La présidente du Brésil Dilma Rousseff est devant une impasse : désavouée par l’ensemble de la classe politique, elle perd petit à petit tous ses soutiens. Même le retour remarqué de l’ancien Président Lula n’a pas suffi. Une procédure de destitution a même déjà commencé.
 

Un contexte économique et social très difficile
 

Tout comme la plupart des pays sud-américains, sauf quelques exceptions comme le Chili, le Brésil souffre à la fois de maux économique et social. Dans le premier cas, le géant sud américain, fort d’une population de 205 millions, a une économie en berne, mais après des années de forte croissance, celle-ci s’est lentement affaissée au point de quasiment tomber en récession ; en 3 ans, elle est passée de 7.5% à 2%. Sa monnaie, le Real, à également baissé au profit du dollar, ce qui a accentué les problèmes économiques.

Sur le plan social, le plus grand pays d’Amérique latine reste relativement pauvre par rapport a certains de ses voisins. Ainsi en termes de PIB/habitant, le Brésil se trouve derrière le Chili, l’Argentine, l’Uruguay mais aussi le Suriname. Il faut ajouter à cela le fait que le pays souffre gravement des inégalités entre les plus riches qui s’enferment dans des quartiers de Sao Paulo et les plus pauvres qui s’entasse dans les tristement connues favelas. Enfin, le pays est également connu pour sa forte corruption, notamment avec les scandales politiques récents et l’affaire Petrobras. C’est dans ce contexte difficile que Dilma Rousseff, élue le 31 octobre 2010, est contrainte à gouverner, malgré une réélection réussie en 2014, mais de justesse, face à Aecio Néves, le leader de l’opposition.



Le scandale PetroBras
 

En 2014, une enquête de la Police Fédérale du Brésil révèle un important réseau de corruption en lien avec l’entreprise PetroBras, une entreprise de recherche, d’extraction, de raffinage et de transport de pétrole. Depuis 2003, elle est la première entreprise du pays et la neuvième mondiale de son secteur en 2015. Ce scandale met en lumière la corruption de quarante-neuf responsables politiques dont douze sénateurs et vingt-deux députés. Tous les partis ou presque y sont représentés aussi bien le parti de la présidente (le parti travailleurs) dont sont issus huit d’entre eux, dont une sénatrice et le trésorier du parti, ou l’opposition (parti de la social démocratie).

Ces quarante-neuf politiques sont accusés de recevoir des fonds détournés du géant via des facture surpayées. Plusieurs entreprises s’entendaient pour un appel d’offre de Petrobras, qui du coup mettait le prix maximum, et tout le surplus était ensuite redistribuer en pot de vins. Ce blanchiment d’argent représente un manque de près de quatre milliards de dollars en dix ans. Cette crise est la plus importante depuis la fin de la dictature militaire en 1985. Ce scandale touche d’autant plus Dilma Rousseff, la présidente, car elle aurait été mise au courant et que sa campagne de 2010 aurait bénéficié d’argent prévenant de ce blanchiment.

Enfin, ce scandale paralyse tout le pays car il touche l’ensemble du monde politique et près de trente entreprises. Ce qui cause des arrêts de chantier et des suspensions de contrats. Ce qui renforce cette crise économique dans lequel le pays s’est enlisé. Le temps que la machine judiciaire se mette en place, le premier jugement devrait ainsi tomber en 2018, en pleine année électorale. Ce scandale est le plus important parmi plusieurs autres petits scandales qui tournent autour de la présidente. Tout ceci accélère la crise économique, empêche le pays de se relever, enfermant ainsi le Brésil dans un cercle vicieux.

 


Défection des politiques
 

Si le scandale de PetroBras, mis au jour il y a maintenant un an, reste dans toutes les têtes, un autre vient de prendre le relais. Dilma Rousseff est en effet soupçonnée d’avoir maquillé les comptes publics en 2013 dans le but de dissimuler l’ampleur des déficits publics. C’est cette faute qui a été le coup de grâce pour la présidente, se trouvant maintenant sous le coup d’une procédure de destitution.

La dernière provocation de la présidente a été de nommer l’ancien président Lula da Silva ministre d’état chef de cabinet. Cette proposition lui permet d’échapper à la justice alors qu’il est soupçonné lui aussi de corruption et de blanchiment d’argent. Cette action a été celle de trop et la coalition au pouvoir a explosé. Les centristes du PMDB (Parti du mouvement démocratique brésilien) ont claqué la porte du gouvernement. Leur leader, Michel Temer, manœuvre pour évincer la chef de l’état.

La présidente est donc privée du soutien des soixante-neuf députés et dix-huit sénateurs du PMDB, le premier parti de l’assemblée. Elle se retrouve en difficulté et voit la coalition qu’elle mène s’effondrer petit à petit. L’heure de la destitution semble donc être proche pour Dilma Rousseff.