Oyez, oyez, chers électeurs. Cette semaine, une fois de plus, les médias ont préféré relayer les petites phrases et embrouilles de candidats plutôt que parler de leurs programmes respectifs. Et il est important de se poser la question suivante : est-ce par pure logique d'audience, les Français se désintéressant de la politique en un temps plus bref que les juges pour trouver trente nouveaux détournements de fonds de la part de la famille Fillon, ou est-ce simplement parce qu'il n'y a plus rien à en dire depuis longtemps ?

Il faut dire que, sur la scène politique française, se joue un drôle de spectacle, dans le sens triste, voire navrant. Que retenir d'un meeting de Mélenchon ? Qu'il est encore plus énervant en images de synthèse qu'en vrai. De quoi se souvenir après un intervention d'Asselineau ? Que le Dalaï-Lama veut le capturer pour le livrer à la NSA. Que se rappeler à la suite d'un débat d'idées (le terme est important) ? Que l'un des participants a été plus drôle que les quatre guignols d'en face, qu'un autre a été un peu mou malgré des propositions intéressantes, occultées par son incapacité à répondre à des attaques virulentes de pitbulls politiques enragés et désireux d'obtenir une immunité parlementaire et quinquennale dans les plus brefs délais. Pas de quoi parler d'un beau débat. A peine peut-on parler d'un débat. Le terme de combat de boue serait plus approprié, tous vomissant une confortable couche de fange à chacune de leurs interventions. Personne n'est d'accord avec personne – sauf un, qui est d'accord avec tout le monde pour ne froisser quiconque – et tout le monde s'engueule dans la décrépitude d'une réunion auto-sabordée d'avance par les folies mégalomanes de VIP politiques, bien trop éloignés du peuple pour comprendre ne serait-ce qu'un peu pourquoi on ne vote pas pour eux.

La communication a donc définitivement pris le pas sur les idées, gueuler fort dans un micro étant devenu l'équivalent d'un programme politique idéal de cinq cents pages, pour peu qu'on laisse le soin à l'orateur de s'exprimer sur une chaîne de télévision nationale. Déjà que Dupont-Aignan a une voix de dépressif sortant de cure qui pourrait endormir quatorze Cyril Hanouna sous coke, mais de surcroît, on ne le laisse même pas aller s'engueuler avec les autres dans la cour de récré. C'est vraiment pas juste ! Les méchantes chaînes de télé font du favoritisme, c'est toujours les populaires qui ont le droit de s'amuser. La démocratie est, visiblement, très adaptable, comme si, en signant la Constitution, De Gaulle avait rajouté une clause en taille 2, stipulant que chacun pouvait interpréter le texte comme il le souhaitait, dans la limite des stocks disponibles dans les magasins participants. Pourtant, Dupont-Aignan, en sa qualité de « petit candidat », bénéficie d'un certain traitement de faveur. Déjà, il a eu l'opportunité de ne pas encore passer pour un con face à une blague bien sentie de Mélenchon. Et en plus, il n'a aucune affaire au cul, les journaux étant bien trop occupés à chercher de nouvelles casseroles dans les cuisines déjà bien garnies de François Fillon et Marine Le Pen. Hamon aimerait certainement avoir détourné quelque argent public, pour pouvoir faire la une d'un journal, même de droite. Il aurait même pu faire exprès d'oublier de déclarer une partie de son studio de Barbès, comme feu Jean-Marie Le Pen et son divin enfant. La rumeur rapporte que Marine, par peur des médias, a occulté aux inspecteurs des finances le grenier de Montretout, où sont entreposés, notamment un autographe de Klaus Barbie et une statue de cire de Faurisson, dans le musée personnel de Jean-Marie consacré au Grand Reich.

Parler de toutes ces conneries permet à l'auteur de cet article de masquer ses lacunes invraisemblables, et passables de guillotine, en matière de programmes électoraux. Les idées sont là, les grandes lignes sont jetées, mais qu'a-t-on réellement retenu de cette campagne : qu'il n'y en a pas un pour rattraper l'autre. Qu'une bonne idée est achevée par la connerie humaine, qu'une mauvaise idée est portée aux sommets par le même phénomène. Les élections sont dans seulement trois semaines. Tout un pays les a attendues depuis bientôt cinq ans, espérant un jugement dernier qui n'en finissait plus de venir, guettant l'arrivée d'un messie prêt à le sauver. Et maintenant que se profile l'ombre de ce dernier sur le papier grisâtre des bulletins du premier tour, on a de plus en plus peur d'effleurer un de ces bouts de feuille sans choper la peste pour les cinq années à venir. Difforme est cette campagne, difformes seront les prochaines cinq années, difformes seront nos gueules au lendemain du deuxième tour, difformes et de bois, pour tout un quinquennat.

PAR THOMAS HERMANS
PHOTO LOÏC VENANCE / AFP

La démocratie est, visiblement, très adaptable, comme si, en signant la Constitution, De Gaulle avait rajouté une clause en taille 2, stipulant que chacun pouvait interpréter le texte comme il le souhaitait.

La communication a définitivement pris le pas sur les idées, gueuler fort dans un micro étant devenu l'équivalent d'un programme politique idéal de cinq cents pages, pour peu qu'on laisse le soin à l'orateur de s'exprimer sur une chaîne de télévision nationale.

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