Doha vs Dubai :
la nouvelle
 guerre du Golfe

Cela fait près d'un an que le Qatar évolue avec l'embargo de ses voisins territoriaux. Néanmoins, malgré les sanctions qui pèsent sur son économie et sa souveraineté, Doha n’est pas prête de lâcher.

Par Robin Grez
Photo Flickr

31 mars 2018

Petit Etat pétrolier de la péninsule arabique, indépendant depuis le 3 septembre 1971, le Qatar suscite l’envie de ses voisins. Celle-ci s’est concrétisée dernièrement par des actions diplomatiques d’envergure des autres pays de la péninsule, en particulier l’Arabie Saoudite et les Emirats Arabes Unis (EAU). Rappel de leurs ambassadeurs et de leurs ressortissants présents dans le pays, arrêt des relations diplomatiques et surtout fermeture des frontières terrestres, aériennes et maritimes, le petit émirat a été isolé par ses voisins. Plus grave crise depuis la création du Conseil de coopération du Golfe (CCG), l’embargo de l’Arabie Saoudite, des Emirats Arabes Unis, du Bahreïn et de l’Egypte sur le Qatar est toujours d’actualité aujourd’hui.

Des accusations réfutées par le Qatar
 

Prétexte ou non, la principale raison qui a poussé la coalition menée par l’Arabie Saoudite à boycotter le Qatar est son présumé soutien à plusieurs mouvements terroristes comme Al-Qaida, l’Etat Islamique ou encore les Frères Musulmans. Lors de sa visite à Riyad, Donald Trump n’a pas arrangé la situation en appelant les pays arabes à combattre le terrorisme islamique, un argument renforçant encore l’isolement de Doha.
 

Le piratage de l’agence de presse qatarienne QNA n’aura pas aidé le petit émirat, avec la diffusion de « fake news » impliquant l’émir du pays, le cheikh Tamim ben Hamad Al Thani, sur plusieurs sujets compromettants tels que le Hezbollah, le Hamas, les Frères Musulmans ou encore l’Iran. Ce dernier entretiendrait des relations étroites avec le Qatar, qui lui sont bien entendu reprochées par ses détracteurs. Le petit émirat pense que le but de son isolement serait de le mettre sous tutelle et de nuire à sa souveraineté.
 

Mais au-delà de ces raisons ‘‘officielles’’, se cachent des motifs officieux, en particulier pour les EAU qui chercheraient à récupérer les marchés et les investisseurs étrangers très présents au Qatar. L’organisation de la Coupe du Monde de football 2022 pourrait également lui être reprochée.

Le petit émirat isolé
 

Le 5 juin 2017,  la ‘‘guerre financière’’ est déclarée ; les pays de la coalition coupent toutes relations diplomatiques avec Doha. Tous les sites internet et les chaînes de télévisions qatariennes voient leur diffusion stoppée chez les agresseurs, y compris la géante Al-Jazeera.
 

L’apogée de ce divorce se trouve dans la coupure des frontières du pays, qu’elles soient terrestres, maritimes ou aériennes, suivie d’un embargo commercial limité - les EAU étant dépendants du gaz qatarien, celui-ci continue de passer les frontières.

Chose dite, chose faite, le Qatar est isolé. Depuis, les conséquences se sont fait ressentir : la bourse de Doha a chuté de 8% à la déclaration du conflit et l’activité touristique s’est écroulée en raison du départ des citoyens des pays voisins.

 

Des conséquences limitées pour le pays
 

Malgré les sanctions visant à nuire à l’intégrité économique et diplomatique du Qatar, le petit émirat se porte bien et a réussi à pallier le manque de ses voisins. Selon le Fonds Monétaire International (FMI), l’embargo commercial reste relatif et l’impact direct du conflit a fortement diminué depuis sa déclaration.
 

Sur le plan alimentaire, le Qatar, qui dépendait de ses futurs adversaires, a ouvert de nouvelles routes commerciales avec l’Iran et la Turquie, même si ces importations sont plus onéreuses que celles de ses voisins. Et sur le plan économique, le fond souverain de Doha et la banque centrale du pays ont massivement investi suite aux départs des investissements provenant de la péninsule arabique. Cette action aura tout de même coûté 40 milliards de dollars.
 

La machine gazière tourne à plein régime et le FMI reconnait que le conflit n’a eu qu’un effet ‘‘transitoire’’ sur le Qatar qui devrait voir sa croissance augmenter de 2,5% en 2018.
 

Selon le politologue Karim Sader, dans des propos recueillis par France 24, le pays y aurait même vu « sa légitimité sur le plan national et son influence sur la scène internationale renforcées ».
 

L’action de la coalition, qualifiée d’amateure par le pouvoir qatarien, n’aura donc pas eu les effets escomptés sur Doha mais si la crise dure, les investissements étrangers pourraient fuir au profit des EAU.