Oyez, oyez, chers électeurs ! Ce numéro de Décryptage Primaire arrive un peu à la bourre, et la rédaction s'en excuse. L'auteur de cet article se sentait assez peu confiant à l'idée de formuler, dans l'après-midi d'hier, des spéculations hâtives et ironiques qui seraient automatiquement contredites par les résultats du soir. Au moins, en ayant les résultats sous les yeux, on ne peut pas se planter.
 

Hier, dimanche 22 janvier 2017, se déroulait donc le premier tour de la primaire de la gauche, de la primaire citoyenne, de la primaire de la Belle Alliance Populaire... appelez-la comme vous voulez, j'en ai marre. Enfin ! Nous connaissons les deux noms de ceux qui s'affronteront pour gagner une place pour l'oubli, une place pour faire 10% aux prochaines élections présidentielles, une place pour finir, au mieux, ministre de la pêche dans le prochain gouvernement d'Emmanuel Macron ou de Jean-Luc Mélenchon. 
 

Le premier qualifié est donc Benoît Hamon, le François Fillon de la gauche, en ce qu'il a effectué une remontée fulgurante ces dernières semaines, passant de troisième à premier homme, faisant deux fois plus de voix que Montebourg et 5 points de plus que le toréador d'Evry. Incarnant une gauche... de gauche, Benoît Hamon a su subtiliser les voix de l'ambassadeur officiel du Made In France et des marinières ridicules. Et c'est assez logique, quand on remarque que les thèmes du dernier débat étaient toujours contexte à s'attaquer au projet d'Hamon, qui captait l'attention d'un Valls perdant patience, voyant que sa stratégie de gauche crédible n'était crédible que pour ceux qui ne sont pas de gauche. Attaquer Hamon a été pour Valls l'occasion de donner la parole à son programme, alors qu'il souhaitait plus que tout l'enterrer. Les candidats, en s'opposant au projet d'Hamon, lui ont offert une tribune que lui-même n'aurait pu espérer, résultant dans une exposition claire de son programme aux électeurs de gauche, qui l'ont préféré à Valls et Montebourg. 
 

Valls, justement, n'a, étonnamment, pas réussi à imposer son programme de gauche de droite, finissant dépité et deuxième homme. Bien sûr, tout n'est pas perdu pour lui, mais le ralliement de Montebourg à Hamon et le non-engagement de Peillon hier soir donnent fortement envie de préparer d'ores et déjà les funérailles de l'ancien Premier ministre. Nous avons appris à ne pas faire de trop hâtives conclusions, les anciens Premiers ministres ayant une forte tendance à se jouer des pronostics. Pour autant, l'affaire semble mal engagée pour Valls, qui doit se rendre compte en ce moment qu'il reste des gens de gauche au PS, et que les autres voteront de toute façon Macron. Valls a eu l'audace de qualifier le vote Hamon comme une « défaite annoncée », alors même que celui-ci le devance à la présidentielle, parvenant à siphonner quelques voix à Mélenchon. Ce même Mélenchon doit, d'ailleurs, en ce moment être en cure intensive de Xanax, pour oublier la possible victoire d'un homme de gauche à la primaire de la gauche, scénario encore considéré comme improbable il y a quelques mois. Cambadélis, le social-traître de la rue de Solférino, doit bien s'en mordre les couilles. 
 

Montebourg, lui, a dû annuler sa beuverie pour retourner en ermite sur le Mont Beuvray (ce jeu de mots vaseux m’est actuellement soufflé par mon rédacteur en chef, qui tient amicalement un joli couteau sous ma gorge). L'ex-ministre de l'économie a parfaitement réussi son pari de ne pas bouger du tout dans les intentions de vote, conservant une stabilité sur cinq ans qu'Hollande lui envierait. Montebourg, le loser magnifique, devient une fois de plus l'homme qui fera, peut-être, basculer l'élection. Le Bayrou des primaires en somme, celui que les deux finalistes vont tenter de draguer intensément pour le rallier à leur cause. Tristement pour Valls, Montebourg est, comme Hamon, de gauche, et ne se ralliera pas à son programme d’enculage à sec du socialisme. Et si le sherpa de Beuvray n'a pas attendu pour apporter son soutien à Hamon, on peut estimer qu'il n'attendra pas non plus pour réclamer un joli poste de résident permanent du manoir de Matignon en cas de victoire fantasmée un soir de 7 mai 2017. 
 

Du côté des perdants annoncés, Peillon n'a pas réussi à créer la surprise comme il l'espérait, étant le seul à réellement assumer le mandat de François Hollande. Si Valls était le maître de l'hypocrisie dans ce domaine, Peillon a, quant à lui, frisé le ridicule en décrivant le mandat Hollande comme un âge d'or pour la France et pour la gauche... 6,5% des électeurs de gauche sont d'accord avec lui, 93,5% sont donc partants pour déporter l'ensemble des ministres actuels de François Hollande dans un goulag sibérien. Quant à Pinel et De Rugy, l'Histoire retiendra qu'ils ont participé... encore bravo à ces deux là. Extraordinaire annonce de ce dimanche soir : Jean-Luc Bennahmias a obtenu plus de voix que Jean-François Copé en novembre dernier. Bennahmias pourrait-il être maire de Meaux ? Bravo à Copé pour être réellement entré dans la légende des plus beaux losers de la politique française, avec Gérard Schivardi et Jacques Cheminade. 
 

Même si Cambadélis fait semblant d'être content comme en 36 à propos de la participation, le faible nombre d'électeurs (1,6 milion) reste très décevant, surtout en comparaison avec la primaire de droite. Si la gauche du gouvernement tente de faire bonne figure, tout le monde sait maintenant qu'il existe deux gauches irréconciliables au sein du PS. L'implosion semble imminente, tout du moins une fois l'élection présidentielle passée. Certains iront trouver du réconfort auprès de papa Mélenchon, d'autres tenteront la jeunesse et la conquête annoncée de Macron. Beaucoup disent que la gauche est morte... il serait plus exact de dire que le PS est mort.


Thomas Hermans
Photo AFP