EDITO 
Elections régionales :
y a-t-il un gagnant ?

Finalement, le Front National n’a remporté aucune région lors du deuxième tour des élections régionales, tout est bien qui finit bien. Ou pas. L’image du premier tour reste profondément ancrée dans l’esprit des Français. Le 6 décembre 2015, le FN était le premier parti de France avec 30% des voix et près de 6 millions d’électeurs. Mais le second tour des élections régionales a tourné à l’avantage de l’union de la droite et du centre, incluant Les Républicains et l'Union des démocrates et indépendants, sans qui le parti de Nicolas Sarkozy n’aurait jamais autant pesé dans le choix des Français, et qui lui a permis de remporter sept des treize régions métropolitaines, contre cinq pour le Parti Socialiste qui limite la casse après un premier tour catastrophique où il comptait seulement deux régions et une pour le parti Régionaliste Corse. C’est pour cela que le PS avait retiré ses listes en PACA et dans le Nord-Pas de Calais-Picardie, en marge du deuxième tour, permettant à la droite de remporter deux à trois régions supplémentaires. Car sans cette fusion rejetée par Nicolas Sarkozy ou encore Jean-Pierre Masseret, Marion Maréchal Le Pen aurait remporté la région Provence-Alpes-Côte d’Azur face à Christian Estrosi tout comme Marine Le Pen dans le Nord face à Xavier Bertrand, qui a par ailleurs remercié les électeurs de gauche. Il n’y a donc pas de véritable vainqueur au terme de ces élections particulières, pas de triomphalisme pour le Premier ministre qui avait appelé à voter pour la droite dans plusieurs régions menacées par le Front National. Mais on ne peut pas occulter l’énorme progression du parti de la fille de Jean-Marie Le Pen. En 5 ans, le FN est passé de 9% à 30% de voix. Comment expliquer cela ? Certains pourraient affirmer que ce résultat est seulement dû à l’inefficacité du gouvernement actuel à gérer les problèmes de fond tel que le chômage ou encore l’insécurité lié aux attentats du 13 novembre 2015. Mais ce n’est pas tout. Il faut également voir que les résultats définitifs de ces élections mettent en lumière un paradoxe étonnant. Car même si l'union de la droite et du centre a remporté la majorité des régions, c’est bien le PS et ses alliés qui sont arrivés en tête dans une majorité de départements : 48, contre 43 pour LR/UDI et 7 pour le FN. Marine Le Pen affirme avoir gagné, mais il n’en est rien, ce n’est qu’une façade de plus. Pour elle le monde diplomatique français se divise en deux blocs, et consiste en un bipartisme ou elle représenterait une moitié face à l’alliance UMPS. La perspective d’un front républicain pourrait bien être un désastre à long terme car nombreux seront ceux à ne plus faire le sacrifice de voter pour un parti dans lequel il ne se reconnaissent pas. Les résultats du Front National ne s’expliquent pas que par l’abstention, mais aussi par l'attitude du patron du parti Les Républicains Nicolas Sarkozy, qui ne souhaite surtout pas tenter de se différencier du parti frontiste, ce qui amène finalement les électeurs du Parti conservateur à voter pour le FN. Le PS doit lui aussi changer sa manière de faire. Le parti socialiste est fragmenté, désuni. Pour pouvoir lutter et ne pas faire que résister face à la montée de l’extrême droite, il faut dépoussiérer le parti, où d’un côté on compte les partisans d’un socialisme pur, majoritairement défait, comme en Normandie avec Nicolas Mayer-Rossignol, et de l’autre une vision sociale libérale. La défaite du parti socialiste est flagrante avec la victoire de Valérie Pécresse face à Claude Bartolone en Ile de France. L’ancienne ministre a su profiter de l’erreur du président de l’Assemblée nationale avec ses propos sur «la Race Blanche » et sur plusieurs électeurs du Front national au premier tour. Ce sont dix-sept ans d’hégémonie de la gauche en Ile de France qui s’estompent, même si dans la ville de Paris Valérie Pécresse arrive en deuxième position.
Il n’y a donc pas de gagnant à l’issue du deuxième tour. Le PS résiste mieux qu’annoncé, L’union de la droite et du centre limite la casse, et le FN ne remporte aucune région. Même si personne ne sort vainqueur, il faut espérer que les résultats obtenus par le FN ne soient pas une marche franchie vers une prochaine vraie victoire du parti de Marine Le Pen...