Quelle chance d’être au coeur d’un campus américain au moment des élections présidentielles ! Le premier débat entre Hillary Clinton, candidate Démocrate et Donald Trump, représentant des Républicains était très attendu ce Lundi 26 septembre à l’Université SUNY Oswego. Récit et impressions.

 

Il est 20h55. La salle commune de ma résidence est remplie. Étudiants étrangers, étudiants américains, tout le monde se retrouve pour partager une part de pizza et échanger ses opinions quant au déroulement du débat. Aux sons des discussions s’ajoute celui du programme diffusé à la télé. Le compteur en bas de l’écran annonce qu’il reste cinq minutes avant le début du débat.

 

Angel, une étudiante venant de Washington DC, est quelque peu désabusée : « Notre choix est restreint et les candidats mauvais. Nous allons encore le voir avec ce débat. Mais il reste important ». Comme elle, beaucoup d’Américains sont fatigués d’avoir à choisir entre ce qu’ils nomment un « incapable » et une « corrompue ». La majorité des étudiants habitant la résidence ne regarderont pas le débat ce soir. D’autres n’iront même pas voter. Ils disent se sentir « détachés » et déçus du système politique américain qui ne laisse pas de place à une troisième solution. Myles, étudiant en deuxième année de design, exprime sa déception : « Il faut qu’il y ait une troisième voix dans ces débats. Sans cela, ils ne sont pas démocratiques ». Cette troisième voix, c’est le parti libertarien et son candidat Gary Johnson. Très populaire parmi les étudiants de l’Université, un club politique s’est même formé pour soutenir ses idées. Il ne pèse malheureusement rien comparé aux deux géants politiques et n’a pas réuni assez d’opinions favorables pour participer au débat. Triste réalité pour « la plus grande démocratie du monde »...

 

D’ailleurs, le débat, cet exercice suprême de la démocratie, s’apprête à commencer. Applaudissements dans la salle au moment de l’arrivée des candidats devant les caméras. L’assistance est bon public. Des exclamations outrées fusent des différents canapés lors des réparties acérées et maladroites de Donald Trump. Des rires se font entendre lorsqu’Hillary réplique avec humour et sans perdre son sang-froid. Des murmures s’échappent quand arrivent les vifs échanges sur les scandales respectifs des deux candidats. 

 

Une heure et demie plus tard, la salle reste interdite. Quel étrange débat... Le besoin de discuter de ce qui s’est dit est palpable. Un débat improvisé s’organise : « A votre avis il y a un gagnant ? » demande Gus, un étudiant en commerce. Les avis sont partagés, mais ce qui ressort est le manque de préparation de Donald Trump par rapport à Hillary Clinton. Toutes ses prises de paroles étaient argumentées, construites et répondaient avec pertinence aux questions posées par le modérateur Lester Holt. L’argumentation de Trump était au contraire décousue et ne se rapportait quasiment jamais à la question posée. « C’est une stratégie », affirme Lindsey, une Australienne étudiante en journalisme : « Il prononce les phrases chocs que tout le monde veut entendre au milieu d’un flot de paroles sans cohérence ».

Le comportement de Trump a également marqué les esprits. Selon le site internet Vox, il aurait coupé 51 fois la parole à son adversaire. Pour Charles, c’est ainsi qu’il montre sa force : « Avec ses interruptions, il apparaît puissant aux yeux des spectateurs». Mais le calme imperturbable et le sourire satisfait d’Hillary face à ces interruptions laissent justement penser que c’est le contraire. Elle sait qu’elle est en position de force par rapport à un Trump qui se ridiculise et perd ses moyens face à la précision des chiffres et des faits qu’elle énonce. Mais le discours de cette dernière est sans vie, sans profondeur. Trump au contraire affirme sa pensée avec passion, motivé (ou pas) par un désir de changer le système politique américain. Cette perspective effraie : « Il va gérer le pays comme il gère ses entreprises ». L’affirmation réveille le souvenir d’une phrase prononcée par le candidat pendant le débat alors que Clinton l’accusait d’être un de ceux qui a causé la crise de 2008 afin de s’enrichir : « C’est ce qu’on appelle les affaires » s’est-il défendu . « Il ne peut pas être Président des États-Unis » conclut Gus.

 

La discussion continuera pendant deux heures. Les Américains sont perturbés, coincés entre deux options dont aucune ne parait bonne. Même si la sénatrice Hillary Clinton s’est clairement distinguée hier soir, il reste à savoir quel impact aura ce débat et ceux qui suivront sur les citoyens encore indécis. Car ce sont eux qui décideront de l’issue des élections.


Cécile Lemoine, à la State University of New York at Oswego
(Crédit photo : Cécile Lemoine / La Pause Actu)