Être étudiante en journalisme c’est surveiller minutieusement l’actualité. Des grandes tendances aux détails, rien n’est censé m’échapper. Retour sur un mois de février mouvementé.

Par Juline Garnier
11 mars 2019

Les concours approchent à grand pas et le mois raccourci de février ne m’a clairement pas aidé dans mes révisions. Mes fiches s’accumulent, comme la masse d’informations que je m'efforce de traiter. Si le ballet des manifestations a continué son cours, les feuilletons de 2018 – l'affaire Benalla et les révélations liées au mouvement #MeToo – semblent avoir repris le dessus. Cependant, un scandale de plus, celui de la Ligue du LOL, a retenu mon attention ; notamment une expression, que je me suis refusée d’écrire sur mes fiches. Celle de Vincent Glad, créateur du groupe Facebook en question, comparant le Twitter de l’époque à une « grande cour de récré » pour justifier ses actes.
 

Pour en revenir aux faits, puisque je me suis engagée à résumer l’actualité (à ma manière), la Ligue du LOL est un groupe Facebook privé créé en 2009 par le journaliste Vincent Glad. Il a été alimenté par un petit nombre de journalistes et « communicants » plus ou moins influents durant plusieurs années. Les blagues potaches qui circulaient au sein de leur groupe ont vite dérivé en interjections humiliantes sur le réseau social Twitter (dont le contenu, par défaut, est visible par tous) voire, pour certaines personnes, en harcèlement. Seulement, toute action sur le web laisse des traces si on ne prend pas soin de l'effacer. Dix ans plus tard, des victimes des membres de la Ligue du LOL ont eu le courage de témoigner et de dénoncer les membres de ce « boy’s club ». Cette fois-ci, l’affaire a éclaté et s’est répandue comme une traînée de poudre dans les rédactions et les écoles de journalisme. Les principaux concernés ont été mis à pied puis pour certains licenciés pour faute grave.
 

« Je voyais juste un grand bac à sable, une grande cour de récré, dans laquelle rien n’avait de conséquence », a écrit le créateur de la Ligue du LOL dans un tweet d’excuse. Il est difficile de concevoir qu’une personne majeure, se déclarant « influente » sur le web, connaissant les nouveaux outils numériques ne puisse pas envisager la portée de ses propos sur un espace de parole public, même à l’époque. De plus, il est considéré et se considère comme un des pionniers de ce web 2.0. Les pionniers sont censés façonner le nouveau monde dans lequel ils arrivent, le construire selon leur propre perception de ce que devrait être, ici, l’espace de parole et d’interaction numérique, l’usage des réseaux sociaux. Si Twitter était pour Vincent Glad un grand bac à sable, alors le monde et l’actualité seraient-ils une grande cour de récré ?
 

Alors quoi ? La justice et Alexandre Benalla joueraient à une version truquée du chat et de la souris ? La police depuis quatre mois jouerait à un ballon-prisonnier potentiellement létal avec les manifestants ? Et le président algérien Abdelaziz Bouteflika à colin-maillard quant à son cinquième mandat ?
 

Toutes ces personnes sont censées incarner la « cour des grands » mais se justifient en invoquant la naïveté de l’enfance, celle de la cour de récréation. Prendre la responsabilité s’avère devenir le jeu de la patate chaude. Sauf que des voix se font entendre. Les réseaux sociaux, bien que les élites aient cru se les être accaparés, ont le mérite de donner la parole à tout le monde et de former des communautés de personnes qui ne se seraient sûrement pas rencontrées dans la vraie vie. Partout des appels à témoignages, des appels à manifester, à s’indigner, émergent : pour le climat, contre un nouveau mandat jugé inadéquat ou illégitime (coucou Bouteflika et Maduro), contre l’augmentation d’actes antisémites en France. Pour que quelqu’un prenne la responsabilité, car non, le monde citoyen, qu’il soit réel ou virtuel, n’est pas un grand bac à sable.