Ca ne va pas le faire...

Le gouvernement a prolongé in-extremis la présentation du texte de loi sur la réforme du code du travail. Face à la mobilisation des citoyens et des citoyennes, notamment une pétition en ligne qui recueille plus d'un million de signatures et les différents appels à manifester, Manu et Myriam (El-Khomri) sont contraints de revoir leur copie. Espérant pouvoir éteindre l'incendie qu'ils ont eux-mêmes provoqué, ces braves ministres s'attellent à rendre le texte plus acceptable aux yeux de leur majorité, tout en affirmant haut et fort que "la philosophie du texte ne changera pas".
Voilà la situation actuelle dans la bagarre politicienne, en ajoutant une menace d'un nouveau 49.3 rapidement écartée par le Président et une droite qui soutient le projet du bout des lèvres. En touchant au code du travail, le gouvernement s'attaque aux droits fondamentaux des travailleurs et travailleuses, il reprend à son compte une petite musique qui monte depuis des années : les salarié(e)s français(e)s sont trop protégé(e)s, le code du travail est trop lourd et trop
complexe et cela empêche les entreprises d'embaucher. Douce mélodie culpabilisante.

En d'autres termes cette loi, en l'état, est approuvée par un seul groupe : les chefs d'entreprise. Ce sont effectivement leurs propositions qui ont étés retenues et aucunement celles des représentants des salarié(e)s. Plafonnement des indemnités prud'homales, licenciement économique facilité, référendum d'entreprise sans prise en compte du rapport de force patrons/salarié(e)s, travail de nuit prolongés, heures supplémentaires moins payées ... Seul un nouveau droit apparaît, celui de la déconnexion et le compte personnel d'activité, souhaitable sur le principe, est moins ambitieux que prévu.
On ne peut appeler cela un compromis ou une synthèse entre sécurité et "flexibilité", ce n'est qu'une pure et simple libéralisation sauvage du droit du travail. La méthode fut de passer outre les discussions avec les partenaires sociaux qui se retrouvent devant le fait accompli.

Alors l'exécutif et le Medef, syndicat patronal, jouent la carte de la nécessité face au chômage. Pour embaucher, il serait donc essentiel de licencier facilement et de faire travailler les salarié(e)s plus longtemps. La logique est que ceux qui ont un emploi ont beaucoup de chance, ce sont des privilégiés qui doivent avoir conscience qu'il y a 5 millions de chômeurs qui aimeraient prendre leurs places. Ainsi Valls et Gattaz souhaitent faire passer les syndicats comme les gardiens d'un monde archaïque et des antipatriotes qui ne se préoccupent pas du chômage.
Ah, la bonne vieille stratégie de l'intérêt général ! Une méthode inépuisable pour diviser les français(e)s.
Le problème est qu'il n'est pas concevable de s'excuser de travailler, de se sentir coupable vis à vis d'un phénomène dont on n’est en rien responsable tout en continuant de stresser pour son emploi. Il semble que ces sentiments ne soient pas pris en compte dans le texte. Il y a certainement un besoin de réforme mais l'intérêt général n'est pas uniquement celui des chefs d'entreprise. Une réelle réforme est une grande concertation entre toutes les parties qui aboutit à un équilibre social. En somme, ce que promettait de faire François Hollande en 2012.

Ils jouent alors les étonnés, croyant que leur autorité serait incontestée dans l'état d'urgence, que leur majorité, après une gueulante habituelle des frondeurs, allait suivre le mouvement, mais les voilà obligés de reprendre leurs souffle, histoire d'entretenir le flou, de diviser les syndicats et de calmer la jeunesse. Une jeunesse dont ils ont peur car elle n'est pas contrôlable et sa mobilisation peut être massive. Une jeunesse qui ne veut pas être précaire et qui fut là encore le thème de campagne de Hollande.

Seulement rien n'est sûr, le brouillage est complet car les appels à la manifester ne sont pas unis alors que tout est réuni pour qu’une grande mobilisation ait lieu. Elle permettrait une réelle réflexion sur ce qu'est le travail aujourd'hui et comment peut être celui de demain. Elle serait aussi une contestation générale de la politique autoritaire de Valls. Sur un fond d'un pays lassé et au bord de l'asphyxie, avec des politiques aux aguets et incapable de bouger en vue de la présidentielle, la mobilisation est plus que possible et souhaitable.  Qu'importe si elle a lieu sous un gouvernement dit "socialiste", il en sera de leur responsabilité d'avoir bafouer leurs idéaux.
Affaire à suivre...