CIGARETTES : UN PAS DE PLUS DANS LA STIGMATISATION DES FUMEURS

par Nathan Bonin

Pas de changement en terme de politique du tabac. Le gouvernement durcit même la ligne suivie par ses prédécesseurs. L'occasion d'interroger l'impact de l'augmentation des prix sur la consommation de cigarettes.
 

C'est passé de peu : ce 25 novembre l'Assemblée Nationale a rétabli le paquet de cigarettes neutre à 56 voix contre 54, après que cet amendement ait été retiré par le Sénat. Ainsi, dès 2016, tous les paquets de cigarette pourraient avoir la même allure et coûter aux environs de dix euros. Ces mesures s'inscrivent dans la droite ligne de la politique de lutte contre le tabagisme.


Des années d'augmentation des prix
 

L'enjeu en plus de débarrasser les fumeurs des lieux publics était de faire diminuer la consommation. Si une baisse de 10 % des ventes de cigarettes a été observée de 1992 à 1997, dans les années 2000 il apparaît nécessaire de provoquer une augmentation brutale du prix des cigarettes. Comme le montre le graphique ci-dessous, après une forte augmentation du prix de 2003 à 2004, les ventes de cigarettes ont diminué de près de 5 milliards d'unité. Il faut attendre les gouvernements Fillon pour qu'une nouvelle hausse intervienne, cette fois progressive. Si elle permet effectivement une diminution du nombre de cigarettes vendues, son effet est moindre.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Une rupture de brutalité de la part du gouvernement
 

Madame la ministre de la santé compte rompre avec cette politique de timide augmentation n'ayant finalement que peu d'effets sur le consommation réelle de tabac. De manière générale, sous le quinquennat de François Hollande, la France passe un cap dans la stigmatisation des fumeurs. Paris en est l'incarnation même de cette nouvelle étape : cette année le jet de mégots sur la voie publique est puni de 68 euros d'amende et un autre arrêté municipal interdit de fumer dans les aires de jeux pour enfant. Depuis plus longtemps, fumer dans l'ensemble des gares parisiennes est passible des mêmes poursuites que lorsque l'on fume à l’intérieur, y  compris si le quai est dehors.

Avec l'actuelle ministre de la santé, les politiques à l'encontre des fumeurs vont au delà de la simple protection des fumeurs passifs. Il ne s'agit plus de condamner le fait de fumer parce que cela peut attenter à la santé d'autrui mais désormais de cacher au maximum les fumeurs. Ainsi, même la cigarette électronique a été bannie des espaces intérieures bien qu'elle n'émette qu'une légère vapeur d'eau.
 

La ligne de la condamnation du tabac vivement décriée aujourd'hui
 

On touche ici la principale limite de cette politique d'exclusion des fumeurs. Si l'augmentation des prix semble  diminuer de très peu la vente officielle de cigarettes, l'approvisionnement en cigarettes sur les réseaux parallèles est une réalité.

Tout d'abord, une méthode entièrement légale est de s'approvisionner dans les pays européens voisins, où les taxes sur le tabac sont moins élevées. La Belgique et l'Espagne sont des destinations phares, le paquet de cigarettes coûtant aux environs de cinq euros. Les directives européennes sur la libre circulation des marchandises ont rendues caduques les limites d'importation personnelles de tabac qui étaient fixées à  deux cartouches par adulte. Cependant, depuis le début de cette année, les douanes ont fixé des seuils au delà desquels l'importation de cigarettes est considérée comme du trafic : quatre cartouches par adulte.

Le plus inquiétant reste le trafic de cigarettes de  contrebande en France. Il s'agit essentiellement de cigarettes algériennes rapportées par ferry puis vendues dans les rues françaises. Aujourd'hui, une cigarette sur quatre fumée en France provient d'approvisionnements parallèles. Les ventes transfrontalières de cigarettes ont même augmenté de 36 % de 2012 à 2013.

Ce sont ces raisons qui ont motivé les sénateurs de droite à freiner la ministre dans son élan  de stigmatisation. Pour les sénateurs Les Républicains, la stigmatisation des fumeurs a simplement pour effet de prendre la clientèle des buralistes pour l'emmener vers les marchés parallèles. Une autre politique de santé pour les fumeurs serait de les ramener chez les buralistes pour qu'ils évitent de consommer des cigarettes contrefaites ou provenant de pays n'obéissant pas aux normes européennes.

 

Nathan Bonin DR

Source : INPES, « le marché du tabac ». Consulté le 25/11/2015, disponible sur : http://www.inpes.sante.fr/10000/themes/tabac/consommation/marche-tabac.asp