L'éco-pâturage, vers des villes durables ?

Des moutons en train de paitre sur le Champ de Mars à Paris. L’image peut sembler surréaliste, mais elle n’est pas totalement utopique. En effet, depuis quelques années, des bergers 2.0 remettent au goût du jour une pratique ancestrale, l’éco-pâturage, un peu partout en France. Rencontre et explications avec Damien Hédin, fondateur de l’association normande Ökotop.
 

Chemise noire, bottes en caoutchouc et cheveux au vent, Damien nous accueille dans sa petite ferme, à quelques kilomètres de Dieppe. Dans son  jardin, baigné d’un doux soleil matinal, point de tondeuse ni de faucheuse. L’entretien est laissé à la charge des animaux. Des poules, des canards et des oies picorent gaiement les jeunes pousses d’herbe. Cette pratique, appelée « éco-pâturage », Damien a décidé de la reproduire à plus grande échelle en fondant l’association Ökotop en 2015. Son but ?  « Utiliser des herbivores pour assurer la gestion de certains espaces, urbains ou semi-naturels », à la fois publics et privés afin de limiter l’utilisation des produits phytosanitaires, interdits dans les collectivités territoriales depuis 2017.
 

C’est ainsi que les ânes Tarzan et Bourriquet se sont retrouvés à paître autour d’une réserve d’eau potable gérée par Véolia, ou que deux boucs ont été recrutés par le port de Dieppe pour venir à bout d’une plante invasive, la Renouée du Japon, qui pousse au pied des falaises. Des animaux dont la présence intrigue et crée du lien social. Des riverains de tous âges se retrouvent devant les enclos, poussés par leur curiosité. L’éco-pâturage, peu couteux et écologique, permet aussi de préserver des races patrimoniales.
 

Ökotop, association normande, n’utilise que des races anciennes, locales et à petits effectifs comme l’oie normande, l’âne du cotentin, la vache bretonne pie noir ou encore le mouton solognot. Dans leur petite ferme dieppoise, Damien, sa femme et leur fille élèvent des moutons d’Ouessant, une race qui a failli disparaître du fait de sa faible rentabilité pour le monde agricole ; et des chèvres des Fossés, qui ont connu un sort identique à leurs cousines.
 

Aidé par une dizaine d’experts bénévoles, Damien a réussi à développer son association de manière fulgurante. Les demandes et les expertises sont toujours plus nombreuses, ce qui traduit un intérêt croissant pour cette pratique qui cumule de nombreux avantages. Les initiatives  de ce type ne cessent de se développer partout sur le territoire. Le site « pro-pâturage » en recense plus de 200 en 2017, signe que l’économie sociale et solidaire gagne toujours plus de terrain dans nos vies.

PHOTO ET TEXTE
CÉCILE LEMOINE