Les sorties cinéma des quinze derniers jours passées au crible.

Par Thomas Hermans
15 mars 2018

Call Me By Your Name de Luca Guadagnino
 

Des films d’amourettes de vacances, il en existe des dizaines. Celui-là a quelque chose en plus. Une histoire vivante, des personnages bien écrits et bien interprétés, et un développement de leurs interactions très éloigné des clichés du genre.
 

1983. Dans une belle maison de campagne du nord de l’Italie, Elio (Timothée Chalamet), 17 ans, découvre son corps et la sexualité. D’abord avec une amie. Puis avec un étudiant américain plus âgé, que ses parents hébergent.
 

Le jeu de séduction qui s’installe entre les deux hommes reflète bien leurs passions refoulées à cause des mœurs de l’époque. C’est une très belle histoire d’amour, loin des comédies romantiques dites classiques. Ici, on est dans l’attente, dans l’observation, dans le jeu intime et discret. Tout est dans le regard des deux protagonistes, sans dialogue superflu (hormis un monologue final magnifique mais un tantinet forcé). Les deux hommes découvrent et explorent leur sexualité, avec une tendresse et une fusion rendant le tout réel et vivant. Les tabous et les non-dits tentent de trouver leur chemin dans les ruelles ocres d’un pittoresque village italien en plein été. Mention spéciale pour les musiques subtiles et envoutantes d’un Sufjan Stevens très inspiré, qui rajoutent des éléments au sublime de ce film très élégant. Et plus que ça : important.

La Belle et la Belle de Sophie Fillières
 

Margaux (Sandrine Kiberlain) se rend compte que la jeune fille qu’elle vient de rencontrer, Margaux (Agathe Bonitzer), est elle-même mais vingt ans plus jeune. Sur ce principe de base farfelu, le film s’interroge sur les erreurs de ses personnages et le fil de la vie, sur un fond comique sympathique. Aucune mise en scène particulièrement marquante, mais une réflexion intéressante quand survient l’ex de Sandrine Kiberlain, qui se met à avoir une liaison avec Agathe Bonitzer. Un trio improbable qui renforce l’imbroglio de départ du film et le fait gagner en profondeur.
 

Pourtant, on sent l’occasion manquée sur la réparation des erreurs et le temps qui passe. La Belle et la Belle aurait pu poser de vrais dilemmes à ses personnages, leur faire faire des choix, mais il nous laisse indécis et sans réponse. Après nous avoir balancé son absurdité à la tête, on aurait été en droit de s’attendre à une résolution (même a minima) de ses enjeux, sans avoir besoin de nous expliquer le postulat de base. Un film divertissant et original, mais qui laisse quelque peu sur sa fin.

Hostiles de Scott Cooper
 

Il doit falloir s’appeler Joel Coen, Ethan Coen ou Quentin Tarantino pour réussir un western au XXIe siècle. Heureusement que ce Hostiles est beau et que les acteurs ne sont pas tous à la ramasse. Niveau scénario, si toi, cher.e lecteur.ice, a déjà vu quelques westerns dans ta vie, alors tu as vu Hostiles. Avec en plus le côté larmoyant des films des années 2010, où même les pires ennemis finissent par se tomber dans les bras. Le scénario n’est pas bien compliqué : un capitaine (Christian Bale) doit accompagner un chef Amérindien prisonnier et mourant (Wes Studi) vers son Montana natal. Le capitaine est raciste, le vieux chef est sage, on est en plein dans le cliché.
 

Et sur ce scénario simple et direct, le film rajoute des éléments perturbateurs suivant tous le même modèle : l’escorte du chef se fait attaquer par OU attaque un groupe ennemi, le vainc et perd un ou deux membres de l’expédition. Au bout de la troisième embuscade, on a déjà bien intégré le principe. Si on rajoute des moments d’effusion insupportables entre des soldats blessés, où le film nous gueule « AIME MES PERSONNAGES BORDEL », on obtient deux heures peut-être divertissantes, mais assez vides.
 

PS : Cher public français, habitue-toi à ce que, dans 98% des productions américaines de ces trois prochaines années, Timothée Chalamet (si si, il est AUSSI dans ce film) incarne le Français de service.

Lady Bird de Greta Gerwig
 

Lady Bird, c’est l’histoire d’une jeune fille qui s’emmerde à Sacramento. Oui, voilà le scénario, et ça suffit amplement. En réalité, cet emmerdement sert le récit, et permet à Christine « Lady Bird » d’évoluer, entre velléités artistiques, découverte de sa sexualité, engueulades avec sa mère à la fois possessive et distante, et volonté d’intégrer une prestigieuse université de la côte Est. Ce que sa famille ne peut se permettre. Lady Bird n’est pas novateur dans son traitement de l’adolescence (bal de promo et amitiés intéressées) mais parvient à saisir un moment de vie dans une famille américaine a priori banale.
 

En jeune femme mourant d’envie de découvrir le monde, Saoirse Ronan est particulièrement convaincante, et sied très bien l’authenticité du film. Laurie Metcalf remplit parfaitement son rôle de mère autoritaire. Dans l’ensemble, le casting (qui comprend Timothée Chalamet, encore lui !) est très réussi, et permet à la relation mère-fille (le nerf du film) de se développer, de s’apaiser, de s’envenimer.

