Oyez, oyez, chers électeurs. Vous pensiez être débarrassés de cette série d’articles extrêmement qualitatifs avec le suicide collectif de la droite, qui s'est déroulé au soir du second tour de la primaire ? Vous étiez proches d'avoir raison, mais la gauche est dans les starting-blocks pour nous offrir du grand spectacle, du débat politique de qualité, du renouveau rhétorique, des propositions pour les jeunes et... vous sentez la merde arriver ?
 

Qui sent qu'on va bien se marrer dans les semaines qui arrivent ? Ceux qui ont répondu « personne bordel » sont très proches d'une réponse de qualité. En effet, quelle personne saine d'esprit souhaiterait réellement assister à un débat entre Jean-Luc Bennahmias et Gérard Filoche sur... n'importe quel sujet en réalité ? Qui a vraiment envie de voir Hamon et Montebourg se foutre sur la gueule pour savoir lequel des deux est responsable de l'échec de l'unité des frondeurs ? Qui veut voir Manuel Valls gagner en se faisant passer pour quelqu'un de gauche ? Merde, personne. Donc effectivement, ça part mal. Pour autant, les expériences passées nous apprennent le respect et l'humilité, et l'auteur de cet article se doit ici de faire preuve d’honnêteté envers vous, chers électeurs. En effet, ce n'est pas sans regrets que je vous dois la vérité, en vous citant cet extrait, issu du deuxième numéro de Décryptage primaire, datant du 22 octobre : « Fillon peut-il créer la surprise ? Un journaliste sérieux vous dira qu'on ne peut pas dire avant le premier tour. Je vous dirai qu'il va se prendre une taule. » Ne pas vendre la peau de l'ours avant de l'avoir tué, nous disait Bernard Tapie.
 

Ne nous affolons pas malgré tout. Il est très improbable que Benoît Hamon fasse une remontée fantastique aux derniers moments, que Fabien Verdier vienne déjouer tous les pronostics au moment le plus fatidique ; et c'est avec regret que je vous annonce que le duel Valls-Montebourg du second tour s'achèvera par une victoire de notre cher ancien Premier ministre. Si vous doutez très fortement de la phrase ci-dessus, vous avez compris la leçon. Sinon, relisez l'article depuis le début. Quoiqu'il en soit, il semble que les plus mauvais bilans sont ceux qui suscitent le plus de vote de confiance, Montebourg et Valls sont bien placés pour le savoir. Et si la médiatisation d'un mauvais ministre est négative, elle n'en reste pas moins de la pub, surtout au Parti socialiste, rongé par un étrange lobby masochiste créé le 21 avril 2002. Pauvre François de Rugy, qui se pense capable de faire passer l'écologie comme principal sujet d'une primaire de gauche, les militants de gauche étant réputés pour se préoccuper des pauvres avant autre chose. Et c'est à çà que l'on reconnaît le fait que ni Manuel Valls, ni feu François Hollande ne sont de gauche. L'auteur de cet article tient à préciser qu'il se mordra les couilles en relisant le présent article si François de Rugy gagne cette primaire, cordialement.
 

En attendant, que peut espérer un vrai électeur de gauche ? Que Manuel Valls s'étouffe en mangeant une cuisse de Rom, que Montebourg se pète la colonne vertébrale en dévalant complètement le Mont Beuvray, et que Christiane Taubira arrive comme une fée sur son vélo volant magique, en sauveuse de la gauche que tout le monde attend. Enfin tout le monde... surtout Jean-François Copé. Après son très honorable score, qui l'a profondément choqué, il aura bien besoin de demander la démission à répétition de l'ancienne Garde des Sceaux pour se remonter le moral. Taubira peut-elle fédérer la gauche ? Peut-être, mais cet article ne se livrera pas à de l'analyse politique pertinente. Il ne manquerait plus que ça. En tout cas, Taubira a le potentiel pour rassembler, y étant presque parvenue en 2002, date depuis laquelle Lionel Jospin rêve en secret de l'écarteler en Place de Grève, avec Chevènement et le regretté Robert Hue. Si la gauche l'attend comme le messie, Manuel Valls l'attend comme la peste, craignant le retour tant annoncé de sa Némésis personnelle. Valls serait prêt à saborder le Parti socialiste pour empêcher Taubira de gagner, et il est tout de même à parier que les semaines à venir seront un sacré bordel. Ce qui est à espérer pour le moment, c'est que les candidats de gauche diront moins de conneries que leurs homologues de droite. Vive la politique française...
 


Thomas Hermans
(crédits photo : AFP)