Carnet de campagne - 14 mai

Oyez, oyez, chers électeurs ! L'attente est enfin terminée, le peuple français a rejeté l'aristocrate tortionnaire de Saint-Cloud et a élu le bourgeois arriviste de Bercy nommé Macron. Or, le plus dur n'est pas fait pour le nouveau Président élu, qui va devoir rassembler, dans une majorité hétéroclite aux airs de bouillabaisse, Manuel Valls et Christian Estrosi, Daniel Cohn-Bendit et Alain Madelin, Robert Hue et le libéralisme. On va bien s'amuser !

C'est donc en ce soir du 7 mai 2017 qu'Emmanuel Macron s'est dressé comme le nouveau bourgmestre de la cité de France. Face à cette élection d'un européen convaincu, Theresa May se serait noyée dans sa tasse de thé. Pourtant, Macron ne fait peur qu'aux gauchistes de l'international luxembourgeois, et il est aussi vrai que les nationalistes européens craignent sa verve qu'un doberman a peur d'un chaton. Prêt à recevoir les coups de fouet d'un euro-scepticisme déchaîné, Macron a intérêt à bien se cramponner à la pyramide du Louvre s'il ne veut pas être noyé dans la Seine, comme au bon vieux temps de Maurice Papon. En effet, Marine Le Pen a bien l'intention de se placer en cheffe de l'opposition, là où elle pourra critiquer tout le monde et paraître légitime tout en ne proposant rien. Stratégie habituelle pour le Front National, celle-ci commence tout de même à se voir en direct à la télévision contre un prétendant bien préparé, même si peu charismatique.

Macron va devoir, dans tout les cas, manier la diplomatie comme personne pour pérvenir à intégrer tous les assoiffés d'investiture qui grattent à la porte ou lui chantant des sérénades. Manuel Valls n'a pas réussi à choper une investiture En Marche ! pour les législatives malgré quatorze appels du pied au nouveau Président, tandis que Jean-Vincent Placé s'est lui vu affublé d'une ordonnance restrictive après avoir lancé une lettre de motivation de 580 pages à la figure de Brigitte Macron. Les rats morts du PS sortent enfin des égoûts de Solférino pour tenter désespérément de trouver un poste pour rester digne et propre. Cambadélis, comme un égoutier stagiaire, les regarde partir en se disant qu'ils filent vers un lendemain meilleur, trouvant lui-même du réconfort dans les présences apaisantes des éternels perdants que sont Martine Aubry, Arnaud Montebourg et le bleu Hamon. Hollande, Valls, Macron et Hamon furent les assassins du Parti socialiste, Cambadélis en sera le fossoyeur malgré lui. Manuel Valls a lui-même dit, dans un de ses rares moments de lucidité, que le PS était mort. Il le sait, il en est le responsable. Les rapaces tournent déjà autour de la carcasse en putréfaction du Parti socialiste, attendant avec impatience que soient lâchés quelques morceaux de gauche par-ci par-là. Mélenchon n'attend que ça, lui qui passe ses journées chez Ikéa pour remeubler l'Hôtel de Matignon, dont il compte être le prochain locataire.

La gauche est morte, vive la gauche, aurait dit feu Lionel Jospin. On voit mal comment une force politique majeure pourrait émerger sur le champ de Waterloo socialiste. Valls et ses traîtres sont partis chercher des postes en vendant leur dignité, se prostituant au libéralisme, tandis que Hamon, Mélenchon et Pierre Laurent semblent au bord de la guerre civile, chacun prétendant incarner la gauche, la vraie. Pas celle de Mitterrand et de Michel Rocard, pas celle qui ne sait plus où est vraiment sa gauche, pas celle qui pense que Chirac était un Président sympa, pas celle qui voit l'avenir en Macron. Hamon et Laurent peuvent se débattre tant qu'ils le veulent, ils ne parviendront à se créer ni un charisme ni des gens de gauche en deux semaines. Mélenchon semble alors le dernier espoir d'une gauche poussant un ultime soupir, voyant sa mort arriver, que ce soit par l'intermédiaire du nouveau Président libéral ou du prétendant égocentrique holographique.

Sur ces restes, la droite pense encore pourvoir incarner une force de renouvellement, alors même qu'elle est incapable de renouveler ses membres nécrosés que sont Ciotti, Estrosi, Wauquiez et l'ensemble du département des Hauts-de-Seine. Sarkozy envisagerait pour la cinquantième fois de revenir triomphalement en politique, et c'est à se demander s'il n'aime pas moins le pouvoir que la défaite. Macron n'a pas du tout fait le plus dur. La bataille des législatives s'annonce difficile et incertaine, la recomposition politique française n'a pas fini de s'enclencher.

PAR THOMAS HERMANS
PHOTO BENOIT TESSIER /
REUTERS

Valls et ses traîtres sont partis chercher des postes en vendant leur dignité, se prostituant au libéralisme, tandis que Hamon, Mélenchon et Pierre Laurent semblent au bord de la guerre civile, chacun prétendant incarner la gauche, la vraie.

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