Oyez, oyez, chers électeurs. Nous y sommes enfin, c'est la dernière ligne droite avant une apocalypse annoncée, à la fois attendue et redoutée, la France se retournant elle-même dans une contradiction qui fait son particularisme. Plus qu'une semaine à attendre et nous saurons alors si nous devrons nous suicider par pendaison ou la tête dans le gaz. Encore une semaine, et nous saurons quels deux prosélytes imbus d'eux-mêmes auront le privilège de s'affronter pour gagner le poste de personne la plus détestée de France pendant les cinq prochaines années. Tellement hâte !

La campagne présidentielle va donc bientôt prendre fin, après des semaines de débat public monopolisées par de la communication, polluées par des affaires à n'en plus finir, gâchées par une indignité politique, exceptionnelle par sa dimension. A la fin de la campagne, et si plus aucune polémique ne resurgit, les journalistes vont probablement devoir se remettre à leur véritable boulot : l'information, le décryptage, l'analyse. A l'exception de quelques résistants du système journalistique, tels que les détectives Plenel et Arfi, ainsi que la brigade dissidente du Canard, une bonne partie de la caste médiatique s'est transformée en champ de boue où la victoire reviendra à celui capable de sortir l'analyse la moins profonde qui soit. Christophe Barbier, qui possédait, avant même le début de la campagne, une avance considérable dans le domaine, a vu sa domination rognée par les interventions courageuses de Ruth Elkrief. Les intervenants de BFM vont devoir subir une cure de désintox médiatique à la fin de la campagne, pour ne succomber ni à leurs blessures, ni à l'envie de recommencer encore un cycle quinquennal d'information capable de prendre les gens pour des cons en un temps record.

Il semblerait pourtant que, en cette période ou la survie de François Hollande est comptée, les gens commencent petit à petit à oublier que François Fillon s'est servi dans plus ou moins toutes les caisses publiques qu'il était censé garder. Ils oublient que Marine Le Pen aime énormément l'Europe, à titre strictement financier. Ils oublient que Jean-Luc Mélenchon a passé plus de temps à roupiller sur les sièges du Sénat qu'à défendre l'ouvrier. Ils oublient que Benoit Hamon existe. Ils oublient qu'Emmanuel Macron est la réincarnation de François Hollande, en plus jeune et en encore moins de gauche. Ils oublient que Jean Lassalle n'est pas qu'un mec à gros nez aimant bien picoler. Ils oublient que Philippe Poutou balançait déjà des punchlines en 2012. Ils oublient aussi que l'homme providentiel n'existe pas, malgré ce que veulent nous faire croire tous les candidats, ou la NSA d'après Asselineau. Et l'auteur de cet article l'oublie également, passant son temps à se moquer de Cheminade, qui a pourtant bien moins la tête dans les nuages qu'on le dit. Chaque candidat possède un programme (à part Asselineau apparemment) qu'il serait intéressant d'étudier, de comparer, d'analyser. Au lieu de quoi, tous les simplets dans mon genre préfèrent se souvenir qu'Arthaud aime pas trop les méchants patrons et que Dupont-Aignan a la bougeotte dès qu'il est assis en face d'une animatrice de TF1.

Qu'est-ce qui abaisse réellement le débat ? Le polluer avec les affaires ou éluder celles-ci complètement ? Caricaturer les candidats ou ne parler que de leurs programmes dans ce qu'ils ont de moins dangereux ? Le débat doit-il être consensuel pour être acceptable et instructif ? Le consensus n'est pas débat. Et on se retrouve, alors que la campagne touche à sa fin, avec une majorité d'électeurs indécis, dégoûtés de la politique par une succession de quinquennats abusifs et se surpassant les uns les autres dans le domaine du foutage de gueule ; dégoûtés par une politique indigne, par des personnalités bien trop égocentrées pour être capables de comprendre pourquoi le malaise existe dans la population française. Chaque politique crie sur tous les toits qu'il ou elle comprend pourquoi les Français ne les aiment plus. Chaque politique se proclame anti-système, en croyant que la notion même de système est le problème. Chaque politique promet déjà de redonner confiance aux Français, tout en rédigeant des dizaines de discours d'excuses dans l'éventualité de son élection. Chaque politique sait qu'il ne pourra pas être celui qu'il veut être, ou qu'il veut faire croire qu'il est. Pourtant, si ça a marché par le passé, pourquoi ne pas recommencer ? Pourquoi ne pas détruire ce qui reste de dignité au monde politique en promettant d'être le messie, le sauveur suprême ? Pourquoi ne pas faire croire qu'on peut être un renouveau quand le gens y croient ? Le changement, c'est vraiment maintenant ?

PAR THOMAS HERMANS
PHOTO AFP

Chaque politique crie sur tous les toits qu'il ou elle comprend pourquoi les Français ne les aiment plus. Chaque politique se proclame anti-système, en croyant que la notion même de système est le problème. Chaque politique promet déjà de redonner confiance aux Français, tout en rédigeant des dizaines de discours d'excuses dans l'éventualité de son élection.

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