Oyez, oyez, chers électeurs. Cette semaine encore, la campagne présidentielle n'a ressemblé à rien. Ou tout du moins, rien de connu en termes politiques, se rapprochant tout de même d'un combat de boue inconsistant, où les participants tentent de sortir de la gadoue tout en enfonçant profondément les têtes de leurs concurrents sous une épaisse couche de fange.


Si l'on y regarde de plus près, cette campagne n'a rien d'une campagne comme on a pu en avoir l'habitude. Si une moitié des politiques tentent tant bien que mal de proposer des programmes cohérents, une autre préfère passer son temps à accuser les médias de complaisance avec le pouvoir, de manipulations de l'audience ou d’acharnement. Heureusement que les médias sont là pour relayer ces messages, il serait dommage de les rendre inaudibles à la majorité, surtout lorsque l'on voit leur efficacité. Vous l'aurez compris, il s'agit bien entendu de François Fillon et Marine Le Pen dont nous parlons. Si l'on peut reconnaître à Marine Le Pen une certaine régularité dans le foutage de gueule depuis maintenant un nombre consistant d'années, passant son temps à fustiger les médias sur tous les plateaux télé de France et de Navarre, François Fillon s'est permis un triomphal retournement de veste lorsqu'il a vu l'efficacité de la méthode Le Pen. Attaqué de façon inattendue par les médias à propos de vous savez quoi, le candidat de la droite a su adopter une ligne de défiance vis-à-vis de ceux-ci. Multipliant les conférences de presse, Fillon parvient à accuser les médias de férocité contre lui et de connivence avec tous les autres, devant un évident parterre de journalistes ébahis, prêts à tout pour récupérer une déclaration du sacrifié de la Sarthe. Préférant se soumettre à ce petit jeu sado-masochiste, aucun ne remet alors en cause la parole du candidat, faire son travail étant bien trop compliqué. Laissons donc cela à Jean-Pierre Pernaut, lui qui pose les vraies bonnes questions. Il s'est ainsi étonné de voir, à quelques semaines de l'élection, des opérations de police se produire contre le Front National. Jean-Pierre est un homme fragile, habitué aux artisans crémiers du Vercors, pas aux magouillages communicationnels politiques.
 

Pernaut est, comme une bonne partie de la France, très sensible au message porté par des personnalités politiques en perte de vitesse, que ce soit dans les sondages, dans le fond, ou tout simplement face à la justice. Et s’il est logique que la monarchie présidentielle française entretienne l’égo des politiques, poussant Le Pen et Fillon à se sentir au-dessus des lois, il est déjà plus étonnant de constater que le peuple suit et continue de les soutenir. On pensait que les politiques étaient la raison de la maladie de notre démocratie, mais apparemment non. C'est bien la justice et les médias, pourtant premiers garants de la démocratie, qui semblent en être la cause. En effet, et comme le suggère Jean-Pierre Pernaut, comment ne pas reprocher à la justice de vouloir que le prochain Président de la République française commence par respecter ses propres lois ? Comment ne pas être outré par ces médias relayant intox sur intox sur des candidats pourtant évidemment blancs comme neige, ou plutôt comme Chirac... Les politiques, particulièrement de droite, ont réussi à retourner l'opinion qui les suit contre les instances les plus essentielles à notre démocratie, sur les mêmes bases que celles ayant fait élire Trump, abandonnant par la même occasion toute idée de cohérence. C'est ainsi que Marine Le Pen a utilisé son immunité de députée européenne pour ne pas se présenter devant la police, tout en fustigeant l'Europe et assurant la police de son soutien, alors que Philippot sermonnait le Sénat pour avoir préservé l'immunité parlementaire de Dassault.
 

Évidemment, tout est toujours une histoire de mots, et les politiques ne diront pas le contraire, tant la communication prend de plus en plus le pas sur les convictions au sein des stratégies politicardes. Si certains s'évertuent à faire vivre la démocratie et la politique au sens noble, celle qui fait réfléchir, d'autres ont décidé de laisser tomber la cohérence et de spécialiser dans le foutage de gueule. Se pourrait-il que la politique rende con ?

PAR THOMAS HERMANS
PHOTO AFP

Marine Le Pen a utilisé son immunité de députée européenne pour ne pas se présenter devant la police [...] alors que Philippot sermonnait le Sénat pour avoir préservé l'immunité parlementaire de Dassault.

Jean-Pierre Pernaut est un homme fragile, habitué aux artisans crémiers du Vercors, pas aux magouillages communicationnels politiques.