La Chine face à un tournant de son histoire moderne

La Chine, seconde puissance économique mondiale, a fondé son système sur un Etat prédominant et une politique de surendettement pour exister à l’international. Aujourd’hui, face aux réflexes protectionnistes et à la baisse de ses exportations, la Chine change doucement de cap, en se concentrant sur son marché intérieur, pour travailler à l’élévation du niveau de vie moyen du pays, sur la côte, mais aussi dans les terres. 

 

La Chine suit une volonté : ne plus être l’atelier du monde et concerner la totalité de son territoire à un dessein national, en connectant tous ses territoires. Pour cela, de nombreuses politiques sont mises en place. A commencer par la construction d’un immense réseau TGV.

 

Le chemin de fer pour connecter un territoire immense
 

En effet, le 26 décembre 2014, le Chine inaugurait sa première ligne à grande vitesse qui reliait la côte est au Xinjiang, une région lointaine à l’ouest qui connaît des agitations ethniques entre les Han, communauté chinoise, et les minorités musulmanes, où Daech commence doucement à faire son trou. Pour « calmer » les habitants, la connexion aux métropoles était jugée comme indispensable. Cette ligne de 1 800 kilomètres aux vertus logistiques mais aussi politiques a donc vu le jour et relie en moins de 12 heures Lanzhou, la capitale du Gansu à Urumqi, capitale du fameux Xinjiang. Cela réduit de moitié le temps de trajet, et cela traduit la volonté de relance de la Route de la soie. En 2012, c’était déjà un 26 décembre (c’est le jour d’anniversaire de Mao, coïncidence) que la Chine avait inauguré une ligne reliant Pékin à Canton en 8h au lieu de 22h, pour 2 300 kilomètres de voies. Il est évident que cette interconnexion entre ces grands territoires dans ce pays immense est un enjeu très important pour le développement du pays. La première ligne à grande vitesse est sortie de terre en 2007 et, cette année, la Chine veut relier directement Pékin avec ses provinces dans les terres. Une autre ligne reliant la capitale à Lanzhou réduira le temps de trajet entre Pékin et Urumqi de 41 heures à seulement 16 heures. Pour peupler ces terres lointaines, on assiste également à une politique d’incitation à des migrations internes de l’est vers l’ouest, dans le but de la création d’autres Chongqing, ces villes géantes à l’intérieur des terres, dont nous reparlerons plus tard.

PAR THÉOPHILE PEDROLA
PHOTO AFP

"Sur l’échelle de Richter des plus grands vols de tableaux, celui-là figure au pinacle. »

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Seulement, ces grands travaux ont fort logiquement un coût, et il n’est pas négligeable. Si la Chine est aujourd’hui forte d’un réseau grande vitesse de 11 000 kilomètres, elle veut encore le développer pour atteindre 16 000 kilomètres à l’horizon 2020. A simple titre comparatif, le réseau TGV en France, déjà bien développé, compte 1800 kilomètres de voies à grande vitesse.
Sur des lignes aussi longues, le moindre détail se chiffre en milliards d’euros. Pour beaucoup, ce développement pose question : les lignes reliant des villes de seconde zone font circuler des trains bien loin d’être pleins. Si les temps de trajet sont divisés par deux, ils sont toujours très importants et les hommes d’affaires continuent de privilégier l’avion.

Seulement, il faut bien reconnaitre que le désenclavement de territoire chinois dans les terres ouvre des marchés au potentiel économique inestimable pour la Chine, au prix d’une dette faramineuse.
 

Produire en Chine est déjà trop cher pour les industriels
 

Sa stratégie commerciale de développement financée par l’hyper-endettement arrive à un tournant. C’est ce 

Ces champions nationaux dont nous parlions, ils peuvent être incarnés par Alibaba, qui, à lui tout seul, participe activement à la croissance du e-commerce en Chine. Ce mastodonte profite du nombre d’internautes en Chine : il y a un peu plus de dix ans, la Chine ne disposait que de 2,1 millions d’utilisateurs d’Internet, ils sont aujourd’hui 649 millions, ce qui révèle une bonne marge de progression. Le e-commerce emploie aujourd’hui 2,5 millions de personnes en Chine, et 18 autres millions indirectement, comme dans le transport.

