L'incertitude est de mise avant le second tour de la présidentielle chilienne, prévue pour le 17 décembre. Le premier tour du scrutin a fait émerger le parti citoyen de Beátriz Sanchez et ouvre le jeu des alliances.

Le scrutin du 19 novembre au Chili a placé l’ancien président Sebastián Piñera et le socialiste Alejandro Guillier sur la route du second tour avec respectivement 36,6 % et 22,7 % des voix. Mais cette élection se caractérise avant tout par un taux d’abstention de 53,3 %. Alors que la croissance économique du pays peine à reprendre et que les inégalités sociales se renforcent, le résultat de ce premier tour va à l’encontre des sondages.

 

Un résultat inattendu nuancé par un fort taux d'abstention

 

Alors que les enquêtes prédisaient un retour éclatant de la droite, en créditant le candidat Sebastián Piñera, surnommé le « Berlusconi chilien » d’une large victoire, c’est finalement la candidate du Frente Amplio Beátriz Sanchez qui a créé la surprise en remportant 20,27 % des voix. Elle inscrit ainsi son parti dans le paysage politique chilien en se plaçant à la troisième place de ces élections. Mouvement à vocation citoyenne, son programme s’appuie sur les revendications portées par le mouvement étudiant qui avait secoué le pays en 2011. Fondé en janvier dernier, il s’agit d’une coalition de différents partis de gauche qui se pose comme une solution à la crise de légitimité des partis traditionnels.

 

Face aux prévisions d’une faible participation, le Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD) avait mené une campagne de sensibilisation « AhoraVota » dans huit communes du Chili, dont Valparaiso. Selon la coordinatrice de ce programme, Marcelas Rios, il y a une préoccupation  concernant un taux de participation faible, car ce dernier n’a cessé de diminuer au fil des dernières élections. Une grande partie des Chiliens auraient peu confiance en leurs représentants et considèrent que les choix de ces derniers n’ont pas de conséquence sur leur vie quotidienne.

 

De fortes inégalités au cœur du système économique et social

 

Il semblerait que les inégalités sociales se traduisent au niveau politique. Le Chili reste aujourd’hui encore un pays extrêmement inégalitaire : modèle économique en Amérique latine, l’OCDE indiquait pourtant dans son rapport de 2015 que le revenu des 10 % les plus riches étant 26 fois supérieur à celui des 10 % les plus pauvres. Le pays demeure « une société hautement inégalitaire en termes de revenu, de richesse et d'éducation ».

 

Il apparaît que depuis la fin de la dictature, les personnalités de droite comme de gauche se sont enchaînées au pouvoir sans provoquer un réel changement. La présidence de Michelle Bachelet avait soulevé beaucoup d’espoir mais elle n’a pas pu aller au bout de ses promesses, notamment concernant la gratuité du système universitaire ainsi que la révision de la Constitution, qui date de la dictature de Pinochet. Bien que le système électoral empêchait la présidente de concourir pour un second mandat, son taux de popularité, descendu à 23 %, limitait ses probabilités d’être réélue.

 

Un second tour marqué par l'incertitude

 

Même si Beátriz Sanchez a vivement rejeté le programme de l’ancien président, une alliance avec le centre gauche d’Alejandro Guillier n’est pas établie. Les divergences sont marquées, puisque le Frente Amplio propose une réforme profonde du modèle social et économique ultra-libéral, alors que A. Guillier, ancien journaliste et vedette télé, s’inscrit dans la continuité de la présidente actuelle. Le retour probable de Piñera pourrait représenter un danger face aux réformes progressistes amorcées par la présidente sortante, notamment concernant l’avortement thérapeutique, qui avait été légalisé en août dernier.

PAR LAURIANE LETOURNEL
PHOTO CREATIVE COMMONS

27 novembre 2017

Selon la coordinatrice du PNUD Marcelas Rios, il y a une préoccupation  concernant un taux de participation faible, car ce dernier n’a cessé de diminuer au fil des dernières élections.

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