Greg Clarke, le président de la fédération anglaise du football (FA) a émis l’idée d’un coming-out généralisé au début de la saison prochaine pour les joueurs qui souhaitent révéler leur homosexualité. L’idée de cette démarche est que personne n’a à le faire seul.
 

Si de nombreux combats ont été gagnés en Occident pour l’acceptation et la visibilité des personnes LGBT, certains en sont encore à leurs débuts. C’est notamment le cas dans le monde du sport ou l’homophobie reste malgré tous très présente en dépit des avancées globales dans les sociétés. C’est en vue de ce combat que le président de la FA, Greg Clarke, a proposé un coming-out généralisé :
 

«  La premier League, la Ligue et la FA pourraient le faire au début de la saison. Au début de la saison, tout le monde est heureux et il fait beau. J’ai demandé à la communauté gay comment nous pourrions apporter notre soutien à ceux qui voudraient rendre public leur sexualité »


Double tranchant
 

Cette proposition est en fait à double tranchant, si évidemment cela part d’un bon sentiment, il faut aussi voir les effets que ce coming-out généralisé pourrait avoir.

Dans un premier temps cela pourrait avoir un impact positif. Notre société a changé et a évolué vers plus d’égalité sur un plan social entre les uns et les autres. Au Royaume-Uni, le mariage pour les personnes de même sexe est passé assez rapidement, sans déclencher des manifestations comme nous en avons eu en France. Par ailleurs l’homosexualité est quelque chose de visible et acceptée, que cela soit dans le monde des arts ou dans celui des médias. On peut donc légitimement penser qu’on avance vers plus d’acceptation et de visibilité dans des milieux pas nécessairement connus pour être ouverts sur ces questions, comme le sport, et particulièrement le football.  Il faut savoir que le monde du football est très violent envers les minorités, et ce même dans les nations dominantes de ce sport. Il suffit, par exemple, de regarder en Italie où le fait d’être noir provoque des cris de singes et des chants racistes.


Un monde à part
 

Par ailleurs, dans notre société ultra-connectée, un événement recevra forcement beaucoup de messages de soutiens, mais également des messages de haine. Malgré tout, il faudra bien ouvrir la voie un jour où l’autre, et comme tous les combats pour les droits civiques, le premiers seront grandement touchés négativement, que cela soit par des insultes, des chants anti-LGBT dans les stades, ou, pire encore, des menaces de mort.
 

Là où le monde du sport et surtout du football est différent c’est qu’il inclut une dimension économique au problème. En effet, un joueur de foot est avant tout un employé d’une entreprise, ici d’un club de foot. Ce joueur doit donc représenter une certaine rentabilité, tant au niveau des performances sportives, qu’au niveau des performances de marketing. Pour les superstars du foot  c’est cette dernière dimension qui peut les décourager le plus. On pourrait penser que faire un coming-out égratignerait la fanbase de tel joueur ou de tel club, entraînant une baisse du chiffre d’affaires, chose qu’il faut éviter à tout prix pour un club de foot.
 

Faire un coming-out ne serait pas une première en Premier League puisque Justin Fashanu, un joueur anglais, avait révélé son homosexualité en 1990, et, comme on peut le deviner, cela n’a pas bien tourné : Fashuanu s’est suicidé en 1998 après avoir été victime d’insultes homophobes par les communautés sportives et par ses pairs. Ce spectre plane aujourd'hui encore au-dessus de tous les joueurs, et même s’il ne s’est écoulé 20 ans depuis ce funeste moment, les mentalités n’ont pas tant changé que cela dans le football…

Maxime Wangrevelain
Photo Yahoo Sports