Oyez, oyez, chers électeurs. Ça y est, c'est enfin fini ! Toutes les fausses élections d'avant la vraie, celle d'avril, sont terminées, on peut enfin passer aux choses sérieuses. Les primaires sont achevées, celle de la droite, celle des écolos, celle des gens sur internet, celle de droite avec des gens de gauche dedans... on en est enfin débarrassés. Ce n'est en revanche pas pour ça que la fange va s'arrêter de couler, loin de là.

 

 Cette fois-ci, Manuel Valls n'a pas pu utiliser le 49-3. Cette petite blague facile, et certainement déjà faite par Kevin du 92 hier à 20h09 sur je ne sais quel forum obscur, permet de souligner avec un humour non feint la défaite de l'ancien tortionnaire de la place Beauvau, promu dictateur en chef de l'hôtel Matignon. Quel bonheur de voir enfin le foutage de gueule se faire réprimander. Ce mec prétend être de gauche, alors qu'il pratique le sacrifice d'animaux sur un autel en l'honneur de Philippe Séguin, dissimulé dans une crypte secrète de la cathédrale d’Évry. Valls s'est pris dans la gueule sa propre hypocrisie, tentant d'assassiner la gauche, la vraie, en la faisant passer tantôt pour une utopie futuriste irréalisable, tantôt pour un idéal du XIXe siècle en perte de vitesse face à la réalité de la révolution numérique. Valls a opéré le démantèlement du Parti socialiste, revendu pièce par pièce à Mélenchon et Macron. Et il a presque réussi son coup, le bougre. Si le petit Hamon ne lui avait pas barré la route, il est fort à parier que Manu serait allé dans le mur de l'élection présidentielle à pleine vitesse, propulsant le PS vers sa mort pure et simple. Et si Jean-Christophe Cambadélis affichait une mine souriante hier soir, on le devine très dubitatif quant au futur du parti qu'il dirige, se refusant à perdre un poste peu prestigieux mais dont la rémunération lui permet d'entretenir les quatorze étudiants qui écrivent des thèses à sa place. Hamon a pourtant su redonner au PS la dynamique que celui-ci attendait désespérément. Après sa victoire à 58% face à Valls, il est crédité de 3 points de plus que Mélenchon dans un sondage d'aujourd'hui. On sait bien que les sondages sont des outils plus qu'inexacts, constat de plus en plus net depuis six mois, mais ils montrent malgré tout une évolution, un changement de position de l'électorat. Hamon tente la gauche, la vraie, celle qui veut faire changer les choses, pas celle qui sodomise les ouvriers tout en suçant Pierre Gattaz ; Pierre Gattaz qui, contre toute attente, trouve le programme de Hamon pas assez de droite à son goût.

 

 Pourtant, Hamon reste loin derrière Le Pen, Fillon et Macron, les candidats de gauche étant contraints de se retrouver constamment au pied du podium, tant la politique gouvernementale menée depuis 2012 a accouché d'un bébé difforme, incomparable avec l'adorable poupon bourreau de la finance présenté par le candidat Hollande. Hamon a gagné une fois, mais il est à l'heure actuelle peu probable qu'il gagne une fois de plus. La défaite continuelle de la gauche depuis 2012 a mené les Français à se détourner de celle-ci, Le Pen, Fillon et Macron devenant les espoirs d'électeurs que la gauche devrait porter. Ce constat d'échec, Cambadélis l'a senti, Valls l'a nié, Hamon l'a utilisé, et c'est comme ça qu'il en est arrivé à conquérir le titre de candidat à l'élection présidentielle. Hamon incarne une gauche que certains jugeront idéaliste, face au pragmatisme de Macron (qui, en bon commercial, n'a pas encore de programme mais le façonne en fonction de ce qui va lui rapporter le plus de voix) et de Fillon. Il reste néanmoins à savoir si le candidat du PS réussira à faire la différence, en rassemblant Mélenchon et le Vert Yannick Jadot autour de lui dans une grande alliance gouvernementale, vraiment de gauche et vraiment écolo. Cette hypothèse paraît au premier abord assez improbable, Mélenchon se trouvant capable de se transformer en Super Saiyan pour défoncer tous ceux qui se mettent à un niveau d'égalité avec lui, voire qui pensent pouvoir le canaliser. Mais le gauchiste est pragmatique lui aussi, et s'il ne l'est pas pour gouverner, il l'est pour prendre le pouvoir. Le 21 avril 2002 est, quoiqu'on en dise, toujours d'actualité, et les sondages montrent que si la gauche veut pouvoir placer un représentant au deuxième tour face à une indétrônable Marine Le Pen, elle devra s'unir. En refusant de se présenter à la primaire de gauche, Mélenchon a peut-être perdu la légitimité que vient de gagner Hamon, une légitimité qui lui permet aujourd'hui de demander une alliance dans son giron avec ce même Mélenchon.

 

 Les cent jours qui nous séparent de l'élection présidentielle vont, à n'en pas douter, réserver leur lot d'inattendu, de rebondissements et de mises en examen d'ancien Premier ministre. Rarement une présidentielle avait été aussi incertaine à si peu de temps de l'échéance fatidique, que ce soit en termes de candidats ou de scores. Bayrou cultive le mystère, Macron n'a toujours pas de programme, et Le Pen reste dans un mutisme presque religieux et provocateur, en contraste avec le chroniqueur de BFM TV Florian Philippot, qui va montrer son cul sur à peu près toutes les antennes audiovisuelles de France pour se plaindre qu'on ne donne pas assez la parole au Front National. Et cerise sur le gâteau, la débandade de Fillon laisse présager les scenarii les plus improbables, à base de candidature de Sarkozy ou même de Jean-François Copé. Dans tous les cas, on n’a pas fini d'entendre des conneries, un particularisme de la vie politique qui ne s'est pas arrêté avec les primaires.


Thomas Hermans
Photo Geoffroy Van der Hasselt / AFP