Carnet de campagne - 17 juin

Oyez, oyez, chers électeurs ! Vous avez été 23 millions à vous rendre dans votre bureau de vote dimanche dernier, un chiffre qui fait peur et attriste, quand on sait que 47 millions de Français étaient inscrits sur les listes électorales.

La population française n'en a-t-elle plus rien à foutre de la politique, et par conséquent de leur avenir ? Est-elle trop désespérée par l'offre politique qu'elle préfère rester chez elle à mater Téléfoot en rotant son verre de porto ? Ou est-elle tout simplement la feignasse assistée que nous dépeint, à raison apparemment, notre maître à penser Laurent Wauquiez tous les mercredis sur BFM ? Ah oui, quand il s'agit de faire grève en semaine, il y a du monde, mais quand il faut bouger son cul un dimanche, il n'y a plus personne. Bravo la France !


C'est en tout cas ce qu'ont pu penser les politiques au soir du premier tour des législatives, quand les députés en place se sont rendus compte que plus personne n'en avait quoi que ce soit à faire d'eux. La chute est terrible, surtout quand on se croit plus haut et plus important qu'on ne l'est réellement. Ce bon vieux Henri Guaino a profité de sa défaite misérable pour vomir sur son électorat, et sur le peu de réputation qui restait aux Républicains après les aventures de François Fillon au pays de la fraude fiscale. Après les présidentielles, les législatives signent la mort définitive des partis traditionnels, dont les leaders tombent aussi vite que les affaires sur les épaules de Balkany. Chez Les Républicains, Accoyer a décidé de ne même pas se présenter, histoire d'être certain de ne pas perdre. Voilà une philosophie efficace, qui montre que, au-delà de l'attachement déraisonnable des notables politiques à leurs chers sièges, il reste encore des gens malins à droite, à défaut de gens décents.


Au PS, Cambadélis, qui n'a décidément rien compris, s'est pris une taule phénoménale à Paris, devenant la métonymie de la chute de son parti tout entier. Le seul exploit du PS aura été, pour ces élections, de faire à peu près autant de voix qu'à la présidentielle, avec une participation bien moindre, et alors que tous les autres partis se sont cassés la gueule. Bravo les socialistes, vous sauvez l'honneur ! Non je déconne, ça fait quelques mois déjà que l'honneur du PS a disparu au fond de l'anus de Manuel Valls. Ce bon vieux Manu a réussi à se qualifier pour le second tour, les candidatures des prix Nobel Francis Lalanne et Dieudonné n'ayant pas suffi à déstabiliser le judas d'Evry. Son second tour s'annonce tendu contre la candidate de La France insoumise, Farida Amrani, pour qui a appelé à voter un Benoît Hamon, vengeur ayant toujours en travers de la gorge les quarante sabres que Valls lui a planté dans le dos à la veille de la présidentielle. Le pauvre Hamon n'a même pas réussi à se qualifier dans sa circonscription des Yvelines, à moins de 200 voix près. Heureusement, la présidentielle l'a habitué à la défaite cuisante, et il ne devrait pas être trop chamboulé par celle-là.


Pendant ce temps là, Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon se sont décomposés en même temps que leurs résultats, bien inférieurs à ceux des présidentielles. Si les deux parviennent à être élus députés, ça risque d'être agité à l'Assemblée Nationale, surtout si, comme il est prévu, 400 députés apathiques de la République en Marche sont élus. Macron semble avoir gagné son pari, celui de prendre 67 millions de Français pour des cons en un temps record. Personne ne l'en pensait capable, pas même Gérard Collomb, qui a simplement flairé un poste de ministre un an à l'avance. Il y a seulement un mois, tous les éditorialistes prédisaient que le nouveau Président n'aurait jamais de majorité à lui tout seul, qu'il devrait compter sur l'aide des Républicains et du PS, mais aussi sur une opposition féroce de la France insoumise et du Front national. Toutes ces prédictions semblent aujourd'hui aussi éloignées que le temps béni où Giesbert, Barbier, Kahn et autres Macé-Scaron ne passaient pas leur temps sur tous les plateaux télé de France et de Navarre pour se livrer au concours de celui qui dira le plus de conneries à la seconde.

 

Il est peu probable que les électeurs retrouvent leur envie d'aller voter d'ici dimanche. Les Français semblent fatigués par des années de machination politique, de promesse de renouvellement, de mensonges et de trahisons, et finissent par se jeter dans la gueule du loup Macron. Même Le Pen ne séduit plus, peut-être à cause de son acharnement à passer pour une débile affiché lors des présidentielles. Le délitement de la classe politique française était attendu, le voilà enfin. Sur ces ruines, Macron a bien l'intention de bâtir son royaume, et il est bien parti pour y arriver.

PAR THOMAS HERMANS
PHOTO BENOIT TESSIER /
REUTERS

Pendant ce temps-là, Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon se sont décomposés en même temps que leurs résultats, bien inférieurs à ceux des présidentielles. Si les deux parviennent à être élus députés, ça risque d'être agité à l'Assemblée Nationale, surtout si, comme il est prévu, 400 députés apathiques de la République en Marche sont élus.

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