Carnet de campagne - 5 février

Oyez, oyez, chers électeurs. Maintenant que les primaires sont définitivement passées, votre série d'articles préférée, Décryptage Primaire, se transforme en Carnet de Campagne, et ce jusqu'aux élections législatives. La rédaction s'excuse par avance de ne pas être à la hauteur de vos attentes en terme de jeux de mots, et l'auteur de cet article s'auto-flagellera autant de fois qu'il est nécessaire pour réparer cette faute.

Quel soulagement ! Les primaires de gauche et de droite sont derrière nous, et l'auteur se rend actuellement compte de sa joie à l'idée de ne plus ressasser les mêmes personnages en boucle... Ne plus parler de l'hypocrite despote Valls, de l'effervescent nabot Sarkozy, de l'utopiste gauchiste Hamon ou du sinistre vieillard Juppé. Cette semaine, on change d'air ! L'actualité politique est riche, et nous allons donc parler de... François Fillon. Oui, c'est terrible, mais c'est comme ça. On se croyait débarrassés, mais non, la droite parvient encore à faire parler d'elle, dans une tradition héritée de Jacques Chirac et Edouard Balladur. Pourtant ennemis politiques, ces deux monstres sacrés de la magouille se sont trouvés de nombreux points communs en terme de détournement de fonds publics à base d'emplois fictifs et de sous-marins, beaucoup moins fictifs pour le coup... influençant une génération entière d'hommes politiques de droite. De Balkany à Sarkozy, de Juppé à Copé, le RPR se transforma petit à petit en une San Francisco fantasmée de la ruée vers l'or (public), les colons venant chercher dans la région montagneuse des Hauts-de-Seine les filons les plus riches de fonds à détourner. Et si l'UMP a suivi ce chemin, cet escroc en chef de Sarkozy a bien tenté le coup de poker de la transparence avec la fondation des Républicains, melting pot des politiques les plus pourris de France, réunis sous la même bannière de la franchise et de l'exemplarité... Heureusement que le ridicule ne tue pas, la droite française se serait retrouvée amputée d'une grande part de ses représentants.

Et voilà que François Fillon, se faisant passer pour le candidat le plus honnête qui soit, se retrouve avec cinq affaires au cul en moins de deux semaines... Des témoins rapportent que Chirac s'est étranglé avec son dentier en entendant la nouvelle, avant de réveiller l'entièreté de la maison de retraite des Lavandiers au clairon et en gueulant « La relève est là, je peux enfin mourir tranquille putain ! » D'aucuns prendront les paris du décès de l'ancien Président pour les quelques semaines à venir. Même Balkany a conseillé à Fillon de renoncer à l'élection... Balkany ! Le mec pratique le foutage de gueule à niveau olympique depuis plus de vingt ans, et il trouve toujours un moyen de surprendre. Peut-être que Les Républicains est en réalité un syndicat de clowns, une cellule secrète mise en place par la Russie pour décrédibiliser complètement la classe politique française. En attendant, Fillon continue sa route, tentant comme il peut d'évacuer avec une petite cuillère l'eau qui s'engouffre dans son navire. Ses soutiens le lâchent de plus en plus, et il est très probable que la coque entière du bateau se barre avant que le capitaine François n'ait pu accoster au port de l’Élysée. La débandade à droite à d'ores et déjà commencé, et il est certain que Sarkozy attend patiemment dans les starting blocks qu'on lui dise qu'il peut prétendre au titre à nouveau, Juppé ayant refusé de se présenter devant les Français. Manœuvre de sagesse ou par peur de se prendre lui aussi une enquête sur le coin de la gueule, le maire de Bordeaux semble avoir définitivement jeté l'éponge, et l'incertitude dans le camp des Républicains est de plus en plus palpable.

Dernière manœuvre en date : une pétition de personnalités du parti pour protester contre l'acharnement médiatique sur François Fillon. Car oui, sachez-le, en France, le politique n'a pas tort. En France, le politique peut détourner l'argent public tout en dénonçant l'assistanat. En France, le politique peut se foutre de la gueule des Français tout en se faisant élire. En France, le politique peut rejeter la faute sur les médias et s'en tirer à bon compte. Si vous pensez que Trump ne peut pas arriver en France, attendez, parce que ses méthodes s'exportent bien plus rapidement qu'on ne le pense. Les Français en ont marre de voir à leur tête des politiques hypocrites, qui se remplissent les poches illégalement en accusant les plus pauvres, qui se pensent au dessus des lois et du peuple. Et évidemment, ces mêmes politiques n'acceptent pas une telle remise en cause de leur propre modèle. Alors les candidats anti-système vont sûrement remporter la mise : le professionnel politique Mélenchon, le banquier Macron et l'héritière Le Pen. Tous anti-systèmes. Et le pire, c'est que ça va passer.

PAR THOMAS HERMANS
PHOTO GABRIEL BOUYS  / AFP

Si vous pensez que Trump ne peut pas arriver en France, attendez, parce que ses méthodes s'exportent bien plus rapidement qu'on ne le pense.

Peut-être que Les Républicains est en réalité un syndicat de clowns, une cellule secrète mise en place par la Russie pour décrédibiliser complètement la classe politique française.