La Chine championne des énergies renouvelables

Enfin, il convient de dire que cette production manufacturière 

Aujourd’hui, la Chine est dans une situation de « pactole démographique » : 70% des chinois est d’âge actif, entre 15 et 65 ans.

Carte présentant les lignes de TGV chinoises

Le classement des plus grandes entreprises de e-commerce

qu’explique Françoise Lemoine, chercheuse au Centre d’Etudes Prospectives et d’informations internationales, à Alternatives Economiques. Pour elle, la Chine « a réussi à créer des secteurs industriels entiers grâce aux investissements massifs de l’Etat. » Evidemment, « il est difficile de dire que les exportations chinoises à l’étranger ont aujourd’hui atteint un plafond » mais le pays est aujourd’hui à un niveau, qui est celui maximum atteint par d’autres leaders exportateurs dans l’histoire récente. Un taux de 17-18% des exportations mondiales qui finit par stagner, puis diminuer, face aux réactions protectionnistes des pays étrangers partenaires.
 

Parts de marché des exportations mondiales de produits manufacturés

De plus, la production chinoise est de plus en plus chère : les salaires augmentent, ce qui pousse les entreprises à déménager dans les terres, où les salaires sont plus bas, voire à délocaliser, au Vietnam ou au Bangladesh. En Chine, en effet, le rapport de forces sur le marché du travail se reverse au profit des employés, avec, outre « les hausses de salaire qui augmentent en même temps que la productivité du travail, l’apparition d’une protection sociale. » Toujours selon Françoise Lemoine : « Les autorités chinoises veulent désormais infléchir le mode de croissance du pays et faire en sorte que celui-ci repose davantage sur le marché intérieur, et notamment sur la consommation des ménages ». Aujourd’hui, la Chine est dans une situation de « pactole démographique » : 70% des chinois est d’âge actif, entre 15 et 65 ans. Ce qui tend à disparaître dans les prochaines années. Il y aura moins de personnes disponibles, ce qui va tendre à de meilleures conditions de vie pour les salariés, grâce à la moindre demande d’emploi. Avec des répercussions sur les inégalités entre les territoires ?

 

Françoise Lemoine, toujours : « Pour éviter cette cassure de l’espace chinois, les dirigeants ont mené une "Go West Policy". Cela s’est notamment traduit par la politique d’investissement dans les infrastructures de transport des provinces du centre et de l’ouest du pays, de manière à favoriser l’intégration de l’espace économique chinois. De même, en réaction à la crise globale, il y a eu un programme de stimulation de la demande intérieure, avec des dépenses publiques concentrées essentiellement dans l’intérieur du pays. Il y a ainsi eu des transferts de capitaux et de technologies de la côte vers l’intérieur. Et l’industrie qui s’y développe est apparemment assez peu dépendante des marchés extérieurs, ce qui est un premier point qui contraste avec la côte, dans la mesure où il tend à montrer que l’industrie de l’intérieur répond essentiellement à des besoins domestiques. »

Déficit commercial, baisse des exportations,
la Chine est fragile

 

La stratégie de développement commercial de la Chine est maintenant à un tournant : elle est en train de devenir moins dépendante des marchés extérieurs et de mettre l’accent sur son marché intérieur, sur l’augmentation du pouvoir d’achat de sa population, mais aussi sur une meilleure qualité de ses productions. Aujourd’hui, la Chine connaît un recul important de ses exportations (-8% sur un an entre 2015 et 2016). Si cette baisse était anticipée par l’Etat, il faudra toutefois faire très attention pour le gouvernement pour que la Chine puisse garder sa croissance à 6,5 % de son PIB (selon Le Bilan du Monde de 2017).

De plus, le déficit commercial inattendu subi durant ce mois de mars montre que la centration du commerce chinois sur le marché intérieur est encore très fragile. Pour beaucoup, ce déficit n’est que saisonnier et ne devrait pas durer, seulement, il en dit long sur l’état précaire, toutes proportions gardées, du commerce extérieur chinois. D’autres, plus optimistes, estiment que ce déficit est dû à l’envolée des importations, ce qui traduit une bonne santé de la demande intérieure, aidée à l’essor par des investissements.
A l’instant T, les échanges chinois restent tout de même hantés par l’ombre de Donald Trump. Le nouveau président américain entretient des rapports très flous avec la Chine et son yuan, et a même menacé d’imposer des droits de douanes prohibitifs sur les produits chinois. Cette tendance au protectionnisme économique inquiète le gouvernement chinois qui a récemment rappelé son hostilité à la démondialisation et sa volonté de promouvoir « la coopération économique mondiale ».

