Oyez, oyez, chers électeurs. Alors que le deuxième débat est maintenant passé depuis plus d'une semaine, et que les candidats de la droite continuent de s'écharper sur le vide absolu, il est important de refaire un point sur cette extraordinaire primaire de la droite, qui a fourni tous les moments forts de cette semaine. Non je déconne !
 

Voici venu le temps des pleurs et des cantates funèbres. Notre monde a basculé dans l'anarchie, un saut dans l'inconnu vient d'être fait en cette funeste journée du 11 novembre. Habituée aux cérémonies d'hommages, cette date ne symbolisera plus jamais la même chose à partir de 2016. En effet, déjouant tous les pronostics, ainsi que les bonnes mœurs et la logique, un homme a pris l'ascendant. Un homme s'est démarqué, reprenant un avantage que tous semblaient lui voler. Cet homme, c'est bien évidemment François Fillon, crédité dans les derniers sondages à 20% d'intentions de vote au premier tour des primaires. Quelle onde de choc ! Oui, vous avez bien entendu ! Fillon à 20% ! Celui qui fut pendant cinq ans le croc-mort en chef de notre beau pays est à 20% ! Les Français doivent décidément être masos ou complètement dépressifs pour vouloir voir ce bon François chef de l’État. Un tel come-back est inattendu, tant son bilan à la tête du gouvernement entre 2007 et 2012 a laissé autant de bons souvenirs aux Français que la ville d'Amsterdam en a laissé à Anne Frank. Et si Fillon clamait haut et fort ne pas être le collaborateur de Sarkozy, c'est uniquement parce qu'il était son valet personnel, lui cirant les pompes avant chaque meeting à 800 000 balles, voire lui servant directement de marchepied. Il faut pourtant bien admettre que Fillon a été bon lors des débats, réussissant ce que Sarkozy réessaie de faire depuis son tube de 2007, « Le Kärcher ». Oui, Fillon a réussi à piquer les voix du FN, en se faisant soutenir par la Manif' pour tous, en s'opposant à Schengen, et en ressemblant à un agent de la Gestapo sous Prozac.
 

Il semblerait que personne n'ait vu arriver Fillon, et cela s'est très ressenti pendant le débat du 3 novembre. Copé et Le Maire ont tapé sur Sarkozy, Sarkozy a tapé sur tout le monde, NKM a rigolé, Juppé a tenté de jouer le modeste, Poisson était présent, mais personne ne s'est réellement soucié de Fillon. Bien trop occupés à contester le bilan et l'existence même de Sarko, les autres candidats n'ont pas senti la remontée fantastique de François. Fillon j'entends, parce qu'un autre François les a passionnés pendant ce débat. François Bayrou. François fucking Bayrou, le fucking maire de Pau, le fucking Président du MoDem. En bref, un grand homme. Et n'allez pas croire que Bayrou est mort politiquement, il a bien compris que, pour faire parler de soi, il fallait s'incruster dans une campagne partisane, avec l'assurance d'apporter avec lui une dose salvatrice d'électeurs enjaillés par un discours de droite mais pas trop quand même parce qu'au centre ce sont des punks bordel. Et comme il a décidé de soutenir Juppé, ce grand homme connu pour son côté modéré et dialoguant, eh bien Sarkozy lui gueule dessus. Il a même déclaré que la droite était otage de Bayrou ! Quel tour de force pour ce bon vieux François, dont l'avenir politique ressemblait de plus en plus à un mur. Si Juppé tente de rester calme quant au soutien de Bayrou, on sait tous qu'il mouille de joie sa couche à chaque fois qu'il voit apparaître dans son poste de télé la tête franchouillarde du centriste pyrénéen. En revanche, ce bon vieux Juppé sera bien emmerdé s'il est élu, car le François, sans paraître spécialement rancunier, doit avoir de la mémoire. Et si la défaite de Royal en 2007 l'a empêché d'accéder à une fonction au sommet de l’État, une victoire de Juppé galvaniserait son ambition visiblement débordante. C'est à croire qu'il s'emmerde à Pau, ce qui est hautement improbable, étant donné la renommé mondiale des raves de la préfecture des Pyrénées-Atlantiques.
 

Quoiqu'il en soit, ce n'est pas cette semaine que les candidats ont réellement fait avancer le schmilblick. Chacun campe sur ses positions, dans une stratégie agressive pour certains, passive pour d'autres, voire de membre observateur pour des candidats que je ne citerai pas. C'est à se demander si une telle primaire n'affaiblit pas le niveau du débat politique français, alors qu'elle est censée le relever, ou tout du moins l'ancrer dans le paysage. Et pourtant, presque tous les candidats continuent de réciter leur vieille rengaine conservatrice, à base de solutions sécuritaires sans social, de programmes presque populistes sans solution, d'insultes gratuites et d'attaques personnelles qui participent de plus en plus à la décrépitude de la politique française. Malgré tout, à ceux qui, comme moi, doutent de la légitimité d'une telle primaire, je leur répondrai que Nicolas Dupont-Aignant l'a qualifiée d'« escroquerie politique ». Et c'est sûrement le meilleur argument pour la maintenir, cette primaire.


Thomas Hermans
(Crédits photo : Guillaume Souvant / AFP)