Au Congrès du PS, « qui n'a pas de passé n'a pas d'avenir »

Ce week-end, le 78ème congrès du Parti socialiste était placé sous le signe de la renaissance. Entre deux références à sa glorieuse histoire, les cadres ont joué la carte de l'unité, sans pour autant proposer de solutions concrètes.

Texte et photos 
Paul Idczak

9 avril 2018

Sur une table en bois, des cartes postales représentent François Mitterrand, le regard déterminé. « What would Jaurès do ? », lit-on en anglais sur des t-shirts accrochés au mur de la boutique du parti montée pour ces deux jours de congrès. Pas facile de se promener dans la grande salle des Docks de Paris sans tomber sur une figure emblématique du passé du Parti socialiste. L’évènement, qui consacre Olivier Faure à la tête d’une formation exsangue, est pourtant placé sous le signe de la renaissance. Un mouvement qui s’amorce après des derniers mois chaotiques, des 6% de Benoit Hamon à la présidentielle à la vente du siège historique de Solférino pour renflouer des caisses vides.

Reconstruction

Renaître, oui, mais comment ? « Notre mission collective, c’est de reconstruire », confie Rachid Temal. Sourire aux lèvres dans les travées des Docks de Paris, celui qui a été nommé « coordinateur national » du PS après la lourde défaite aux dernières élections législatives serre des mains, celles d’élus et de militants. Entre deux remerciements à son égard. « Vous voyez, ça montre bien que le parti est en bon état ! » lance-t-il. Ce week-end, Temal laisse les rênes du parti à Olivier Faure, élu par les militants le 15 mars dernier dans une élection délaissée par les quarantenaires du parti.

Parmi eux, Najat Vallaud-Belkacem et Matthias Fekl. Deux anciens ministres qui ont piqué une tête dimanche, histoire de signifier qu’ils étaient bien là malgré leur retrait des projecteurs politiques. « Aujourd’hui, je suis militant socialiste, je participe à la reconstruction du parti », avoue Matthias Fekl au moment de son arrivée au Congrès. Pour faire renaitre le PS, l’ancien ministre de l’Intérieur fait confiance « à tous ces jeunes nouveaux responsables et patrons de fédérations ». La tête du parti reste néanmoins dans les mains des cinquantenaires ? « Ils sont jeunes dans leur tête, c’est le plus important », rigole-t-il.

Samedi, au Congrès du Parti socialiste à Aubervilliers (Paul Idczak/LPA)

Si la dernière élection du premier secrétaire a opposé quatre hommes aux sensibilités différentes, c’est l’unité qui prime dans ce week-end de Congrès socialiste. Une union qui a cruellement fait défaut au PS ces dernières années. Pour la maintenir, les principaux concernés ont donc décidé de ne plus suivre un seul homme. Par choix, mais aussi par manque de figure emblématique. Patrick Kanner, sénateur de Paris et ancien ministre de François Hollande, le confirme : « Le PS n’a plus de Mitterrand ou de Mauroy pour mener la barque. Désormais, on est davantage sur un combat collectif que dans une logique d’homme providentiel. »

Du bas vers le haut

Sans leader charismatique, les militants socialistes sont voués à devenir le moteur du parti. Encartée à Pierrefitte-sur-Seine (93), Anne, membre depuis 1981, traduit cette nouvelle logique partisane : « Les militants ne doivent pas être uniquement des colleurs d’affiche ou des distributeurs de tracts. On doit redevenir le poumon du PS. » A Aubervilliers, ils sont 2000, venus de l’ensemble de la France, à avoir fait le déplacement. Effectivement, la motion d’Olivier Faure présentée aux Docks l’explicite clairement : le parti appartient à tous les socialistes. Les nouveaux dirigeants espèrent que cette nouvelle orientation séduira, dans le contrepied des mouvements de Jean-Luc Mélenchon, Benoit Hamon et Emmanuel Macron, qui entourent les socialistes sur l’échiquier politique français.

Face à ces nouvelles formations, le PS fait office de dinosaure. D’où la volonté de le faire renaitre. Mais tout le monde n’a pas le même avis. Emmanuel Maurel, candidat déçu à la présidence du parti, évoque un « congrès de survie »« tout le monde a fait l’économie des bastons traditionnelles ». L’ancien Premier secrétaire Jean-Christophe Cambadélis, éléphant parmi les éléphants, n’est pas de cet avis : «Le Congrès d’Aubervilliers est aux nouveaux socialistes ce qu’Epinay était aux anciens.»  Soit une « réinitialisation », qui doit cette fois permettre au PS de ne pas se contenter de représenter « la synthèse entre Mélenchon et Macron ».

Des mots reviennent toutefois dans toutes les bouches, pour qualifier un avenir que tous espèrent plus rose que le présent : réformisme, écologisme, internationalisme, égalité… Des termes intimement liés à l’histoire du PS. Pour Jean-Christophe Cambadélis, « qui n’a pas de passé n’a pas d’avenir ». Quoi de neuf donc ? Dans son discours de clôture, Olivier Faure évoque des réunions « en visio-conférence » entre les bureaux locaux et le siège national, pour que le parti réussisse à « parler sans se déchirer ». « Nous sommes les maillons d’une grande chaîne qui remonte à la Révolution, conclut le nouveau Premier secrétaire. Une chaîne que nous devons prolonger, qui nous relie à des milliers de femmes et d’hommes, illustres ou anonymes, qui se sont battus dans des conditions bien plus difficiles que nous. » Ou comment réaliser la renaissance par la continuité.