Décryptage primaire - 29 octobre

Oyez, oyez, chers électeurs. Le temps est à nouveau venu de faire le point sur l'actualité de la primaire de la droite. Ne soupirez pas ! L'article ci-dessous va faire son maximum pour vous garder intéressés, tout du moins éveillés. Prenez un café quand même.
 

Breaking News : Jean-François Copé est passé pour un con. C'est tellement rare de la part d'un homme si distingué, si bien tenu, si formidable. Copé a un passé sans tache, ne souffrant d'aucune polémique ou d'instant de ridicule. Alors évidemment, quand l'excellence trébuche, ces vautours de journalistes s'acharnent sur la silhouette décharnée d'un ancien président de parti, depuis réduit au statut de président de l'amicale de pétanque de la ville de Meaux. Pour les trois du fond qui n'auraient pas suivi le scandale du siècle, Jean-François Copé, cyniquement interrogé sur le prix d'un pain au chocolat, s'est formidablement planté. Une fois de plus. Si on devait sauter au plafond à chaque fois que Copé dit une connerie, les traumatismes crâniens deviendraient la première cause de décès en France. Pourtant, cette fois-ci, tout le monde s'est un peu plus énervé que d'habitude, a un peu plus commenté que d'habitude, lui a un peu plus tapé sur la gueule que d'habitude. Les médias français sont une fois de plus particulièrement intéressés par les petites phrases, bien plus que par les programmes ou les idées. Oui, Copé est un peu (beaucoup) à côté de la plaque sur le prix moyen des pâtisseries artisanales. Cela ne ferait pas de lui un mauvais président, au contraire de son programme. Faut-il forcément connaître le prix de chaque morceau de bouffe vendu dans chaque commerce de France pour prétendre à la plus haute fonction de l’État ? Si oui, j'espère que le prochain Président s'amusera bien à parler du prix des madeleines de Belfort avec Merkel au prochain rendez-vous du G8. Je ne respecte pas plus Jean-François Copé qu'une mouche s'éclatant continuellement sur une vitre fort bien lavée, mais le débat politique ne devrait-il pas se concentrer sur des aspects plus intéressants de la course à la présidentielle ? Les petites phrases font le buzz, peut-être que ce sont elles qui touchent le plus l'électorat de Nicolas Sarkozy, les « ploucs » comme il aime à les appeler. Si les Français étaient plus habitués à parler des idées des politiques plutôt qu'à se concentrer sur les stratégies d'audience induites par les divers médias, alors peut-être que le rejet des politiques ne serait pas aussi important aujourd'hui. Peut-être même que la dynastie du borgne ne serait par à 30% dans les sondages !
 

Laissons Copé moisir dans sa médiocrité, et passons donc à notre illustre ancien Président, l'immense Nicolas Sarkozy, l'homme que tout le monde attend comme un sauveur, tout du moins dans une zone géographique allant de la mairie de Neuilly-Sur-Seine à celle de Levallois-Perret. Il y a quelques jours, celui-ci a déclaré au micro de Jean-Jacques Bourdin qu'il se résignerait probablement à voter Hollande si ce dernier se retrouvait face à Le Pen au deuxième tour en 2017. En ce moment, tout le monde retourne sa veste. Les ministres se désolidarisent du président. Manuel Valls prétend qu'il est de gauche en défendant le revenu universel, alors qu'il défendait depuis quatre ans un programme qui lui aurait permis de gagner la primaire des Républicains. Et maintenant, Sarkozy dit qu'il privilégierait la gauche sur l'extrême droite ? Où va la France ! Dire que Hollande est de gauche ferait faire une syncope à tout bon gauchiste qui se respecte, mais le gouvernement est officiellement de gauche, donc bon. Petit rappel, nous parlons bien du Sarkozy qui a plus utilisé le mot « charter » que le mot merci quand il était Ministre de l'Intérieur, du Sarkozy qui a siphonné les voix du vieux pétainiste en 2007 grâce à des métaphores fleuries sur les banlieues, du Sarkozy qui a prôné la stratégie du « ni-ni » à chaque élection depuis 1912, du Sarkozy, en somme, modèle de valeurs républicaines. Quel choc pour son électorat, convaincu depuis des années que Nico participe à tous les repas de famille des Le Pen, mange des Kebabs avec Robert Ménard, chasse le migrant avec Jean-Marie et part en vacances en Pologne avec Faurisson. Tout le monde pensait qu'il était un vrai patriote, et voilà qu'il trahit sa vraie nature d'islamo-gauchiste corrompu jusqu'à la moelle par les lobbys salafistes et communistes. Quel traître. On avait oublié son passé de trahison, Sarkozy étant capable de se réclamer de Chirac tout en lui plantant trente couteaux dans le dos par minute.
 

Sarkozy témoigne à nouveau de la peur de toute la classe politique lorsqu'elle est confrontée au Front National. Bien qu'admettant que cela lui serait « extrêmement douloureux », Sarkozy admet préférer un Président sur lequel il a continuellement chié pendant quatre ans, plutôt qu'une despote en devenir. Si même Sarko se met à avoir peur de Le Pen, qui va bien pouvoir lui barrer la route ? La classe politique est de plus en plus soumise aux sondages annonçant le FN au second tour en 2017, Sarkozy admettant lui-même qu'il est possible que la gauche soit en face de Le Pen, le fait que celle-ci échoue au premier tour n'étant presque pas envisagé. Tout le monde se résigne, remettant son espoir à l'inévitable défaite du FN au second tour, symptôme de la volonté ratée d'incarner une nouveauté politique, prônée par tous les partis depuis que Marine grimpe. Tout ça présage à nouveau un débat politique de qualité dans les mois à venir.


Thomas Hermans
(crédits photo : AFP)