Coup de gueule d'un petit con, penseur libre à ses heures perdues...

Un mois après les terribles attentats, en plein état d'urgence et au lendemain des régionales qui ont renforcé le Front National, la situation me fait plus que jamais mourir de rire.

Un rire amer certes (je rassure la bien-pensance) mais un rire franc et honnête.

De toute façon c'est la seule manière de résister, à moins de pouvoir se payer un verre à 7€ en terrasse, ce qui n'est malheureusement pas mon cas.

Voilà donc que la France, encore en deuil et sous le choc, se met à commenter un énième "cataclysme", à se rendre compte qu'une fasciste blonde est aux portes du pouvoir et à se questionner pour la centième fois sur les raisons qui nous ont amenés là. C'est drôle non ?

J'ai l'impression de relire les mêmes articles depuis 5 ans, les élections se suivent et se ressemblent toutes. Et allez qu'on te balance une montagne d'articles et de reportages sur "les nouveaux électeurs attirés par le FN", toujours plus perdus et toujours plus dégoûtés de la politique.

Et allez, qu'on te bassine d'appels à écouter les Français, à agir sur leurs préoccupations, ce qui passe donc, (Oh seigneur !) par une recomposition de la politique française ! Vous ne voyez toujours pas l'humour ? Sérieusement, est-on réellement surpris des résultats du 6 décembre ? Ne sont-ils pas dans la continuité d'un mouvement qui dure depuis 5, 15 ou 30 ans ? Où était l'indignation en 2014 quand le Front National est arrivé premier avec 25% des voix aux européennes ? Jusqu'où va-t-on attendre avant d'agir ?

On a été avertis depuis longtemps, Jean-Marie Le Pen était au second tour des présidentielles en 2002 avec 18,5%, j'arrondis donc aux 20% qu’a fait sa fille Marine en 2012 (j'adore l'appeler Marine, on dirait une bonne copine avec qui on s'amuse et boit des bières). Et on arrive aux 25-30% actuellement. Alors entre-temps qu'est-ce qu'on a fait ? Rien, ou presque justement… ou plutôt si : on a banalisé les thèmes de la tendre extrême droite. Entre 2002 et 2012, le bon vieux Nicolas Sarkozy occupait le terrain et a réussi à siphonner les voix extrémistes en 2007, ramenant le FN a 10%. Il est fort non ? Sauf qu'il nous a parlé des banlieues qu'il voulait "nettoyer au karcher", du curé "supérieur à l'instituteur", des africains "qui ne sont pas assez rentrés dans l'Histoire" et surtout de l'insécurité, la terreur qui règne sur cette pauvre France. Battus en 2012, il laisse le terrain à Jean-François Copé qui fait de plus en plus peur pour droitiser les militant de l'UMP.

Ses paroles telles que "l'existence du racisme anti-blancs" ou "le musulman qui confisque le pain au chocolat d'un petit français sous prétexte qu'on ne mange pas pendant le ramadan", n'ont rien à envier aux paroles de Marine.

Sarkozy, décidé à ne pas se laisser humilier par un banal socialiste corrézien, revient, tel le sauveur du pays en 2014 fustigeant, "les socialistes qui sont d'abord socialistes avant d'être républicains".  Ben voyons... on nage en pleines années 30. Ne soulignons pas les invectives de Morano largement commentées, vous l'aurez compris, la droite républicaine se perd petit à petit et rien ne semble indiquer quand cette stratégie prendra fin. En témoignent l'éviction de Nathalie Kosusko Morizet et la promotion de Laurent Wauquiez. Cette explication est trop facile et revient surtout à laisser la seule responsabilité à Nico (là ça fait pote de vacances, celui qui frime en ray-ban et sur son yacht). Ce qui me fait rire, c'est l'indignation des médias aujourd'hui, qui ont passé leurs années 2000 à parler de délinquance et de problèmes d'intégration, et à avoir donné plus que tout autre la parole à Marine, parce que c'est une bonne cliente. Combien de fois, la journaliste Léa Salamé a posé la question: "Quel est votre sentiment sur cette crise identitaire en France?".

