la démission de l’ex ministre, où près de 2 000 personnes sont venues se rajouter à la liste des soutiens. Seulement, sans réel programme, si ce ne sont les idées politiques du banquier, difficile de convaincre de nouveaux adhérents qui ont peur de, une fois le programme officiel dévoilé, ne plus être convaincu par le futur (?) candidat.

 

Les présidentielles, c’est déjà demain

 

Aujourd’hui, Macron doit prendre une décision très importante, en cas de candidature, doit-il se présenter à la primaire du Parti Socialiste ? Aucune personnalité très importante du Parti, à part peut-être Hamon ou Montebourg n'est aujourd’hui dans la course. Les autres ? Ils attendent la décision du président sortant, François Hollande, qui devrait selon toute logique se lancer dans l’aventure. Auquel cas, tous les membres de son gouvernement ou même ses partisants, seraient bloqués, car ils ne devraient pas mettre de bâtons dans les roues du candidat « fort » de la gauche. Macron aura-t-il cure de cette règle implicite ? Déjà que M. Hollande a estimé avoir été « trahi » par Macron, un affrontement direct entre ces deux-là serait de mauvais goût de la part de ce dernier, qui doit à Hollande sa présence à ce niveau de la politique. La primaire de la gauche serait pourtant un des meilleurs moyens d’avoir une place lors de l’élection, mais cela l’obligerait à retourner dans le carcan que représente le Parti Socialiste. Dilemmes en vue, qui expliquent peut-être la lenteur de son action. En Marche ! va devoir passer la seconde car Emmanuel Macron n’a déjà plus que sept mois pour convaincre des millions de personnes avec un projet pour l’instant plus que flou. Ses atouts - jeunesse, changement, nouvelle pensée politique - pourraient rapidement être balayés par son bilan moyen, pour ne pas dire anonyme, à Bercy. 2017 c’est déjà demain.