Tomb Raider de Roar Uthaug
 

Rares sont les adaptations réussies de jeux vidéo. Encore plus rares sont les reboots réussis d’adaptations de jeux vidéo. Tomb Raider ne sera pas l’exception. On ne peut pas reprocher au film son postulat de base, qui est celui qu’impose le jeu vidéo. Lara Croft a vu son père partir explorer le monde et ne jamais revenir, et cherche à le retrouver. Elle découvre qu’il était à la recherche d’un pouvoir immense, qui, s’il tombait entre les mains des grands méchants, pourraient détruire le monde. Pourquoi le chercher dans ce cas, si le trouver permettrait à une organisation criminelle illuminati contrôlant le monde de détruire l’humanité ? Ce n’est pas le premier paradoxe du film, qui aligne les incohérences et les décisions absurdes de ses personnages.
 

Evidemment, Lara Croft se fait battre à la boxe au début du film mais se transforme en Wonder Woman face à des malabars de deux mètres armés de mitraillettes. Les effets spéciaux sont souvent moches, les quelques fonds verts utilisés sont immondes, et le scénario est si attendu que même le méchant a l’air de savoir qu’il va perdre à la fin. Pour tenter d’instaurer une once de suspense, le film tente quelques jumpscares ratés et empile les clichés de films d’action banals. Alicia Vikander est le seul vrai point positif du film, incarnant une Lara Croft forte et malicieuse (malgré une écriture du personnage douteuse).

The Disaster Artist de James Franco
 

Connaissez-vous The Room, ce film de 2003 si mauvais qu’il en est devenu la Rolls des nanards ? Le pire film de tous les temps ? Peut-être, mais surtout un franc moment de rigolade pour qui aime les jeux d’acteurs à la ramasse et les scénarios absurdement mauvais. A l’origine du projet, un certain Tommy Wiseau (génie incompris, à l’entendre, et dont nous tirons le barème de cette chronique) et son ami Greg Sestero. De la création de ce film, Sestero tire un livre, The Disaster Artist. C’est ce livre qu’a décidé d’adapter James Franco, incarnant Tommy Wiseau avec un mimétisme déroutant.
 

Pour les amateurs de The Room, The Disaster Artist sera un bon moment. Le film alterne les clins d’œil au long-métrage de 2003, et des scènes surréalistes dans lesquelles la personnalité extravagante de Wiseau se dévoile au grand jour. Pour le néophyte ignorant l’existence de The Room, The Disaster Artist ressemblera à un film de potes un peu insipide, plus proche d’un making-of absurde que d’un vrai long-métrage scénarisé. Comme le dit un intervenant en introduction au film, même en le voulant, on ne pourrait pas faire un nanard aussi mauvais et drôle. Remarque assez juste, qui s’applique aux performances des acteurs de 2018, mises en parallèle avec celles de 2003 dans les scènes culte du premier film. Le mimétisme, si parfait, sonne creux et un peu formolé. Dommage quand on sait que Franco a fondé sa promo sur ces reproductions.

Mme Mills, une voisine si parfaite de Sophie Marceau
 

Ce film est nul. Vraiment. On a peut-être le pire film de 2018 dès le premier trimestre de l'année. Les acteurs sont à la ramasse, le scénario ne tient pas la route et tente des twists incroyables qui ne fonctionnent pas du tout, et même les personnages semblent se demander ce qu’ils foutent là. Et ce n’est pas drôle ! Heureusement que le film est court.
 

Pierre Richard se fait passer pour une femme (??) pour voler une œuvre d’art (???) dans l’appartement de Sophie Marceau en face de chez qui il s’est installé (????) dans cet unique but précis. Et le pire, c’est qu’il y arrive, ce con ! Même en abandonnant la vraisemblance, ce film n’a aucun sens ! Sophie Marceau n’avait pas réalisé de film depuis onze ans… Espérons qu’elle ait donc trouvé son rythme de croisière.

La nuit a dévoré le monde de Dominique Rocher
 

Un soir de fête, Sam s’enferme dans une chambre et échappe à l’apocalypse. Les gens sont devenus des zombies, Sam se croit seul au monde, et doit survivre sans pouvoir sortir de l’immeuble parisien dont il est le dernier survivant. Il pille les autres appartements, joue de la batterie, récolte de l’eau de pluie… Bref, un film de zombies passé à la moulinette du film d’auteur français. Le long-métrage s’attarde sur la survie plus que sur l’action. Il faut attendre une heure devant l’écran pour que notre héros daigne tirer une balle de fusil dans ce qui reste du cerveau d’un mort-vivant. Ça ne serait pas un reproche si le film était rythmé, ou seulement moins mou. Surtout que les cinquante films de zombies sortant chaque année outre-Atlantique ont usé le genre jusqu’à la moelle, et ce qu’il reste à dire sur le sujet (même par un réalisateur talentueux) est très limité.
 

On retiendra tout de même de belles lumières, une mise en scène transformant de grands appartements chics parisiens en huis-clos oppressants, un acteur principal convaincant. Et surtout un dernier tiers de film novateur, se raccrochant plus à une thématique psychologique qu’à un banal film de zombies.