Oyez, oyez, chers électeurs. Vous qui êtes à la recherche du candidat idéal, porteur d'un projet novateur et enjoué pour la France, un candidat incarnant l'avenir de la République et la réussite de notre démocratie, un candidat honnête et droit, se présentant humblement aux Français avec pour seul but de relever le pays... vous qui pensez que vous pouvez trouver la perle rare avant le 23 avril... surtout ne lisez pas cet article, vous risqueriez de vouloir vous crever les yeux avec des bulletins de vote, avant de manger votre carte d'électeur.

 

Cette semaine, Benoît Hamon était l'invité de l’Émission politique de France 2. Sur le plateau, le candidat officiel du Parti socialiste est, dans le plus grand des calmes, revenu sur sa proposition de revenu universel, pour la quarantième fois depuis trois mois. Hamon donne l'impression d'avoir promis ce qu'il sait irréalisable pour tenter le tout pour le tout et se faire élire, en procrastinant de donner les conditions de la réalisation du projet en question. Et ce n'est que maintenant qu'il réalise qu'il a potentiellement fait une connerie, en annonçant un revenu universel infinançable, alors même qu'apprendre par cœur un petit résumé écrit par Piketty lui aurait permis de convaincre tous les gauchistes, et Pierre Gattaz avec. Mais Hamon veut trouver des solutions par lui-même ; sauf qu'il ne semble plus les trouver, ou, tout du moins, les imposer à l'opinion. La politique est une question de paraître, et paraître utopiste est bien mal vu dans un pays névrosé par le sur-place et le pessimisme. Pour paraître plus terre à terre, plus présidentiable, Hamon a ainsi une fois de plus raboté son revenu universel, se conformant à ce que le moule politique attend de lui : quelqu'un qui dit ce qu'on veut qu'il dise et pas ce qu'il pense. Si l'on reproche aux politiques de ne pas tenir leurs promesses une fois élus, Hamon a inventé le concept de ne pas tenir ses promesses alors qu'il n'est même pas élu.

 

Hamon, avec son nouveau « filet de sécurité universel », parvient peut-être à pêcher les électeurs de la primaire qui hésitaient encore avec Macron. En revanche, le candidat du PS est probablement en train de perdre l'électorat de gauche, le vrai, celui qui rêve de lapider Macron et qui pleure tous les soirs sur la tombe de Robert Hue. Peut-être cet électorat de gauche trouvera-t-il le réconfort auprès de Mélenchon, avatar discount de George Marchais, capable d'avoir un avis critique sur tout le pan de l'humanité qui ne se nomme pas Jean-Luc Mélenchon. Ou peut-être cet électorat de gauche se fera-t-il seppuku, priant Jean Jaurès de le pardonner d'avoir cru en Mitterrand, Hollande et Hamon pour incarner les valeurs d'une gauche vraiment progressiste. On imagine bien Manuel Valls jubilant dans son manoir d'Evry, s'étouffant dans son caviar en entendant les multiples reculades de son ancien adversaire à la primaire, avant d'entamer une danse de la victoire à la vue des sondages le voyant repasser derrière Mélenchon.

 

De son côté, Macron continue de rassembler les élus PS insatisfaits par les promesses du candidat Hamon, montrant la véritable valeur d'une primaire et d'une carte d'adhérent à un parti. La mort du Parti socialiste semble actée pour le 7 mai 2017, jour où nous saurons si un candidat de gauche a perdu ou si un candidat de droite a gagné. Tout autre scénario ne serait qu'un énième délire psychotique de drogué en sortie de boîte. Le PS tient bon, mais qu'en sera-t-il le jour où, Macron Président, une moitié du parti s’empiffrera de petits fours au Fouquet's tandis que l'autre s'inscrira sur Pôle Emploi en sifflotant l'Internationale ? Les lignes bien trop divergentes d'un parti en décomposition vont finir par un remake pathétique du Congrès de Tours, et on peut prophétiser qu'une restructuration hétéroclite de la gauche, tout du moins ce qu'il en reste, aura bien lieu.

 

L'élection de 2017 semble être un nouveau départ pour la classe politique française. On voit ainsi mal comment, à l'instar du PS, le parti Les Républicains parviendra à survivre à la crise interne due aux soupçons de fraude pesants sur François Fillon, des accusations qui sont en train de lui coûter une victoire annoncée. On voit également mal comment En Marche ! pourrait ne pas devenir une force politique majeure de notre pays, Macron réussissant, depuis un an, un formidable hold-up politique. Il est certain que le paysage politique français ne sortira pas de l'élection présidentielle comme il y sera entré. Le feuilleton des présidentielles n'a pas fini de s'écrire et, rebondissement après rebondissement, on est en droit de se dire que l'auteur a dû sacrément picoler pour écrire un tel scénario.

PAR THOMAS HERMANS
PHOTO AFP

Le PS tient bon, mais qu'en sera-t-il le jour où, Macron Président, une moitié du parti s’empiffrera de petits fours au Fouquet's tandis que l'autre s'inscrira sur Pôle Emploi en sifflotant l'Internationale ?

Hamon a ainsi une fois de plus raboté son revenu universel, se conformant à ce que le moule politique attend de lui : quelqu'un qui dit ce qu'on veut qu'il dise et pas ce qu'il pense.

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