Jeudi soir, s'est déroulé le premier débat de la primaire de la droite et du centre avec que des candidats de droite, autrement dit la primaire de droite. Une soirée riche en émotions qu'il serait intéressant de décrypter de façon totalement sérieuse.

Oyez, oyez, chers électeurs ! Voici venu le moment tant attendu, celui de parler de la primaire de la droite et du centre ! Comment ça ? Personne ne l'attend ? Attendez... tous les médias en parlent depuis six mois alors que tout le monde s'en fout ? Mais c'est stupide enfin, les journalistes de télé ne parlent jamais des sujets inintéressants ou redondants, ça serait renier leur professionnalisme légendaire. Vous devez vous tromper, chers électeurs. Les primaires vous intéressent, et moi aussi. En réalité, elles intéressent surtout mon rédacteur en chef, qui trouve que je me roule un peu trop les pouces, et que mon temps libre serait bien plus utile à gonfler les vues sur la Pause Actu. Donc toutes les semaines, il est prévu qu'un récapitulatif/décryptage/analyse (pas trop poussé quand même) soit fait de l'actualité autour de cette fameuse primaire de la droite et du centre, toujours avec une extrême objectivité. Et cette semaine, coup de bol, s'est déroulé le premier débat entre les sept candidats.

Définition du mot « débat » dans le Larousse : « Discussion, souvent organisée, autour d'un thème ». « Discussion » on a dit, pas blabla dans son coin ! Le premier débat, organisé ce jeudi 13 octobre au soir sur la première chaîne d'Europe (si si, je vous jure), a rapidement tourné à un succession de questions-réponses sans intérêt, sans discussion donc, où chaque candidat tentait désespérément de défendre son bifteck face à la concurrence. Pas d'attaque, que de l'alignement de concepts vides, d'idées (parfois pour le social, toujours en nous prenant pour des cons) conservatrices, sans réflexion ni ping-pong idéologique entre les différents candidats. Le deuxième débat Clinton-Trump a été très critiqué, les deux candidats américains s'étant concentrés sur une stratégie d'attaque, de décrédibilisation, voire d'insultes de l'adversaire, où aucune idée ou proposition n'était avancée. Le débat de jeudi soir s'est lui révélé son complet antagoniste : un débat sans verve, sans contradictions, sans enjeux. Quel ennui, mais quel ennui.


Qu'en est-il des candidats individuellement ? Commençons par Nathalie Kosciusko-Morizet, parce que c'est (étonnamment) la moins chiante de tous, parce que c'est la seule femme, parce que les médias réduisent son discours au simple fait qu'elle est une femme, et parce que j'ai envie. NKM donc, a tenté de montrer qu'elle incarnait le renouvellement. Pari probablement réussi, surtout en comparaison avec les mammouths laineux d'en face, avachis sur leurs pupitres, leurs responsabilités ministérielles d'antan pesant sur leurs épaules de fonctionnaires modèles. NKM s'est différenciée de ses adversaires en abordant les évolutions de la société, face auxquelles les six autres semblent complètement hermétiques, voire étrangers, Sarkozy fuyant tout potentiel débat sociétal intéressant depuis qu'il fait partie du club des fans de la marque Kärcher.


Sarkozy justement. Tout le monde l'attendait, pour la simple raison que plus personne n'attend plus rien de lui. A part Patrick Balkany et Ingrid Betancourt peut-être, le premier voyant en la réélection de Nico un moyen d'échapper à la tôle, tandis qu'Ingrid... là mystère. Sarkozy n'est franchement pas le sauveur qu'elle prétend qu'il est, les Français ne sont pas si crédules. Et pour une femme de cette envergure, avec un tel destin, se retrouver à soutenir Sarkozy, quelle décente aux enfers. Passer six ans dans la jungle et dans la merde, pour finalement voter pour une crotte. Fichu syndrome de Stockholm ! Enfin bref, Sarkozy, égal à lui-même, surfant sur la vague sécuritaire, ou sur la mèche de Donald Trump, a réussi à garder plus ou moins son calme jusqu'aux trente dernières minutes. Sa véritable nature de petit énervé façon Joe Dalton a alors repris le dessus. Dommage Nico, retente la prochaine fois. Nous vous rappelons que la boutique de souvenirs de Nicolas Sarkozy, candidat du peuple, se trouve à l'entrée du plateau télé, et ce pour financer sa campagne. Vous pourrez ainsi vous procurer de magnifiques t-shirt Édouard Balladur, des répliques miniatures du yacht de Vincent Bolloré ou encore d'authentiques sous-marins, en provenance directe de Karachi.


