L'élection de Donald Trump, une chance pour la démocratie occidentale ?

La gueule de bois passée, il est temps de se pencher plus concrètement sur les conséquences de ce vote sanction des Américains. L’élection d’un populiste à la Maison Blanche n’est-elle pas la plus belle des chances pour la démocratie de rester en vie ?

 

C’était impossible. L’élection de ce milliardaire totalement novice en politique ne pouvait pas avoir lieu et pourtant, aux alentours de 4h du matin ce mercredi, les swing states avaient tranché. Le populisme sort grand vainqueur de l’élection.
Aujourd’hui, nombreux sont les soutiens du milliardaire à se congratuler sur les réseaux sociaux d’avoir, grâce à leur venue massive dans les bureaux de vote, rendu à l’Amérique sa grandeur passée. Ou du moins d’avoir tout fait pour. Car désormais, tout est dans les mains de Donald Trump. Le républicain a été élu sur la base de promesses xénophobes et irréalisables. C’est un état de fait et on peut espérer que ses supporters en sont au courant.
Trump est la représentation parfaite de la liberté de conscience, d’opinion et, plus généralement, d’expression. S’il est possible de penser que d’autres populistes, à commencer par Barack Obama lui-même, ont déjà accédé à la Maison Blanche, l’accession de Donald Trump au pouvoir représente une nouvelle étape dans la politique américaine.

 

Un système électoral qui permet l’expression d’une contestation majoritaire
 

Le système américain, extrêmement complexe, vient rappeler tous les quatre ans qu’il existe aux Etats-Unis un « état » entre la côte est et la côte ouest. Un état qui n’a rien à voir avec l’image que l’on a du pays et qui n’en a rien à faire du strass et des paillettes de la nation aux Stars and Stripes. Le problème des Etats-Unis n’est pas la cassure entre régions, mais entre ruraux et urbains - on estime d’ailleurs que 31 des 35 plus grandes villes américains ont voté en faveur d’Hillary Clinton. Ce pan majoritaire du pays souhaite exprimer un ras-le-bol total du système politique américain, ce que l’on appelle désormais grâce à Trump l’establishment. Plus de 50 millions d’Américains ont voté pour ce dernier, pour ce qu’il représentait : un nouvel entrant qui souhaite briser les règles de la politique, en ne faisant pas partie de ce système entièrement corrompu. Il y a bien évidemment un aspect très américain là-dedans : le plaisir d’élire une grande gueule milliardaire charismatique. Seulement, si autant de personnes finissent par succomber à ses propos, c’est qu’il faut considérer un réel malaise dans la politique et pas seulement incriminer tout ce « petit peuple faible qui n’a aucune conscience de la réalité ». Ce vote était un vote contre tous les politiques et l’establishment que représentait très bien Hillary Clinton. Elle était une des seules à pouvoir faire élire Donald Trump. Ce besoin de renouveau et de confiance n’a pas su être comblé par les démocrates, ni par les républicains plus modérés, et ce vote apparaît comme une véritable sanction.


Aujourd’hui en France, le scénario est à peu près similaire à ce qu’il s’est passé outre-Atlantique. Seulement, le mode de scrutin français possède une particularité très favorable au bipartisme : le scrutin à deux tours. Ainsi, même une accession très large du Front National au deuxième tour ne permettra pas à sa candidate phare d’être élue présidente alors qu’il sera sauf surprise une nouvelle fois le premier parti de France lors du premier week-end de vote. Cette forme de garde-fou est parfois vue comme une barrière anti-démocratique et provoque la colère d’une grande partie du peuple qui s’estime lésée dans cette affaire. Dans le cas des Etats-Unis, est-il irréaliste de dire que la démocratie a triomphé ?
 

Un programme fantaisiste face à la réalité du monde
 

François Hollande parle d’un « saut dans l’inconnu » avec cette première accession d’un homme politique d’une droite extrême et conservatrice au plus haut niveau d’un des Etats occidentaux les plus puissants du monde. Cette pensée politique d’extrême droite est, quoi qu’on en dise, devenue majoritaire dans nombre de pays occidentaux. Toujours très prompts à crier au manque de représentation dans les hautes sphères, Donald Trump va être le premier à pouvoir montrer à tous qu’un programme comme le sien est absolument irréalisable et qu’il sera un échec gigantesque sur le plan géopolitique. On peut d’ores et déjà penser au futur de la guerre en Syrie, avec le futur rapprochement avec la Russie à prévoir, notamment.
Cette doctrine, convaincante pour une petite majorité d’Américains, va passer à l’épreuve de la réalité du monde et devrait pouvoir prouver en France que la solution à tous les maux économiques et sociaux ne réside pas dans l’isolationnisme, plus encore à l’heure de la mondialisation.

 

Cette théorie ne tient debout que si Donald Trump ne déroge pas à la ligne qui lui a permis d’accéder à la présidence. Lors de son discours de victoire, il s’est montré particulièrement policé, lisant calmement un discours bien moins extrême que lors de ses derniers meetings, espérant être « le président de tous les Américains », leur promettant qu'ils « auront tous leur chance » dans ses Etats-Unis. Donald Trump pourrait-il subitement devenir raisonnable ? Ces derniers temps nous ont appris à ne pas faire de conclusions hâtives… 


Théophile Pedrola
(Crédits photo : REUTERS/Brendan McDermid)