Décryptage primaire - 22 octobre

Oyez, oyez, chers électeurs ! Ceci est le deuxième épisode de votre nouvelle série d'articles préférée, Décryptage primaire. Comme vous l'avez peut-être déjà compris, nous allons aborder l'actualité de la primaire de la droite (qui n'est plus du tout du centre d'ailleurs) toutes les semaines, avec plus ou moins (surtout moins) de neutralité journalistique.

Que s'est-il passé cette semaine chez les Républicains ? A vrai dire, pas grand chose. Comme si les sept candidats encaissaient le coup du débat, ils se sont tous montrés assez calmes ces sept derniers jours. Oui, même Sarkozy. D'habitude moteur d'un bashing forcé envers tous les candidats de plus de 70 ans et ayant déjà été Premier ministre ou maire de Bordeaux, notre ancien président n'en a cette semaine pas rajouté une couche. Nico ne se rend pas compte qu'en ne disant pas de conneries, il met potentiellement au chômage toute une partie de la profession journalistique, tirant ses revenus d'analyses plus ou moins ridicules des déclarations plus ou moins ridicule d'un ancien Président plus ou moins ridicule. Du coup, qu'est-ce qui me reste à dire ? Devrais-je m'abaisser à étudier les programmes des candidats, démontrer leurs points faibles et leur point fort ? Les journalistes sérieux s'en chargent très bien seuls. Il va donc bien falloir trouver une autre source de moqueries. Et il n'y a pas à creuser très profond pour en trouver.

Poisson dehors ?
 

Jean-Frédéric Poisson, candidat du Parti chrétien-démocrate (celui de Boutin, pour recontextualiser le bousin), a déclaré qu'Hillary Clinton était soumise aux lobbys sionistes de Wall Street. On croyait pourtant que le commissaire Manuel Valls avait réussi à interdire les spectacles de Dieudonné, depuis la Kommandantur de Beauvau. Essaie encore Manu, tu réussiras bien un jour à imposer ton seul discours à tout le monde, en envoyant les policiers casser de l'étudiant manifestant pacifiquement s'il le faut (scénario hautement hypothétique). En attendant, à droite, tout le monde se déchaîne sur le pauvre Poisson, le traînant dans la boue, l'accusant de complaisance, voire d'amitiés avec le Front National. Il a même été incriminé par Sarkozy, lui qui n'hésite pas à pomper allègrement le programme de la dynastie Le Pen pour se faire élire en sauveur de la droite. Si l'hypocrisie était un sport olympique, la France repartirait avec beaucoup plus de médailles. Poisson l'antisémite va-t-il être exclu de la primaire ? A qui profiteraient ses intentions de vote ? Si tous ses potentiels électeurs décidaient, dans un même élan messianique, de se ranger derrière Jean-François Copé, celui-ci n'arriverait même pas à rattraper NKM. Triste destinée pour cet homme blanc comme neige dans une dizaine d'affaires différentes. Mais alors pourquoi cet acharnement sur Jean-Frédo ? Un discours politique est toujours une manœuvre, surtout pour un candidat à une élection, mais quelle serait ici la manœuvre ? L'éviction de Poisson ne profiterait réellement à personne. Peut-être que cet élan est simplement dû à une remontée de moralité chez les six autres candidats, habitués depuis le début de la campagne à enchaîner les conneries comme Hollande enchaîne les gaffes. C'est humain d'avoir un bon fond, même s'il est bien caché.
 

La citation de la semaine nous vient de François Fillon, qui déclare que « le duople s'est effondré ». Allusion au couple de tête Juppé-Sarkozy, l'ancien Premier ministre dit fièrement et sans sourciller qu'il sera lui-même au second tour, contre tous les pronostics, contre tous les analystes du premier débat, et contre toute raison. Fillon au second tour, c'est comme Mariton disant qu'il va gagner les primaires, ou Dupont-Aignan convaincu de gagner les Présidentielles. On leur sourit en acquiesçant poliment, mais dans notre for intérieur, on rigole à s'en décrocher le surmoi. Mais il y croit le François, il pense que son ridicule quinquennat à ne pas être le collaborateur de Sarkozy a laissé une bonne impression chez les Français et sympathisants de droite. Ces mêmes sympathisants le classent quand même 15 points derrière Sarko, d'après les derniers sondages, ce qui est plus que son propre score. Fillon peut-il créer la surprise ? Un journaliste sérieux vous dira qu'on ne peut pas dire avant le premier tour. Je vous dirai qu'il va se prendre une taule.


Un tour chez les Verts

Comme cette série d'articles s'appelle « Décryptage primaire » et pas « Décryptage primaire de droite », nous vous proposons un petit détour vers le monde merveilleux de la primaire écolo. Duflot s'est donc pris la dérouillée de sa vie, devancée par deux inconnus au bataillon (tout du moins pour le commun des mortels). L'écologie est tellement sous-représentée dans le débat politique français qu'on en vient à ne pas connaître les programmes ni même les noms de ceux qui souhaitent incarner l'écologie à la Présidentielle. Si la primaire des Républicains semble favoriser comme favoris ceux qui s'incarnent comme des héros, des sauveurs de la droite et de la France, des figures plus que des idées, la primaire des Verts a montré l'inverse. Duflot n'était pas la favorite pour les bonnes raisons, elle l'était parce qu'elle fut ministre, présidente du mouvement EELV, et par dessus tout, médiatisée. Elle était favorite parce que les Français la connaissent, contrairement à ses trois adversaires, dont les noms n'évoquent rien à un Français normal, pollueur et nationaliste. Elle s'est fait battre parce qu'elle n'a pas réussi à incarner les idées de l'écologie, parce que son programme ne correspondait pas, ou juste parce que les gens en ont marre. Marre des tactiques politicardes, marre des combats internes stériles, marre des manipulations et des mensonges, marre des positionnements par pur opportunisme, marre de la politique en général. Et lorsque ceux qui votent à la primaire de la droite en auront marre, eux-aussi, la voie royale sera ouverte à Marine Le Pen. Il serait temps de réagir.


Thomas Hermans
(Crédits photo : AFP)