 

L’Europe inquiète du dopage d’Etat économique

Une autre preuve de la complexification des relations avec ses partenaires est le rapport de la Chambre de commerce de l’Union Européenne qui fustige le protectionnisme chinois. Le rapport dénonce les subventions colossales dont bénéficient les entreprises chinoises de nouvelles technologies. L’UE dénonce des « centaines de milliards de dollars de subventions » données à certaines entreprises chinoises, avec le but de faire émerger des « champions nationaux ».
Cette politique inquiète l’UE. Le président de la Chambre, Joerg Wuttke : « Nous voyons ces nouveaux acteurs chinois faire irruption sur le marché mondial, pendant que nous, nous poireautons au pied de la Grande Muraille ». Cette stratégie est risquée pour la Chine, rappelle Le Monde : cette stratégie peut se retourner contre l’Empire du Milieu, en créant des surcapacités de production.  Simon Leplâtre, correspondant du Monde à Shanghai explique : « Pékin paie déjà les excès de ses politiques industrielles passées : les surcapacités dans les secteurs du charbon, de l’acier, mais aussi du ciment, du verre, dues à des subventions généreuses, sont à l’origine de différends commerciaux avec les Etats-Unis et l’Union européenne et pèsent sur la croissance du pays. »

monumentale pousse le gouvernement chinois à réfléchir sur les moyens de production de cette énergie.  En effet, la Chine est aujourd’hui le leader mondial dans la consommation et l’importation de presque toutes les énergies fossiles. C’est une des bases de son économie. Le charbon a un rôle dominant : 70% de la production énergétique vient du charbon, contre 18% pour le pétrole, 5% pour le gaz naturel et 1% pour le nucléaire. Cependant, cela se traduit évidemment pat des fortes émissions de gaz à effet de serre, ce qui a un effet négatif sur la santé de la population. La Chine a généré en 2014 près de 36 millions de kilos-tonnes (kT) de CO2, ce qui en fait le premier pays émetteur au monde. Cela inquiète le gouvernement chinois. La part d’utilisation d’énergies fossiles est vouée à diminuer : la Chine jouit d’une position favorable pour le développement d’énergie verte, comme son climat, ou sa situation géographique. Selo Olga Gerasimchuk, sur le site des Yeux du Monde, l’énergie propre pourrait « d’une part soutenir la croissance économique du pays et d’autre part réduire son impact environnemental. Ainsi, dans le 13ème Plan quinquennal pour le développement économique du pays, la Chine déclare devoir réduire de 17% la consommation de charbon d’ici à 2020 et augmenter parallèlement la part des énergies renouvelables jusqu’à 15%. » Aujourd’hui, les chiffres sont déjà éloquents, et méconnus : la Chine est le premier producteur mondial d’énergie hydroélectrique, solaire et éolienne. Rien que ça.

Il convient donc de comprendre que la Chine arrive à un tournant de son histoire moderne. Son développement basé sur l'hyper-endettement est sur le déclin, à cause de certaines évolutions géopolitiques. La Chine doit trouver un équilibre, forcément difficile, entre la diffusion de ses exportations à un public de plus en plus nombreux, en conquérant de nouveaux territoires et le développement de son marché intérieur, en concernant la totalité de son territoire. S’il est acté que la puissance d’export de la Chine à l’international va décliner, que la croissance à 7,5% est amenée, peu à peu, à baisser, de la capacité chinoise à jongler entre ses commerces intérieurs et extérieurs va dépendre son futur à l’échelle internationale.

Si la Chine est aujourd’hui forte d’un réseau grande vitesse de 11 000 kilomètres, elle veut encore le développer pour atteindre 16 000 kilomètres à l’horizon 2020. A simple titre comparatif, le réseau TGV en France, déjà bien développé, compte 1800 kilomètres de voies à grande vitesse.

La tendance américaine au protectionnisme économique inquiète le gouvernement chinois qui a récemment rappelé son hostilité à la démondialisation et sa volonté de promouvoir « la coopération économique mondiale ».