Contre toute attente, le plus à droite des candidats de la soirée n'était pas notre très cher ancien Président, mais bien le maire de Meaux, élu homme le plus honnête de France par un sondage GQ-Le Figaro, j'ai nommé l'inimitable Jean-François Copé. Copé, c'est le mec que tout le monde déteste, et pourtant il est encore là, gueulant qu'il va survivre au naufrage du Titanic alors qu'il ne sait pas nager sans brassards. Copé, en professionnel de la langue de bois et grand amateur du programme social de Jean-Marie Le Pen qu'il est, a réussi à dire à la France qu'il a l'intention de gouverner sans demander son avis au Parlement, en faisant passer ça pour une avancée démocratique. Rétablissons une vérité, non mon cher Jeff, gouverner par ordonnances n'est pas ce que tout le monde veut que tu fasses. Ce que l'on veut, Jeff, c'est que tu partes en vacances. Loin. Loin de Meaux déjà, les gens là-bas ont besoin d'air, et loin de nos écrans de télévision. Bisous.


Il y avait également Jean-Frédéric Poisson, ce mec que personne ne connaît, dont plus ou moins tout le monde se fout, qui a foiré à peu près tout ce qu'il entreprenait jeudi soir, mais qui va quand même se retrouver à gagner en popularité. Normal, il partait de zéro.


Il y avait également Bruno Lemaire, qui veut incarner lui-aussi la nouveauté, comme NKM, avec beaucoup moins de crédibilité, d'assurance et de sens de la rhétorique. Peut-être faudrait-il se concentrer sur les actions d'un politique plutôt que sur ses paroles, mais bon... Il est quand même un peu ridicule quand il parle, le Bruno. Dans le même temps, ce qu'il dit reste cousu d'un tissu de conneries, il n'a ainsi pas forcément besoin de ne pas savoir parler pour passer pour un con.


Il y avait également François Fillon.


Il y avait également (et enfin) le favori, le gagnant annoncé, le dangereux gauchiste qu'est Alain Juppé. Le voilà, l'homme providentiel ! Mais si, vous ne vous souvenez pas de lui ? C'est lui qui a réussi à se mettre toute la France à dos en voulant réformer le régime de retraite, c'est lui qui secondait Chirac quand il a décidé de relancer les essais nucléaires dans le Pacifique, c'est lui qui a soufflé à Chirac la joyeuse bonne idée de dissoudre l'Assemblée, c'est lui qui a fait de la taule à la place de (encore) Chirac ! Quel homme, avoir ce passif et être presque sûr de gagner les présidentielles paraissait pourtant impossible, tout du moins dans une démocratie. Mais Juppé, ce n'est pas qu'un passé, c'est aussi un futur. C'est ce tacticien politique qui prend le programme de la droite, qui le mixe avec des idées de Macron pour attirer les électeurs de gauche – comme si les électeurs de gauche soutenaient Macron – et qui veut se faire passer pour un homme moderne. Et le pire, c'est que ça fonctionne ! Prenons son principe d'identité heureuse. Le mec parvient, en reprenant le leitmotiv préféré de la presse en ce moment, le débat sur l'identité donc, un truc monstrueux et purulent, à en faire un concept doux et appétissant. Identité heureuse, ça sonne vraiment comme un délicieux gâteau à la crème, avec un nappage délicat et exquis. Le problème, c'est que quand on le coupe plus en profondeur, on réalise que le gâteau est mal cuit, que la pâte est mal faite, et qu'il reste des gros grumeaux de Finkielkraut dedans.


Bon, en même temps, ça reste la primaire de droite, à quoi est-ce qu'on s'attendait ?


Thomas Hermans
(Crédits photo : TF1)