Aider les migrants via la nouvelle technologie en vogue : le Blockchain. Telle est l'idée du Programme Alimentaire Mondial pour résoudre les situations problématiques de milliers de migrants, de leur départ à leur arrivée.

Par Cinthia Kamtchouang
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5 juillet 2018

A l’initiative d’Houman Haddad en 2017, le conseiller régional en transferts monétaires auprès du Programme Alimentaire Mondial des Nations Unies (PAM), expérimente dans un camp de réfugiés syriens en Jordanie un nouveau système de paiement, le Building Blocs. Celui-ci s’appuie sur la technologie de l’Ethereum Blockchain. De la livraison de nourriture aux transferts d’argent, la PAM tente d’économiser des frais de transaction, mais pas seulement.

Le Building Blocs pour les migrants
 

A Zaatari, un camp de réfugiés syriens en Jordanie, Houman Haddad a mis en place le Building Blocs. A partir d’une base de données traditionnelle des Nations Unies stockant des informations et un compte familial, un migrant peut désormais faire ses courses, sans être muni d’une carte de crédit ou d’espèces. Une fois en caisse, seule une identification est nécessaire par le scan de son iris.

Grâce à l’Ethereum Blockchain, une technologie permettant de numériser et de transmettre des informations sans organe de contrôle via des réseaux d’ordinateurs, l’organisme n’a plus besoin de passer par des banques locales et, par conséquent, perdre des milliers d’euros de frais. Dorénavant, la PAM transfère des fonds à moindre coup aux réfugiés. L’identification étant chiffrée, il est possible de séparer le système d’authentification des données personnelles, et donc de protéger la vie privée.

 

A travers le Building Blocs, Haddad a de grandes ambitions. Sn but : obtenir la numérisation totale des informations des migrants sur un smartphone telles que leurs cartes d’identités, leurs comptes bancaires et autres documents officiels (livret de famille, diplôme, acte de naissance et de mariage). Le tout serait relié par un système d’identité via le Blockchain. A terme, les migrants seraient donc faciles à identifier à la frontière ou par un agent de l’immigration. Ils pourraient également être actifs lors de leur accueil dans un autre pays. C’est-à-dire avoir un travail et un endroit où déposer leurs salaires dans un autre pays. Ce système crypté de stockage d’informations en ligne permettrait ainsi de retrouver une identité légale perdue en même temps que leurs documents lorsqu’ils ont fui leur foyer.

Un système révolutionnaire pour les crises humanitaires
 

Le Building Blocs soulève un problème majeur lors de toute crise humanitaire qu’est l’entrée dans un système financier et juridique de personnes sans papiers, qui sont cependant est nécessaire à l'obtention d'un emploi et une vie en société.

Houssam Haddad cherche aujourd'hui à concrétiser ce qu’il nomme « l’identité auto-souveraine », idée popularisée ​en 2016 par le technologue américain Christopher Allen. Il s'agit d'une preuve numérique de l’existence d’un individu lui appartenant. A priori, cette preuve d’identité ne dépendrait d’aucun état ou autorité centrale. Effectivement, le conseiller régional de la PAM pense que « l'objectif final éventuel est le certificat numérique, et que les bénéficiaires doivent posséder et contrôler leurs données ». Un des combats de l’ONU, notamment, est la reconnaissance des 1,1 milliard de personnes sans preuve officielle de leur existence.