C’est dans le quartier de Clichy-Batignolles, dans le 17e arrondissement de Paris, qu’a été érigée la nouvelle cité judiciaire. Situé tout proche de la ville de Clichy-La-Garenne, ce projet architectural modifie radicalement la vie du quartier et de ses habitants.

 

Le bâtiment principal de la cité judiciaire de Paris culmine à près de 160m de haut, le faisant monter sur le podium des bâtiments les plus hauts de Paris après l’éternelle Tour Eiffel et la Tour Montparnasse. Cet édifice, avec le reste du complexe architectural, rassemblera les vingt tribunaux d’instance de la capitale, le tribunal de grande instance de Paris, le tribunal de police, le tribunal des enfants et le tribunal des affaires de Sécurité sociale. Le tout sur une superficie de 88 500m². L’immeuble de 38 étages a été pensé par Renzo Piano, connu pour d’autres œuvres dans le même style architectural (The Shard à Londres, le Centre Georges-Pompidou à Paris).

TEXTE ET PHOTOS
 
MAXIME WANGREVELAIN ET LÉO SANMARTY

13 janvier 2018

Un bâtiment disruptif par son allure dans le XVIIème arrondissement
 

Le bâtiment tranche en effet radicalement avec le style architectural du quartier. Le 17e arrondissement étant majoritairement constitué de bâtiments haussmanniens, l’édifice d’acier et de verre vient apporter une touche de modernité.

La cité judiciaire a par ailleurs influencé le re-développement des quartiers avoisinants. Jean*, qui travaille à la direction de l’Urbanisme et de l’Aménagement de la ville de Clichy-La-Garenne, précise que cette rénovation du quartier a eu un "fort impact" sur la municipalité, et plus précisément sur le quartier à l’entrée de la ville où se trouve la place des Nations Unies. Ainsi de nombreuses constructions voient le jour dans ce quartier, reprenant un style moderne (acier et verre), qui tranche également avec les autres bâtiments du quartier. 38 logements sociaux ont été construits au 10-12 rue Bonnet, et 93 logements en accession sont en construction à quelques mètres de l’ilot Bonnet-Roux..

De nouveaux moyens d’accès au quartier


Outre l’impact certain en matière d’architecture des bâtiments, la cité judiciaire est située sur le futur prolongement de la ligne 14 vers la mairie de Saint-Ouen (et à termes, à Saint-Denis Pleyel). La station Porte de Clichy, actuellement desservie par la ligne 13 et le RER C, sera donc rejointe par la ligne 14, mais également par le tramway T3b qui sera prolongé jusqu’à la Porte d’Asnières. Ce futur pôle d’échanges multimodal permettra de désengorger une ligne 13 saturée et d’avoir un meilleur accès au futur complexe judiciaire.

Une hausse des prix


Jean explique également que la cité judiciaire va créer des milliers d’emplois, en plus de la migration des emplois liés aux tribunaux, qui vont donc se déplacer depuis le centre de Paris. Ce déplacement impactera directement les services de restauration et les magasins de distribution du quartier d’entrée de ville.
 

Saadi*, barman au Victor Hugo, un bar brasserie située sur la place des Nations Unies, à cinq minutes de la Cité judiciaire, s’est confié sur changements récents : « La chaine de bar "Indiana" a essayé d’acheter notre emplacement pour un peu moins d’un million d’euros. Ce n’était jamais arrivé avant l’arrivée du nouveau palais de justice. »


Le barman explique également que le changement de clientèle s’est déjà fait ressentir. « Je suis ici depuis plus de 10 ans, précise-t-il. Avant, les clients étaient surtout des ouvriers qui provenaient de l’ancienne friche industrielle et du dépôt de camions. Aujourd’hui, je vois de plus en plus de profil "costard- cravate". Sur la place, de nouveaux bureaux ont pris la place d’un ancien magasin d’électroménager. »

Le changement de clientèle engendré par l'arrivée de la nouvelle cité judiciaire explique également la hausse des prix du quartier. Le Victor Hugo va par exemple augmenter le prix de son café et de ses bières. Jean parle lui d’une hausse des prix au mètre carré. Selon l’INSEE, celui-ci à déjà dépassé le cap des 5000€, avec une augmentation de 23% en 10 ans.
 

Cette hausse des prix accompagne un phénomène de gentrification, Danielle, habitante du quartier depuis quelques années, a assisté au changement de population. Si elle assure que la ville « ne peut pas devenir un Levallois-Perret bis », Clichy pourrait toutefois s’en rapprocher. Le quartier voit apparaître de plus en plus de nouveaux commerces visant une population plus aisée. Ces effets vont, à long terme, pousser une partie de la population hors de la ville, puisqu’elle n’aura plus les moyens d’y vivre.
 

Un complexe architectural qui s’inscrit dans une politique à plus grande échelle

L’impact de la cité judiciaire de Paris dépasse les limites de ses murs. Ce sont les quartiers environnant qui en sont affectés : l’architecture du quartier, les moyens de transports et même la population sont en pleine mutation. Ce nouveau complexe fait partie d’une politique plus large menée par la mairie de Paris, qui souhaite faire des Batignolles un éco-quartier exemplaire.