Crise des migrants : premiers effets de l'accord controversé entre la Turquie et l'Union Européenne

L’accord sur le rapatriement des migrants arrivés en Grèce depuis la Turquie est entré en vigueur lundi dernier. L’Europe a ainsi pu assister aux premiers départs durant ces derniers jours. Retour sur la situation une semaine après le début de sa mise en place.

 

Le début d’un processus laborieux

 

Alors qu’une première opération de renvoi avait eu lieu lundi, transférant 202 migrants depuis les îles grecques de Lesbos et Chios vers les côtes turques, une seconde a été réalisée vendredi 8 avril. En une semaine, le nombre de rapatriés est donc porté à 327 et l’on ignore jusqu’à combien celui-ci pourra grimper. En effet, l’accord stipule que doivent être renvoyés vers la Turquie, toutes les personnes ayant traversé illégalement la mer Egée de la Turquie vers la Grèce à partir du 20 mars 2016, date de signature de l’accord entre L’Union européenne et la Turquie. On ne sait donc pas à combien s’élèvera le nombre de personnes concernées puisqu’à ce jour aucune limite de temps n’a été fixée pour cette entente entre les deux partis même si elle a pour but, à terme, de stopper l’arrivée clandestine des migrants en Europe en les dissuadant.

L’Europe veut par cet accord mettre fin à toute arrivée illégale et réguler sa situation. En effet, il est prévu que, pour chaque réfugié renvoyé, un autre pourra être transféré légalement en Europe, sous condition qu’il ait fait demande d’asile en Turquie tout en ayant jamais tenté la traversée vers la Grèce. L’UE prévoit, de cette manière, d’accueillir légalement 72000 réfugiés (nombre dérisoire comparé aux 2,7 millions de syriens présents actuellement en Turquie) tout en fermant la principale porte d’entrée vers l’Europe occidentale. Ainsi, et à partir de maintenant, toute personne essayant de se rendre illégalement en Grèce verra toutes ses chances d’obtenir un statut légal en Europe disparaître.

 

 

Un avenir incertain pour les rapatriés

 

Pour le moment, les personnes renvoyées en Turquie ont été placées dans le camp de Pehlivaköy au nord-ouest du pays qui devrait prochainement être inspecté par le Haut-Commissariat aux Réfugiés des Nations Unies (UNHCR). Ils devraient par la suite être renvoyés dans leur pays d’origine qu’ils ont fui, après examen de leur situation par le Haut-Commissariat. C’est ce même UNHCR qui est chargé de réinstaller les migrants qui seront autorisés à intégrer l’UE après avoir demandé l’asile en Turquie. Placés dans des conditions aussi douteuses que la légalité du déroulement des procédures de renvoi, ces refoulés de l’Europe attirent désormais l’attention de plusieurs ONG de défense des droits de l’Homme qui accusent notamment l’Union européenne de renier le droit d’asile. L’accord qui ne fait aucune distinction entre les nationalités des réfugiés et leur statut (réfugié de guerre, réfugié économique, etc.) ne prend cependant pas en compte les migrants Kurdes considérés comme nécessitant une protection juridique spécifique vis-à-vis des autorités turques.


 

La Turquie en position de force

 

Si cet accord ressemble à une tentative désespérée des dirigeants Européens pour établir un contrôle et une régulation viable de la vague de migration qui nous touche actuellement, la grande gagnante n’en reste pas moins la Turquie. Celle qui se « dévoue volontaire » pour prendre en charge les « problèmes des autres » n’a cessé au cours des sommets successifs du mois de mars entre les 28 membres de l’UE et elle-même de négocier les termes de l’accord. En effet, alors que la somme prévue pour lui permettre de gérer la crise migratoire sur ses terres était à l’origine de 3 milliards d’euros, Recep Tayyip Erdogan, le président turc a finalement réussi à obtenir la promesse du double. De plus, l’Union européenne s’est également engagée à relancer les discussions concernant l’admission de la Turquie et à lancer un processus qui permettrait aux citoyens turcs de circuler dans l’espace Schengen sans nécessiter de visa. La Turquie est désormais plus que jamais liée à l’avenir de l’Union européenne, il semblerait même qu’elle puisse l’avoir entre ses mains au vu de sa position de force et du chantage qu’elle a aujourd’hui la capacité de réaliser.

 

 

(Wikimedia Commons)