Oyez, oyez, chers électeurs ! Ne loupez absolument pas votre numéro de Décryptage Primaire dans les bacs cette semaine. Nous allons aborder tous les sujets chocs et buzz de la semaine. Les Corses vont-ils faire sécession, maintenant que Jean-Frédéric Poisson les a reconnus comme un peuple ? Les gros sourcils sont-ils la nouvelle tendance pour 2017 ? Juppé a-t-il enfin retrouvé l'Almanac ? Toutes ces questions ne seront évidemment pas abordées dans cet article. Quoique...
 

Bonne nouvelle : les débats entre personnes uniquement issues de la droite sont terminés. Vous en aviez marre ? Vous avez sûrement raison. Ce petit entre-soi va enfin pouvoir s'achever, et demain se déroulera le premier tour de la primaire de la droite et du centre, si on peut toujours l'appeler ainsi. Ce jeudi 17 novembre se tenait le donc le dernier débat entre les sept candidats de la primaire, et on peut dire qu'il n'a laissé personne indifférent, tant il s'est démarqué des deux précédents. Depuis une semaine, François Fillon affole les compteurs, se voyant de plus en plus accéder à l'allocation pendant cinq ans d'une petite résidence bucolique près des Champs-Élysées. Ses adversaires ont donc, tout naturellement, tenté de reprendre sa stratégie, celle du calme et de la pédagogie. Le truc, c'est que ça ne fonctionne pas avec tout le monde, loin de là.
 

Quand Jean-François Copé tente d'être calme, il donne l'impression d'être au bar, délivrant son avis de comptoir sur les questions que les journalistes osent lui poser, malgré son alcoolisme criant. Il continue de plonger, et ses 1,5% d'intentions de vote sont très certainement compris dans une zone circulaire de 5km autour de la mairie de Meaux. C'est donc la fin d'un règne pour celui qui se voyait déjà empereur de France et chanoine de Latran à ses heures perdues, cultivant son potager pendant que sa garde spéciale matait les révoltes de la populace désireuse d'un peu de pain pour subvenir à ses besoins. Ce pauvre Copé est même derrière Poisson, les deux se retrouvant au coude à coude dans la course qui désignera le participant le plus ridicule. Il est inutile de parler de Poisson, ses bourdes et son incompétences parlent d'elles-mêmes.
Quand Sarkozy tente d'être calme, il semble toujours aussi énervé qu'un pitbull s'étant enfilé trois rails de coke en vingt secondes. Du coup, il dit des trucs énervés, en faisant une tête de chaton battu, tout en gardant ses tics d'ancien toxicomane rattrapé par le manque.
Quand Juppé tente d'être calme, il est Juppé. C'est-à-dire calme, oui, posé, consciencieux, hautain et terriblement méprisant. Le maire de Bordeaux continue de conserver cette posture de super héros venu sauver la France des griffes du nain satanique, tout en apparaissant comme un fonctionnaire modèle, engoncé dans un costume trop serré, loin de l'image rock'n'roll que ses partisans essaient de lui insuffler.
Quand Bruno Le Maire tente d'être calme, il l'est un peu trop. Et il se fait piétiner par tout le monde, le simple fait qu'il dise « Bonjour » provoquant chez NKM un irrépressible besoin de lever les yeux au ciel.
Quand NKM tente d'être calme... elle n'essaie même pas en réalité. Nathalie Kosciusko-Morizet s'est transformée en sniper, particulièrement sur Le Maire et Sarkozy, qui lui facilitaient la tâche en balançant connerie sur connerie.

 

Si tous les candidats ont tenté l'approche plus sereine, NKM a continué dans sa ligné de dégommage en règle de ses adversaires, sans langue de bois, ou tout du moins dans les apparences. Pour sembler honnête, il faut balancer une vacherie incommensurable sur un de vos adversaires, toute la langue de bois du monde passera pour la parole de Bouddha après ça. Autre technique, avouer que l'on n'a aucune chance de gagner. Évidemment, NKM le sait, elle ne peut pas gagner, il est trop tard. Alors l'admettre ridiculise à peu près tous ceux qui crient partout qu'ils seront dans cinq mois à la tête du pays, tout en restant crédités de 2% d'intention de vote. Si NKM continue de se fondre dans le moule de la bourge un peu hautaine du XVIe arrondissement de Paris, elle semble malgré tout complètement apte à enseigner un cours de modestie en politique, qui serait certainement profitable à Mariton et autre Dupont-Aignant.
 

En attendant, Fillon continue de s'envoler, et c'est assez compréhensible. Dans le style calme, il est le seul qui colle vraiment à cette image de personnage stable, maîtrisant ses dossiers, apte à mener le pays (les Français ont certainement Alzheimer). Il a compris qu'une bonne partie des Français attend un débat loin des clashs et du buzz, un débat intéressant et instructif (bon ça reste la primaire de droite, calmez-vous), un débat qui dévoile un véritable plan d'action. Et Fillon semble en avoir un. Pas forcément un bon, mais il a un plan d'action. Il n'est pas spécialement arrogant face à ses adversaires, et s'il se trouve agressif, ce n'est qu'envers les journalistes, Pujadas en premier. Sarkozy pensait avoir bien dressé le petit David durant son mandat de Directeur des programmes de France Télévisions entre 2007 et 2012, eh bien il s'est trompé. Le journaliste s'est dévergondé, personne ne l'envisageait à ce point combatif (à l'échelle de Pujadas toujours...). Et ça n'a pas plu à Sarkozy, qui pense continuer à être crédible lorsqu'il se dit innocent dans les neuf cents affaires qui le concernent depuis 1912. En même temps, Sarkozy, ancien maire de Neuilly, qui a tenté d'imposer son fils à la direction de l'EPAD, qui touche plus de 2 millions d'euros par an d'indemnités d'ancien Président de la République, ce Sarkozy là, continue de se proclamer candidat anti-élite. Pour être politique, il ne faut pas avoir peur du ridicule, ou peut-être en avoir simplement perdu la notion. Pujadas s'est donc bien fait ramasser pendant le débat, se faisant incendier par Fillon et Juppé, capables de pisser de concert sur les médias quand il s'agit de s'accaparer le dernier petit espace de parole disponible à la télé. Et il est vrai que Pujadas est allé un peu loin jeudi soir. Même Saint Eric Ciotti a protesté, c'est dire, lui dont l'honnêteté et la déontologie sont toujours enterrés six pieds sous terre lorsqu'il s'agît de faire de la lèche pour obtenir un poste de Secrétaire d’État dans le prochain gouvernement de Nico.
 

Les Français n'aiment pas les journalistes ? Les politiques s'acharneront sur les journalistes. Les Français n'aiment pas les élites ? Les politiques s'acharneront sur les élites. Les Français n'aiment pas les politiques ? Les politiques leur diront qu'ils ont tort. L'hypocrisie en politique a encore de beaux jours devant elle.

Thomas Hermans
(Crédits photo : Greg Demarque / Bestimage)