Je ris aussi de cette droite "décomplexée", un joli mot pour dire "lepennisé" et de la gauche "à l'aise avec les problèmes de sécurité".

 

Parlons un peu de Manuel Vals, intransigeant face aux roms qui, de toute façon "ne peuvent pas s'intégrer à la République", s'attaquant à une femme voilée qui travaillait dans la crèche de Baby loups et martelant avec un ton martial qu'il faut "renouer avec les valeurs de la République". Toujours plus dur et toujours plus sécuritaire, le même Manu déplorait "un apartheid social, territorial et ethnique" en janvier suite aux attentats de Charlie. Il dénonce 10 mois plus tard "un sociologisme" qui chercherait des excuses au terroristes. Sacrée contradiction...

Sans oublier ses appel en off à l'Allemagne lui demandant "d'arrêter d'accueillir des migrants". Le socialisme se dissout tout autant. 

Rions donc de les voir s'apitoyer et s'énerver sur les scores du Front National. Un certain Jean-Marie Le Pen déclarait dans les années 90 que "les électeurs préfèrent l'original à la copie", j'ajouterais qu'en copiant une source on la rend crédible. Les mots ont un sens et il est probable que le manque de repère des électeurs vienne aussi d'un manque de crédibilité politique.

Le problème est certes profond mais connu. Ce malaise  qui "ronge la société française" fut déjà lancé par le constat d'urgence du groupe NTM, par les alertes de nombreux artistes, qui ont déjà relevé une déconnexion du peuple de l'espace politique.

Cela concerne aussi bien le FN que le terrorisme, parce que ce sont des maux révélateurs d'un dysfonctionnement politique. Le fait qu'on ne sache pas résoudre nos problèmes démocratiques, qu'on hésite sur notre intégration européenne et une procrastination maladive de ce pays à s'adapter aux enjeux économique et sociaux, préférant s'interroger sur ses pseudo problèmes identitaires. Un climat où prolifère la défiance, la répression et un regain du nationalisme. Cela me donne juste envie de pisser sur le drapeau.
 

Paraît-il que tout ça c'est fini qu'a présent, promis, juré, la politique va se renouveler. Il n'y a qu'à voir l'attitude de Christian Estrosi qui considère que la droitisation du parti Les Républicains est une mauvaise stratégie... Comme quoi la situation doit être bien grave. M'enfin mieux vaut tard que jamais.

En attendant on peut continuer de rire et de s'amuser, de toute façon, en 2017, le choix face à Marine se fera entre Hollande et Sarkozy, alors que personne ne souhaite les voir candidat. A moins que le vrai sauveur démocratique ne soit Alain Juppé. A 70 ans passés, on espère que le bonhomme modernisera la politique...

Je tiens à rassurer les lecteurs qui pensent être en train de lire un pamphlet tout droit tiré des caves du Front de gauche. Ne t'inquiète pas, Mélanchon et sa tendance nationaliste à la Robespierre  n'arrange rien et ne vaut rien non plus.

Je relèverai néanmoins  que la ville qui fut touchée par deux fois, aux terribles attentats, est une ville où le Front National ne récolte que 10% des voix. Eh oui, je ne suis en fait qu'un petit bobo parisien déconnecté de la réalité, trop occupé à chercher des "excuses sociologiques" aux actes terroristes.

Le FN semble bien ancrés et il est à présent bien difficile de rattraper ses électeurs. Un long travail s'impose pour  faire gagner les anti-thèmes de l'extrême droite: la solidarité, le partage et l'ouverture. J'y crois quand même... C'est peut être de cela dont les Français ont le plus besoin après dès événements tragiques.

 

Bref, cessons de faire peur, de chercher des victimes ou des coupables faciles. Arrêtons de faire semblant de découvrir le FN après chaque élection sans que rien ne change.

Le danger des dérives droitières est bien connu, et cela ne mène qu'à une perte progressive de la démocratie. Et alors là, plus personne ne pourra rire.

 

 

Baptiste MARTIN, petit con, penseur libre à ses heures perdues, bobo parisien écolo et optimiste sur l'avenir.