Dès ce mercredi 19 juillet, en entrant dans votre salle de cinéma, vous pourrez oublier tout ce que vous savez sur les films de guerre. Avec Dunkerque, Christopher Nolan nous propose une expérience cinématographique comme vous n’en avez jamais vécue auparavant.
               

Le temps où les films de Christopher Nolan ne faisaient pas l’événement est révolu depuis bien longtemps. Pour un cinéaste qui compte à son actif des succès publics aussi colossaux que la trilogie Batman avec Christian Bale, Inception et Interstellar ainsi que le moins connu mais aussi réussi Memento, on pourrait penser que la voie fictive allait se perpétuer. C’était mal le connaître.
Manieur d’effets temporels et visuels à en faire rougir ses collègues d’Hollywood, le réalisateur britannique s’est en effet attaqué à l’histoire, donc au réel, dans son nouveau film Dunkerque. Relatant l’évacuation en grande pompe de 400 000 soldats anglais vers la Grande-Bretagne en 1940, cette œuvre a demandé un long travail à Nolan, assurant à la fois son écriture, sa réalisation et sa production. Après notamment une année entière de recherches historiques, le réalisateur a recoupé ses notes pour aboutir à un scénario de 76 pages et une durée totale d’1h47. En regardant dans le rétroviseur, il n’est pas étonnant d’apprendre que cette trame écrite est deux fois moins longue que ses scénarios habituels. Peut-être un moyen de ne pas se perdre dans des durées astronomiques pouvant, concernant les films de guerre, vite se transformer en exercice d’endurance visuelle pour les spectateurs. Mais celui qui a adapté Le Prestige en 2006 l’a répété à de maintes reprises, Dunkerque est « un film de survie » davantage qu’une typique envolée guerrière au cœur des champs de bataille.

Pas d’effusion de sang, mais une effusion de jolis noms issus du répertoire actuel d’acteurs britanniques, allant de Tom Hardy à Cillian Murphy - déjà rompus au style de Nolan – en passant par les cinquantenaires Kenneth Brannagh et Mark Rylance. Plus globalement, Dunkerque est l’œuvre d’un réalisateur britannique marqué par le récit répété d’un évènement durant son enfance, qui aura ancré la mémoire de toute une génération de britanniques de par son paradoxe entre victoire et défaite moins d’un an après le début du conflit le plus meurtrier de l’histoire de l’humanité. Pas le premier à adapter ces dix jours d’urgence des mois de mai et juin 1940, Christopher Nolan restera comme le premier à le réaliser en format Imax. Evidemment, ces caméras n’existaient pas en 1958, an de la précédente escapade cinématographique dunkerquoise réalisée par Leslie Norman. Pour un film que Nolan présente comme « visuel » plus que tout, la dimension 70mm est un must, malheureusement distribuée dans un nombre encore trop réduit de salles obscures.

PAR LÉO SANMARTY
PHOTO LÉO SANMARTY

Dans Dunkerque, Christopher Nolan enfreint les règles du genre du film de guerre : il ne dresse pas une vision méliorative de l’histoire et filme au plus près la déroute de l’évacuation peu glorieuse de la commune française.

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Alex (Harry Styles), Gibson (Aneurin Bernard) et Tommy (Fionn Whitehead), sous les Anglais, la plage.

Suspense et narration en trois temps
 

Comme déjà évoqué, Dunkerque relate l’histoire vraie de 400 000 soldats britanniques et français acculés par les allemands sur la plage de la ville du nord de la France, en 1940. Alors que les troupes alliées sont pilonnées, une seule jetée en bois laisse entrevoir l’espoir d’une évacuation qui tarde à se faire. Le décor est ainsi posé, la magie du cinéma est prête à nous faire vivre le supplice de ces hommes qui tentent désespérément de survivre à l’avancée d’un ennemi inarrêtable.
Christopher Nolan y enfreint les règles du genre : il ne dresse pas une vision méliorative de l’histoire et filme au plus près la déroute de l’évacuation peu glorieuse de la commune française. 
L’immersion est totale, certaines scènes sont tout simplement géniales et le sentiment d’oubli, d’isolation et de la mort presque inévitable qui peut frapper à n’importe quel moment, renforce une atmosphère anxiogène présente pendant presque 2h.

L’originalité du film tient aussi dans sa narration. En racontant Dunkerque dans trois milieux différents, Nolan nous plonge dans plusieurs histoires avec des temporalités différentes. Dans l’air, avec Tom Hardy, une nouvelle fois bluffant, qui incarne un pilote d’avion britannique, tout comme Jack Lowden, déjà vu dans Le procès du siècle. Sur terre, avec le très bon Fionn Whitehead, un jeune soldat abasourdi par la guerre, accompagné d’Harry Styles, tout à fait convaincant, voire même impressionnant pour son premier film, et d’Aneurin Barnard. Enfin, la mer, avec Mark Rylance, qui interprète un plaisancier civil réquisitionné pour l’opération de sauvetage avec son fils, le très juste Tom Glynn-Carney.

Si l’histoire, soutenue tout au long du film par la force d’une bande originale saisissante signée Hans Zimmer, nous prend aux tripes, Christopher Nolan n’a néanmoins pas pu échapper totalement à l’effet « miracle » de l’évacuation. Mais malgré cela, son dixième film reste grandiose, porté par ses protagonistes parfois torturés comme Cillian Murphy qui se glisse dans la peau d’un soldat britannique changé à jamais par l’horreur de la guerre. Cette multitude de personnages aux trajectoires différentes mais qui portent tous le même but désespéré d’échapper à l’impasse dunkerquoise sont le moteur du film. Et en ne montrant jamais l’ennemi allemand en face, Christopher Nolan concentre l’attention sur ces héros ordinaires, souvent sans défense face à un ennemi à la fois invisible et omniprésent. Une manière de souligner que l’héroïsme peut revêtir de multiples facettes, surtout lorsque la survie est le seul échappatoire.