Oyez, oyez, chers électeurs. Cette dernière semaine fut très riche en émotions en tous genres, comme vous le savez déjà probablement. Pour les trois du fond qui auraient passé les derniers trois mois séquestrés dans une cave obscure du Loir-et-Cher : à l'issue du premier tour de l'élection présidentielle française de 2017, se sont qualifiés deux candidats en vue du second tour prévu le 7 mai. C'est désormais officiel, François Hollande affrontera Jean-Marie Le Pen dimanche prochain, dans un combat de catch idéologique et putassier qui promet de dégoûter les Français de la politique pendant encore au moins un quinquennat.

 

Comme elle est belle la France des éditorialistes ! Comme elle est belle la France des Barbier et des Duhamel, qui préfèrent s'indigner du silence de Mélenchon plutôt que du score de Le Pen. Comme elle est belle la France de Ruth Elkrief et de Jean-Pierre Elkabbach qui se réfère à 2002 comme le bon vieux temps du front républicain. Les temps ont changé, et avec eux la communication du FN, sans pour autant métamorphoser son discours ou ses idées. L'entreprise de dédiabolisation a donc fonctionné. Marine Le Pen passe pour une libératrice de gauche et Emmanuel Macron pour un social-démocrate juste, alors qu'ils ne sont l'un et l'autre que deux facettes de ce qui détourne la population de la politique. Ce n'est pas pour rien que plus de la moitié des électeurs ont voté pour quelqu'un d'autre au premier tour. En 2007 et 2012, les deux finalistes rassemblaient au premier tour plus de 56% des voix à eux deux. L'offre politique se disperse en cette année 2017. Pour le bien de la démocratie, certes, mais pour le mal de notre système politique. Tant mieux, diront ceux qui veulent la fin du système, pendant que Cambadélis et Raffarin tremblent des genoux en votant Macron, alors qu'ils imaginent la fin annoncée de leur carrière politique.

 

Autant annoncer les résultats dès maintenant, Emmanuel Macron est le nouveau Président de la République française. Aussi vrai que le Premier ministre britannique David Cameron se beurre la gueule avec Jean-Claude Juncker autour d'une partie de poker dans le sous-sol du Parlement européen, aussi vrai que la Présidente américaine Hillary Clinton entreprend de construire des motels sur tous les terrains de golf détenus par l'obscur milliardaire Donald Trump, Emmanuel Macron pourra bientôt se prélasser sur la terrasse de l'Elysée, les orteils en éventail et le Code du Travail en dessous de verre. Nous entrerons alors dans une nouvelle ère, celle du plein emploi précaire et du recyclage de ministres socialistes. Le futur gérant de la boîte de l'Elysée devra être très diplomate pour savoir quel éléphant du défunt PS pourra rentrer dans son club très privé. Il faut ici adresser une pensée émue aux naïfs – à défaut de sincérité – actuels ministres, qui pensaient que soutenir Benoît Hamon était une perspective d'avenir, alors même qu'elle débouchait sur un gigantesque mur bâti main dans la main par Macron et Mélenchon. Hamon s'est tout de même retrouvé dans la liste très ouverte des petits candidats, déchéance totale pour le candidat d'un grand parti, ou tout du moins ce qu'il en reste. Cambadélis a d'ores et déjà déclaré le PS en faillite et a commencé à flécher le siège de Solférino comme une grande brocante d'où tout doit disparaître, meubles, dossiers et ministres usagés compris.


En attendant les décès définitifs du PS, des Républicains et de l'honneur de Nicolas Dupont-Aignan, il est de bon ton de rappeler que la campagne n'est pas finie, et ne le sera même pas le 7 mai. Celui qui l'emporte (la rédaction s'excuse pour l'emploi unilatéral du mot "celui" qui peut paraître sexiste. En réalité, nous souhaitons juste ne pas basculer dans le fascisme dimanche prochain. On se rassure comme on peut. Merci de votre attention.) devra, après les législatives, probablement composer avec des forces contraires et bien plus dispersées que ce que l'hémicycle de l'Assemblée nationale a jusqu'à présent donné à voir. Il est ainsi peu probable que Macron puisse obtenir une majorité législative, tant son électorat semble avoir voté contre plutôt que pour, et ce dès le premier tour. En érigeant Macron comme un rempart solide contre le FN, la classe politique et médiatique a réussi l'impossible : élever un banquier d'affaire sans programme comme le défenseur du peuple français. Encore une belle réussite qui promet un formidable quinquennat. Encore faut-il que le futur Président annoncé arrête de perdre 5 points à chaque fois qu'il dit qu'il est proche du peuple, qu'il tape sur Mélenchon plutôt que de taper sur Le Pen, ou qu'il chante Les Sardines en karaoké avec Cyril Hanouna. Peu importe le résultat, on aura tous des regrets. Tâchons tout de même d'en avoir le moins possibles.

PAR THOMAS HERMANS
PHOTO AFP

En érigeant Macron comme un rempart solide contre le FN, la classe politique et médiatique a réussi l'impossible : élever un banquier d'affaire sans programme comme le défenseur du peuple français. Encore une belle réussite qui promet un formidable quinquennat.

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