Vieux débat revenu au-devant de la scène, le franc CFA est à nouveau au cœur de l’actualité africaine. Face à la monnaie en place dans quinze pays d’Afrique, les rassemblements multiplient.

 

La jeunesse africaine est aux abois. La nécessité de faire disparaitre le franc CFA, cette monnaie qui pèse sur l’Afrique depuis la fin de la période coloniale et qui est un outil, selon eux, de maintien de l’impérialisme – notamment de la France – entraîne leur soulèvement.

 

Un des porte-paroles de ce mouvement est président de l’ONG Urgence Panafricaniste. Kémi Seba a fait parler de lui ces derniers temps. Franco-béninois, Stélio Gilles Robert Capo Chichi de son vrai nom a contribué à réactualiser le débat autour de la « Françafrique » et de ce qui la favorise, c’est-à-dire le franc CFA en grande partie. Depuis toujours, il prône un « droit de veto » de la France sur la politique monétaire africaine.

 
Conflit ouvert
 

Le 19 août dernier, l’anti-impérialiste brûle un billet de 5 000 francs CFA (7,60 euros) lors d’une manifestation à Dakar. La polémique est lancée. Cela va lui valoir des ennuis judiciaires. Déjà très actif avec son ONG sur le sujet, c’est le geste de trop pour la Banque centrale des Etats d’Afrique de l’Ouest (BCEAO) qui porte plainte. Kémi Seba est alors arrêté le 25 août et relaxé quatre jours plus tard. Il écrira notamment sur sa page Facebook : « La BCEAO porte plainte pour le billet colonial que j’ai brûlé ».

Cependant, le 5 septembre, un décret ministériel demande l’expulsion immédiate du ressortissant franco-béninois. Le lendemain, Kémi Seba prend un vol direct pour Paris. Loin d’être découragé, il annonce pour le 16 septembre, une manifestation internationale contre le franc CFA. Quelques jours plus tard, la BCEAO fait appel.

 

A l’initiative de Kéba, un collectif a notamment été créé depuis le 7 janvier 2016 : le Front Anti CFA. A travers ce Front, nous sommes amenés à entendre de nombreuses voix citoyennes via les réseaux sociaux et manifestations. Ils prônent la libération de l’Afrique par l’abandon du franc CFA.

300 millions d'Africains

Très souvent, la porte-parole de l’Urgence Panafricaniste et du Front anti-CFA au Sénégal Ndeye Nogaye Babel Sow prend position, affirmant que les Africains ne peuvent pas « continuer à accepter d’être colonisés » et que le mouvement du Front Anti CFA n’est qu’un début. Ainsi, « face à ceux qui pensent que des manifestations ont échoué parce qu’elles ne rassemblent pas plus de 20 ou 30 personnes, on en a réuni près de 300 millions un peu partout dans le monde. Cela fait des millions d’africains qui se lèvent pour dire non, ça suffit, à bas l’impérialisme ! »
 

Depuis, son expulsion du Sénégal, le mouvement du Front anti-CFA recommande l’union de divers mouvement sociaux pro-Afrique tel que Y en a marre, Non aux APE et l’Urgence Panafricaniste dans le but de vulgariser la parole des anti-CFA dans les rassemblements, et ainsi permettre la compréhension de l’enjeu pour le continent africain.
 

A ce jour, cette monnaie est fabriquée à Chamalières en France, dans une imprimerie de la Banque de France. De plus, initialement, l’acronyme CFA signifiait « colonies française d’Afrique ». Aujourd’hui, elle signifie désormais « coopération financière en Afrique » pour la communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC) et « communauté financière africaine » pour l’union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA).

 

C’est principalement pour leur indépendance et sur le plan symbolique que le Front anti CFA se fonde. Du point économique néanmoins, le franc CFA est une monnaie stable. Aujourd’hui, elle reste très souvent surévaluée par rapport à l’euro.

PAR CINTHIA KAMTCHOUANG
PHOTO REUTERS

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